Irène Frain

Irène Frain

Un crime sans importance

Portrait 00'06'41"

Philippe Chauveau :

Bonjour Irène Frain,

Irène Frain :

Bonjour Philippe.

Philippe Chauveau :

Un nouveau titre dans votre bibliographie déjà conséquente. Un crime sans importance. Vous allez nous faire partager un moment fort de votre vie personnelle. Vous nous aviez déjà parlé de votre famille dans d'autres titres et vous nous parlez aussi régulièrement de la grande Histoire. Et puis, vous nous parlez aussi de grands portraits de femmes. Si vous deviez définir votre travail d'auteur, que diriez-vous ?

Irène Frain :

J'explore l'inconnue de nos vies et qui, à mon avis, est le propre de la littérature. Que ce soit la vie de grands contemporains, de grands anonymes aussi de l'histoire qui ne sont pas rentrés dans les figures majeures, mais qui ont des destins exceptionnels. J'aime beaucoup la notion de destin. Aussi j'ai écrit des fictions comme Secrets de famille, qui n'avait rien à voir avec ma famille, pour comprendre comment s'organise ceux qui fondent notre société, des familles et des êtres qui s'unissent, se désunissent ou bien des fictions pures. C'est ça, l'inconnu de nos vies, soit par la fiction, soit par l'interrogation historique pure.

Philippe Chauveau :

La femme que vous êtes aujourd'hui, l'auteur reconnu que vous êtes devenu, est-ce la même personne que la petite fille qui se réfugiait dans le grenier de la maison familiale pour découper les personnages des magazines, pour s'inventer des histoires. Est-ce toujours vous ou avez vous l'impression d'avoir énormément changé ?

Irène Frain :

Non, je n'ai pas changé. Je suis curieuse. J'aime chercher, j'aime interroger et comprendre. La vie tout de suite m'a paru très mystérieuse, jalonnée de secrets, de mensonges, de trucage, de silences, beaucoup de silences. Et ça m'intéresse pas que la vie soit comme ça. Je suis une grande amoureuse de la vie et j'en demande toujours de plus a la vie. Ce que je lui demande d'abord, comme dans ma prime enfance, c'est la vérité. Maintenant, avec l'âge ce qui a changé c'est que je demande simplement un fragment de vérité. Mais j'ai besoin de lumière pour vivre, la vérité ne va pas sans la lumière et vice versa.

Philippe Chauveau :

Cette lumière, cette vérité, vous les avez trouvés dans la lecture, dans les livres et dans l'écriture.

Irène Frain :

Oui, d'abord dans les livres qui sont entrés dans la maison par miracle, parce que mes parents étaient très modestes. C'est ma grande sœur, Denise, qui les a apporté parce qu'elle était rentrée très tôt à l'école normale institutrice. Elle était enseignante, très brillante et surtout très généreuse. Pour elle, c'était une mission que de faire entrer les livres dans la maison. Elle a fait rentrer aussi la musique. Elle a fait aussi rentrer les arts plastiques. Il y avait des livres sur les arts plastiques. C'est grâce à elle que je suis allée au théâtre. Donc, si vous voulez, tout ça m'a paru relever de Alice au pays des merveilles.

Philippe Chauveau :

Vous avez découvert un monde que vous ne soupçonniez pas à travers les livres et les art en général.

Irène Frain :

Absolument. Et c'était essentiel dans cet après guerre des années 50 et 60 qui peinaient quand même à se réparer dans les petites villes ou les villes moyennes, ou les banlieues où il n'y avait pas d'argent. Il y a eu une grande ferveur dans la culture à ce moment là, à travers les professeurs, les instituteurs, les écoles également, les prêtres ou tous les acteurs sociaux. On croyait qu'on pouvait changer le monde. C'est à dire apporter ce qu'on a appelé du progrès, un mot qui n'a plus cours maintenant pour des tas de raisons, avec la culture et avec la beauté. Il y avait quelque chose de très dynamique dans la société de ce côté là, notamment pour réveiller l'espoir dans les classes défavorisées auquel j'appartenais. Et c'est une chose que je regrette beaucoup dans la société contemporaine, c'est qu'elle n'est plus cette ferveur.

Philippe Chauveau :

Dans votre travail d'auteur, je l'ai dit en préambule, il y a souvent de beaux portraits de femmes. On peut rappeler Beauvoir in Love ou le livre consacré à Marie Curie, par exemple. Et puis, il y a eu d'autres ouvrages dans lesquels c'étaient des femmes plus anonymes, en tout cas moins connues du grand public, et que vous avez remis en lumière. Là encore, vous avez l'impression d'être un porte drapeau de la cause féminine par l'écriture ?

Irène Frain :

Non, parce que quand on a des messages, on les envoie par Internet, par la poste. Je ne me vois pas comme ça, avec le drapeau, en tête de cortège et avec de grandes déclarations, la théorie, etc, c'est pas moi. Je crois qu'on trouve le mouvement en marchant, mais en marchant dans sa propre vie. Je crois que c'est comme des petites actions de tous les jours dans le domaine qui est le sien et qu'on peut faire quelque chose.

Philippe Chauveau :

Je reprends votre expression, vous marchez dans votre propre vie, la plume à la main. Dans quel état d'esprit êtes vous lorsque vous vous mettez à votre table de travail, quel que soit l'ouvrage sur lequel vous vous mettez à travailler, que ressentez-vous ? Éprouvez-vous ? Quelle jubilation est-ce d'être en écriture?

Irène Frain :

Ce n'est pas une jubilation. Je suis dans l'état exactement d'un joueur de casino qui remet toutes ses plaques sur la table et qui se dit je vais peut-être tout perdre mais je joue quand même. Il n'y a pas de jubilation, je ne peux pas faire autrement, écrire est ma réponse à la faiblesse du monde, aux faiblesses du monde, mais aussi à ses beautés, à ses exaltations possibles. Et les humiliations arrivent de façon sporadique quand je sens qu'une page est absolument exacte, pas seulement par rapport à ce que je voulais exprimer, mais par rapport à une vérité du monde, je crois que le mensonge et le trucage ne font pas pleurer. Mais la vérité, elle fait pleurer. Et dans ces cas là, je pleure parce que je sais que je suis dans l'exactitude. Mais ce n'est pas tous les jours.

Philippe Chauveau :

Votre actualité, Irène Frain, c'est ce nouveau titre aux Éditions du Seuil, Un crime sans importance.

  • PRÉSENTATION
  • PORTRAIT
  • LIVRE
  • Irène Frain n’a jamais oublié ses racines bretonnes. Elles furent d’ailleurs à l’origine de son premier livre, publié en 1979, « Quand les bretons peuplaient la mer ». Mais comme tous les bretons, elle a toujours eu soif d’aventure, de liberté et d’évasion. « Le nabab », son premier succès de librairie, mais aussi « La forêt des 29 », « Les naufragés de Tromelin » ou « Quai des Indes » en sont les représentants. Indépendante, comme toute bretonne me dires-vous, elle a aussi eu à cœur d’écrire...Un crime sans importance d'Irène Frain - Présentation - Suite
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