Nicolas d'Estienne d'Orves

Nicolas d'Estienne d'Orves

La gloire des maudits

Portrait 8'06

Philippe :

Bonjour Nicolas d'Estienne d'Orves, votre actualité chez Albin Michel : La gloire des maudits. J'ai envie de dire qu'il y a deux Nicolas d'Estienne D'Orves en un, il y a le romancier et le passionné de musique et d'opéra,vous êtes chroniqueur pour plusieurs titres. D'où vous vient ce goût de la musique et en particulier de l'opéra ?

Nicolas : J'ai découvert l'opéra quand j'avais 14-15ans un peu par hasard. Mes parents m'avaient mis en pension, je n'écoutais pas de musique à l'époque et je n'arrivais pas à dormir. J'avais un walkman dans ma maison et un un jour je l'ai emporté, et j'ai piqué des cassettes qui trainaient, je n'écoutais pas du tout de musique. C'était La Vie Parisienne d'Offenbach, j'ai mis le casque sur les oreilles, c'était un dimanche soir, et ça a été une révélation, une vraie révélation. Je suis tombé dans l'opéra par Offenbach auquel j'ai consacré une biographie pas mal d'années plus tard chez Actes Sud. Et ensuite, par effet boule de neige, je me suis plongé dans l'opéra et dans la musique classique en général et je n'en suis jamais sorti, mais je ne suis pas musicien du tout, je suis purement mélomane.

Philippe :

Quel lien voyez vous entre la musique, l'opéra en l'occurence, et l'écriture romanesque ?

Nicolas :

L'écriture est arrivée un peu par hasard dans ma vie, je voulais faire de la mise en scène d'opéra ou de cinéma. Donc pour moi, quand j'écris un roman je mets en scène une histoire. Pour moi l'important c'est le décor, c 'est les personnages, les accessoires. Je scénograhie énormément avec parfois un certain sens de la démesure, voire du grand guignol voire du Rococo, totalement assumé, qui, je pense, descend directement de ma passion pour l'opéra qui est un art extrême, un art de la surcharge et qui en même temps atteint une forme de pureté, de raffinement, par justement cette surcharge.

Philippe :

J'ai l'impression que vous aimez parfois brouiller les pistes, il y a donc Nicolas d'Estienne d'Orves critique musical, Nicolas d'Estienne D'Orves qui écrit parfois des romans d'anticipation, qui écrit dans d'autres univers romanesques et qui aime aussi se plonger dans l'histoire. Vous aimez aller butiner ?

Nicolas :

Alors en fait c'est un problème très français. En France, il faut écrire un même type de roman, si possible chez un même éditeur, et avoir globalement la même inspiration et faire les mêmes déclarations à chaque fois. C'est un problème très français. Moi j'ai toujours été touche-à-tout, c'est ma nature, ce n'est pas du dilettantisme, c'est juste de l'éclectisme. J'ai des centres d'interêt assez divers : l'opéra, la musique, Paris, la BD, l'anticipation... et j'ai toujours essayé de m'orienter vers mes sujets de prédilection : la 2nd Guerre Mondiale, l'occupation, la collaboration. Pour moi c'est très cohérent dans ma tête. Il y a des sortes de lignes directrices dans ce que je fais mais il n'y a pas de plan de carrière, il n'y a pas d'objectif initial. Je me laisse aller au gré des mes goûts, de mes découvertes et de ma curiosité.

Philippe :

Vous nous l'avez dit, l'écriture arrive un peu par hasard dans votre vie, vous nous le dites aussi, vous aimez aller prendre du plaisir dans différents styles littéraires, vous avez eu des influences, des auteurs qui vous ont marqué ? Ou des titres qui sont sur votre table de chevet ?

Nicolas :

J'ai des livres totem que je relis : Le compte de Monte-Cristo, les nouvelles de Marcel Aymé, les romans de Simenon, les textes de Paul Morand, qui ne sont pas forcément des influences directes, c'est plus des auteurs « bienveillants » auxquels je reviens. J'ai des livres de chevet comme « L'histoire de la littérature française » de Kléber Haedens qui m'a permis de découvrir énormément de choses, qui est un livre qui génère de l'émerveillement. Sinon des choses très diverses comme Le matin des magiciens de Pauwels et Bergier qui a été une découverte quand j'avais 14-15 ans au même moment que l'opéra et qui m'a plongé dans une vision parallèle et un peu ésotérique de l'existence qui est aussi quelque chose qui m'intéresse donc je n'ai pas vraiment de livre culte, j'ai des textes un peu totem que j'aime donner. J'aime bien donner Les Saisons de Maurice Pons, Hécate et ses chiens de Paul Morand, Le locataire chimérique de Roland Topor ou le livre de Kléber Haedens. Mais l'éclectisme fait le personnage que vous avez devant vous et qui n'est pas du tout fabriqué. Souvent les gens ont du mal à me cerner, même les libraires ne comprennent pas que l'on puisse être à ce point éclectique, avoir autant de maisons d'édition, mais justement, ce qui fait la richesse d'un individu, d'un univers, c'est que ce soit une sorte de mosaïque qui au bout du compte forme un univers cohérent malgré son apparente disparité.

Philippe :

Vous êtes le petit neveu du résistant Honoré d'Estienne d'Orves, parfois est-ce lourd à porter un nom comme celui-ci ? Et est ce que ça a pu avoir une influence dans votre envie d'écrire ?

Nicolas :

Alors ça a eu une influence sans doute sur mon inspiration, par ce que mon grand oncle était un des pionniers de la résistance. Je me suis toujours intéressé à cette période parce qu'on me la renvoyait toujours au visage. Il y a des noms plus compliqués à porter, si je m'appelais Pétain ce serait plus compliqué comme je dis toujours. Mon oncle est une vraie figure en tout point inattaquable, c'est le vrai héros au cœur pur. Alors par esprit de provocation je me suis toujours plus intéressé aux collabos qu'aux résistants, dans un compte, j'aime l'ogre, pas le petit Poucet. J'aime le versant noir de la force comme on dit. Mais ce n'est pas par soucis de me faire un prénom que j'ai commencé à écrire. J'ai commencé dans la presse un peu par hasard, mon goût de l'écriture est venu du journalisme, et pour moi, c'est la meilleure des écoles : c'est à dire apprendre à écrire à la commande avec une deadline, une commande très précise et ça apprend à être efficace, précis, concis. Ce que je cherche à faire dans mes romans : aller droit au but. Raconter une histoire, captiver le lecteur, ne pas le lâcher. C'est ce qu'on doit faire dans un article très rapidement. Dans les premières lignes, on doit donner les infos et ne plus lâcher le lecteur jusqu'à la fin du papier. Un roman c'est la même chose, mais sur 500 pages, et c'est plus difficile mais c'est très excitant.

Philippe :

Lorsque vous êtes à votre table de travail, pensez-vous aux futurs lecteurs ? À celui qui va s'emparer de votre histoire, ou êtes-vous concentré sur vous et vos personnages ?

Nicolas :

Je pense aux deux, je fais un va-et-vient, quand tout à coup j'oublie mon lecteur, que je ne pense qu'à mes personnages et que je me fais plaisir, souvent c'est dangereux. Il ne faut pas trop se faire plaisir. Il faut toujours garder en tête que quelqu'un va nous lire, pas uniquement se relire. Parce que quand on prend trop de plaisir à se lire et à se relire, on se regarde le nombril, on se regarde écrire, on n'écrit plus, dans mon travail en l'occurence. C'est toujours important de penser au lecteur mais pas à un certain type de lecteur, et dans le cadre de mes romans qui sont très documentés, précis et très romanesques, il faut que mon livre soit lu et compris et par des spécialistes de la période qui verront qu'il y a de la recherche, et un lecteur qui ne connait rien à la période, qui ne va pas être noyé dans un flot d'informations et qui va juste prendre plaisir à lire une histoire, et si possible à apprendre des choses, et à avoir envie de creuser et de découvrir plus de textes sur certaines périodes et aller au-delà.

Philippe :

Votre actualité Nicolas d'Estienne d'Orves, ça s'appelle La gloire des maudits, votre nouveau titre est chez Albin Michel.

  • PRÉSENTATION
  • PORTRAIT
  • LIVRE
  • Passionné de musique et d’opéra, chroniqueur pour plusieurs titres dont « Le Figaro », Nicolas d’Estienne d’Orves est aussi romancier. Il a publié notamment des romans d’anticipation comme « Les derniers jours de Paris » ou « L’enfant du premier matin ». Amoureux de la capitale, on lui doit aussi un « Dictionnaire de Paris » et « Les petits plaisirs que seul Paris procure ». Paris est d’ailleurs la toile de fond du nouveau roman de Nicolas d’Estienne d’Orves « La gloire des maudits ». Nous voici...Arletty, un coeur libre de Nicolas d'Estienne d'Orves - Présentation - Suite
    Philippe : Bonjour Nicolas d'Estienne d'Orves, votre actualité chez Albin Michel : La gloire des maudits. J'ai envie de dire qu'il y a deux Nicolas d'Estienne D'Orves en un, il y a le romancier et le passionné de musique et d'opéra,vous êtes chroniqueur pour plusieurs titres. D'où vous vient ce goût de la musique et en particulier de l'opéra ? Nicolas : J'ai découvert l'opéra quand j'avais 14-15ans un peu par hasard. Mes parents m'avaient mis en pension, je n'écoutais pas de musique à l'époque et je n'arrivais pas à...Arletty, un coeur libre de Nicolas d'Estienne d'Orves - Portrait - Suite
    Philippe : Il y avait eu en 2012 Les fidélités successives où vous nous entraîniez au cœur de la 2nd guerre mondiale, cette fois ci avec La gloire des maudits, on continue dans le XXe siècle, en 1955 à Paris, nous allons faire connaissance avec deux femmes. Il y a Sidonie Porel (personnage fictif) qui est une grande romancière, elle est même à la tête de l'académie Goncourt de l'époque. Et il y a cette jeune Gabrielle dont le père a été, paraît-il collabo, il a été exécuté sous ses yeux. Et un jour, elle va recevoir...Arletty, un coeur libre de Nicolas d'Estienne d'Orves - Livre - Suite