Marianne Maury Kaufmann

Marianne Maury Kaufmann

Varsovie-Les Lilas

Livre 00'06'14"

Philippe Chauveau :

Avec ce titre « Varsovie - Les Lilas » et cette jolie couverture, Marianne Maury-Kaufmann, nous allons faire connaissance avec une femme, une femme perdue au milieu de la foule de la grande ville, une femme perdue au milieu de Paris, elle s'appelle Francine. On va la retrouver dans un bus, ce bus 96 qui va de Montparnasse à la porte des Lilas. Qui est-elle Francine ? D'où vient-elle ? En quoi est-ce un personnage qui compte pour vous ?

Marianne Maury Kaufmann :

Pour moi, dans ce livre, la personne que je retrouve moi ce n'est pas vraiment Francine, c'est plutôt Dorota. C'est à dire que mon désire lorsque j'ai commencé à écrire le texte était de parler de ma grand-mère. Ce qui est vrai dans ce livre, la part de vérité, c'est ce qui concerne ma grand-mère. Le reste c'est du roman, il est inspiré de qui était ma mère, mais la part de vérité et la part qui m'est le plus chère, c'est ce qui concerne Dorota.

Philippe Chauveau :

Ce que l'on entend bien, c'est que cette histoire vous touche de très près même si le lecteur ne sera pas forcément au courant en lisant ces pages. C'est vrai que ces trois pages où l'on parle de Dorota sont très fortes, très puissantes. Finalement, c'est le bagage que porte Francine dans son bus. Il y a cette histoire familiale qu'elle n'arrive pas à exprimer. Dans le bus, elle rencontre des gens, elle aurait envie de leur parler, elle aurait envie de faire un bout de chemin avec eux et elle n'y arrive pas. Pourquoi avoir eu envie de nous faire monter dans ce bus au côté de Francine ?

Marianne Maury Kaufmann :

Francine est un personnage qui n'est pas complètement fictif puisque ma mère n'est plus là aujourd'hui mais ma mère était donc la fille de Dorota. Elle a été déportée et elle a retrouvé sa mère après la guerre ; elle avait six ans et elle était en miettes. Elle a vécu toute sa vie en miettes. Alors moi, quand j'ai créé Francine, j'ai créé la personne que j'aurais aimé que ma mère devienne. J'aurais aimé que ma mère ait le même ressort que Francine et qu'elle arrive à se sortir de cette ornière épouvantable. Francine est un compromis entre Simone Veil et ma pauvre maman. Ce n'est pas une personne exceptionnelle comme Simone Veil, avec un courage fou et puis le désir de faire le bien mais enfin, ce n'est quand même pas ma mère qui n'avait pas envie de vivre. Francine veut vivre, elle veut connaître les autres et elle veut surtout leur parler.

Philippe Chauveau :

Je vais me permettre de présenter un peu Francine. Elle est cette petite dame que l'on pourrait croiser n'importe où, n'importe quand. Son but dans sa vie c'est de monter chaque jour dans le bus pour rencontrer les gens. Elle a eu sa vie, un peu grise aux côtés de son mari Jean, qui est décédé, ils ont eu une petite fille, Ronie. Leurs relations se sont un peu distendues avec cet enfant et aujourd'hui Francine balade un peu sa tristesse, sa mélancolie, son mal vivre, elle trimbale tout ça dans ce bus. Et puis, il y a son passé, son enfance, qu'elle n'arrive pas à exprimer, qu'elle n'a jamais pu raconter à sa propre fille Ronie. Est-ce que c'est une bonne présentation de Francine ? Cette femme un peu transparente finalement...

Marianne Maury-Kaufmann :

Oui. Je pense qu'à la longue, à force qu'on lui demande d'être transparente, que l'histoire lui demande d'être transparente, puis que sa mère lui demande de se taire puisqu'elle même se tait, et puis son mari qui a vécu le même traumatisme, on lui demande d'être transparent... d'autre part, vous dites qu'elle n'a pas réussi à communiquer avec sa fille, elle n'a réussi jusqu’ici à communiquer avec personne mais au début du livre, qui s'étend sur une période de deux mois, elle communique avec des gens, elle fait plusieurs rencontres.

Philippe Chauveau :

Des rencontres furtives, plus ou moins longues, mais des rencontres qui changent sa vie en tout cas.

Marianne Maury-Kaufmann :

Oui, elles sont souvent un petit peu ratées, parfois extrêmement ratées et de toute façon, sa vie est en train de basculer vers une vie dans laquelle les autres sont pris en compte.

Philippe Chauveau :

Vous écrivez : « Le pouvoir des petites choses est si grand, car ce sont les petites choses qui restent. Sur le coup on ne sait pas qu'elle vont rester, ou plutôt, on ne sait pas lesquelles vont rester et faire buvard à jamais. Seuls ces petits détails inscrits dans le buvard nous blessent. »

Marianne Maury-Kaufmann :

Oui, dans l'écriture, il y a quelque chose à laquelle je crois c'est le détail. J'y crois aussi dans la vie. Je pense qu'on se rencontre pour un détail, on s'engueule pour un détail, on meurt parfois pour un détail. Ça, ça concerne le contenu d'un texte. Et, dans la forme, je crois qu'on peut s’aider des détails pour dire des choses, ou bien merveilleuses même sans être grandiloquentes, ou bien affreuses mais sans être dans le pathos. Le détail est très précieux dans la vie et dans l'écriture, j'aime beaucoup le détail.

Philippe Chauveau :

Votre grand-mère n'a pas beaucoup parlé avec sa propre fille, votre mère n'a pas beaucoup parlé avec vous. A travers ce roman, est-ce aussi un cadeau que vous avez envie d’offrir à vos grands garçons, ces enfants que vous avez évoqués tout à l'heure ?

Marianne Maury-Kaufmann :

Evidemment. C'est drôle parce qu'ils ont réagi tous les trois de façon très différente en lisant le texte. Il y en a un des trois qui m'a dit : « il faut qu'on déjeune ensemble là », alors on a déjeuné ensemble et il m'a dit « il faut que tu me dises ce qui est vrai et ce qui est faux ».

Philippe Chauveau :

Après avoir lu ce livre qui est plein de finesse, plein de sensibilité, on regarde sans doute différemment les personnes âgées, ces hommes et ces femmes qui sont autour de nous, qu'ils soient dans le bus 96 où ailleurs. « Varsovie - Les Lilas », c'est votre actualité Marianne Maury-Kaufmann. Merci beaucoup, vous êtes publiée chez Héloïse d'Ormesson.

Marianne Maury Kaufmann :

Merci à vous.

  • PRÉSENTATION
  • PORTRAIT
  • LIVRE
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