Frédéric Perrot

Frédéric Perrot

Pour une heure oubliée

Livre 00'06'50"

Philippe Chauveau :

Il est énigmatique et en même temps, il est très poétique, ce camion, cette petite camionnette à glace qui a un petit parfum de nostalgie, un parfum d'enfance. Pour une heure oubliée, c'est votre premier titre, Frédéric Perrot. On fait connaissance avec Émile. Émile a un présent, il a eu aussi un passé. C'est à dire qu'il s'est marié avec Jeanne. Jeanne ne connaît pas tout de sa vie. Et puis, au hasard d'une lettre envoyée par une journaliste, elle va se rendre compte qu'en fait, il y a une zone d'ombre dont son époux n'a jamais voulu parler. Qui est-il Émile? Racontez-nous son parcours.

Frédéric Perrot :

Émile, c'est un personnage qui est assez multiple parce qu'il est plusieurs personnages à la fois dans le roman. Il a 30 ans quand on est dans le passé, il en a 50 quand on est dans le présent. C'est un personnage qui est différent. Quand il a 30 ans, c'est un personnage qui est insouciant, avec des envies de liberté, bercé d'illusions. Quand on le retrouve à 50 ans, c'est un personnage qui est rongé par le remords et qui a vécu les années de prison. Et donc, il est les deux facettes d'un même personnage, plusieurs entités en même temps.

Philippe Chauveau :

Je ne vais rien trahir de l'intrigue parce qu'il y a des rebondissements quasi permanents dans le roman. Mais c'est vrai que son épouse Jeanne ne connaît pas son parcours. On lui a dit que pendant plusieurs années, il était allé au Club Med en tant que Gentil Organisateur. Mais en fait, ça cache une autre réalité. Il a été en prison pour un meurtre dont il ne se souvient absolument de rien. Cette fameuse heure oubliée au cours de laquelle il aurait soit disant tué la belle et énigmatique Louise. Pour le soutenir dans ses années de prison et après, il y a un couple d'amis, Manon et Paul, qui vont être très présents dans le roman. Cette heure oubliée, on peut quand même en donner quelques éléments. Il y a un verre de Jet27 en trop.

Frédéric Perrot :

Oui, ils seront dans une soirée. Ils partagent un verre avec une femme. Il fume une cigarette. Il va s'assoupir et quand il se réveille, cette femme va être assassinée à ses pieds. Et toute l'histoire du roman va être de raconter les conséquences de cette heure oubliée sur la vie tout entière du héros.

Philippe Chauveau :

Il va donc être emprisonné pendant plusieurs années et il va avoir de cesse d'essayer de comprendre ce qui a bien pu se passer. Comment est née cette histoire? D'où vient elle?

Frédéric Perrot :

J'avais lu un article sur un fait divers d'un homme qui avait tué sa femme pendant une crise de somnambulisme et je m'étais dit : "Mais alors, comment on fait pour juger un crime pareil? Et puis, quand on en est l'auteur, comment on accepte sa culpabilité, comment on fait le deuil de son innocence?" Voilà, ça m'avait fasciné, autant qu'horrifié. Je m'étais dit tiens, c'est un bon point de départ pour les questionnements d'un personnage pour un roman.

Philippe Chauveau :

Précisons, il y a une intrigue, il y a un meurtre et on va essayer de comprendre ce qui s'est passé. Mais nous ne sommes pas foncièrement dans un dans un polar ou dans un roman noir. Parce que c'est plus le personnage d'Émile, cette personnalité, cet homme cabossé dont vous avez eu envie de nous parler. Il y a même des pages qui sont d'une grande poésie, d'une grande sensibilité dans la description de la relation qu'il y a entre Jeanne, sa nouvelle compagne, et Émile. Vous avez envie qu'on s'éloigne un peu de ce côté roman noir ou au contraire, vous l'assumer complètement?

Frédéric Perrot :

Non, c'était une volonté de se servir de ces codes là. Mais en effet, plutôt que d'être dans une enquête, on est dans une quête intime de ce personnage qui se demande qui il est. Donc, ça m'intéressait de creuser dans les profondeurs du personnage et de plus en plus, en effet, avec les codes classiques du polar dont je m'éloigne un peu sciemment.

Philippe Chauveau :

Il y a trois très beaux personnages féminins. Il y a Louise, dont on ne va pas connaître grand chose puisqu'elle se fait tuer dès les premières pages. Mais on sait que c'est une femme assez énigmatique, une femme qui joue avec sa beauté. Il y a aussi Manon, l'amie de toujours, qui elle aussi, cache ses propres zones d'ombre. Et puis, il y a Jeanne la solaire, Jeanne la résistante, Jeanne qui va porter Emile. Comment les avez vous construits, ces trois personnages féminins? Parce que même s'ils sont en lisière du personnage principal d'Émile, ils sont indispensables dans l'intrigue.

Frédéric Perrot :

Je m'inspire des femmes qui m'entourent et qui sont des femmes inspirantes. Il y a un peu d'elles dans tous ces personnages. Forcément elles viennent d'inspiration, bien sûr, de proches, mais elles vivent aussi par elles mêmes.

Philippe Chauveau :

Il y a un quatrième personnage féminin qui est important, c'est Sandra. C'est cette femme journaliste, celle par qui le scandale va éclater. Elle aussi, elle était importante. Elle était dès le départ dans votre histoire, vous saviez qu'il y aurait cette femme journaliste qui allait mettre Émile face à sa réalité?

Frédéric Perrot :

Oui, parce que c'était un bon déclencheur pour faire resurgir ce secret vingt ans après les faits. Il est installé dans une vie ordinaire. Il s'est installé avec une femme à qui il n'a rien dit de son passé. Donc, il fallait cet élément perturbateur qui vient un peu poser les questions auxquelles il se refuse à répondre et essayer de mettre la lumière sur les zones d'ombre. Donc oui c'était un personnage important.

Philippe Chauveau :

Au delà du personnage d'Émile, c'est aussi un très beau roman sur le temps qui passe et qui parfois nous engloutit. Votre roman alterne le passé et le présent, et puis aussi, c'est très original, le futur. C'est-à-dire qu'on le suit à quatre moments clés de sa vie. Comment avez-vous procédé pour écrire cette histoire? Saviez-vous dès le départ qu'il y aurait présent, passé, futur? Est-ce que ça s'est imposé à vous au fil, au fil de l'intrigue?

Frédéric Perrot :

Le passé et le présent, c'était une envie d’osciller entre les deux et de raconter un drame et ses conséquences vingt ans plus tard, c'était une vraie volonté. Le futur est venu après parce que je me suis dit que ce serait intéressant de réussir à rajouter cette dimension là. Mais c'est venu plutôt au fur et à mesure de l'écriture.

Philippe Chauveau :

J'ai été frappé par la phrase de Marcel Pagnol que vous avez choisi de mettre en exergue. Telle est la vie des hommes. Quelques joies très vite effacées par d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants". Pourquoi avez-vous choisi de mettre Marcel Pagnol comme ça au tout début de votre roman?

Frédéric Perrot :

Parce que ses romans ont profondément marqué mon enfance. Mes parents avaient organisé des veillées comme ça avec mon frère pendant des semaines entières en nous lisant La gloire de mon père, Le château de ma mère. Donc on suivait cette histoire et ça nous avait fasciné. C'était une manière de rendre hommage à cet auteur que j'aime beaucoup et à c'est cette lecture qui a été fondatrice dans les choix de métiers que je fais.

Philippe Chauveau :

Une intrigue finement construite, des personnages attachants et notamment celui d'Émile et surtout une écriture très travaillée. Voilà un très beau premier roman. Merci beaucoup, Frédéric Perrot. C'est votre actualité, aux éditions Mialet Barrault, Pour une heure oubliée.

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  • Voilà un premier roman pour lequel j’ai eu un gros coup de cœur, le titre et la couverture incitant à se plonger dans cette drôle d’histoire. Mais auparavant, parlons de son auteur. Si pour Frédéric Perrot, il s’agit là d’un premier galop dans l’univers littéraire, l’écriture fait réellement partie de son ADN. L’envie de raconter des histoires, douce nostalgie de celles que ses parents lui lisaient le soir lorsqu’il était enfant. Le gamin a bien grandi mais le rêve est toujours là. Depuis, Frédéric Perrrot a...Pour une heure oubliée de Frédéric Perrot - Présentation - Suite
    Philippe Chauveau : Bonjour Frédéric Perrot.   Frédéric Perrot : Bonjour.   Philippe Chauveau : Vous êtes dans l'actualité littéraire avec ce premier roman chez Mialet Barrault, Pour une heure oubliée. Je parle spécifiquement de l'actualité littéraire parce que souvent, on vous voit dans une autre actualité qui est celle du théâtre et du court métrage avec le duo que vous formez, Najar et Perrot. Si vous deviez vous définir, qui êtes-vous?   Frédéric Perrot : C'est une bonne question. Si je devais me définir…...Pour une heure oubliée de Frédéric Perrot - Portrait - Suite
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