François d'Epenoux

François d'Epenoux

Les désossés

Livre 00'06'43"

Philippe Chauveau :

Voici donc votre nouveau titre, François d'Epenoux, Les désossés. Je le dis en préambule, attention, âmes sensibles s'abstenir. Dans vos précédents romans, vous le dites vous même volontiers, il y avait une sorte de bienveillance. Là, on va oublier tout ce que vous nous aviez proposé précédemment. Voilà un huis clos. Nous sommes dans un chalet, très luxueux, très moderne, très contemporain, très high-tech, assez loin de la station la plus proche. Et puis, il y a cette neige qui tombe en abondance. Je plante le décor, si vous me permettez. Dans ce chalet, il y a toute une famille. Ce sont les Saillard. Il y a Marc, un businessman qui a très bien réussi. Il ne vaut peut être mieux pas trop savoir comment. Il y a son épouse Liz, qui se prélasse dans ses fourrures en vidant la cave du chalet. Il y a leur fille Juliette, qui est une ravissante jeune fille assez insignifiante, qui utilise l'argent de papa. Elle va bientôt se marier avec Eric et lui a compris qu'en épousant la fille, il épousait aussi la fortune paternelle. Il y a Rose, la domestique. Et enfin, il y a l'homme à tout faire. On a l'impression d'être un peu dans une partie de Cluedo dans ce chalet. Il va y avoir forcément un drame. Comment née cette histoire? Qu'avez-vous eu envie de nous raconter?

François d'Epenoux :

L'histoire est née d'un séjour à Venise pendant lequel j'avais vu l'eau monter, le fameux phénomène de l'aqua alta et tout à coup ça m'est venu. Je me suis dit tiens, de riches aristocrates enfermés dans leur palais alors que l'eau monte, qu'est-ce qu’il pourrait se passer? Tout à coup l'eau s'infiltre, il y a des problèmes de faim, d'alimentation ou d'hygiène, d'eau, d'électricité? Que deviendraient ces gens? À quel moment le vernis va se craquer et à quel moment les vraies natures vont se révéler? Et puis, connaissant bien la montagne, je me suis dit qu'en fait, l'intrigue pourrait très bien être transféré en montagne. Je trouve qu'avec la neige, il y a quelque chose de très doux, de très inoffensif qui peut devenir très inquiétant. Il y a un côté conte de Noël dans la neige, c'est doux et velouté. Et puis, tout à coup, quand il y en a énormément, ça devient quand même effrayant.

Philippe Chauveau :

Et le sang est beaucoup plus visible sur la neige.

François d'Epenoux :

Le rouge sur le blanc il y a vraiment quelque chose de choquant là dedans. Donc, je me suis dit : on va partir dans cette aventure là. J'ai voulu écrire une sorte de conte sur le fait que ce chalet représentait presque notre planète aujourd'hui. Je me suis dit il y a une sorte d'allégorie de la planète telle qu'elle est : insouciance, une certaine forme d'abondance, le manque arrive. À la fin, on peut revenir véritablement à l'état sauvage.

Philippe Chauveau :

Je ne vais pas trahir l'intrigue parce que vous l'écrivez vraiment comme un "thriller". C'est un petit peu qui va tuer qui? Parce qu'on sait que forcément, il va y avoir des drames. Mais vous le dites, le vernis craque parce que cette neige tombe pendant des jours et des jours. Ce qui était très joli à regarder par la grande baie vitrée devient très oppressant au fil du temps. L'électricité va être coupée, le chauffage ne fonctionne plus. Il n'y a plus de bois pour alimenter la cheminée. Et puis, surtout, les réfrigérateurs se vident à vitesse grand V. Et si, au début du roman, on boit du champagne et on mange des petits fours, au fil du temps, il n'y a plus grand chose dans les placards. Et c'est là que le roman va atteindre son paroxysme. Parce que vous allez confronter vos personnages à la folie pure et surtout à un tabou de notre société.

François d'Epenoux :

C'est un tabou qui m'intéresse parce que je me demande quand on voit cette société et quand les choses arrivent, qui restent humains et qui devient un animal ? Ce qui m'intéresse, c'est ce qu'on le voit dans des situations de grandes catastrophes, où il y a des gens qui restent debout, il y a des gens qui sont héroïques. Et puis des gens qui sont d'une lâcheté et capables d'écraser les autres pour pouvoir s'enfuir plus vite. Donc ça, c'est ce qui m'intéressait, cette part de sauvagerie ou de violence qu'il peut y avoir derrière l'animal humain, l'animal social. Même si on est entouré de Matisse et de Pissarro, on peut devenir une tête féroce. C'est assez rapide.

Philippe Chauveau :

Le drame avance, les personnages sont aux portes de la folie. Vous avez quand même souhaité qu'il y ait une sorte de respiration pour le lecteur avec certains passages où il y a presque un peu d'ironie, d'humour grinçant, de façon à ne pas être dans l'insupportable, dans l'odieux au fil de la lecture.

François d'Epenoux :

Oui, j'ai voulu forcer le trait comme un peu comme dans une comédie. Au départ, ça commence presque comme une comédie, c'est à dire que pour Liz, son drame, c'est qu'il y a plus de chips à la truffe. Vous voyez le niveau du problème. Je pose ces personnages. Ils sont tous un peu caricaturaux. J'ai un peu forcé le trait. Il y a le patriarche, ou Eric un sale môme. Il y a cette très belle Rose qui passe comme ça, une belle femme qui passe toujours derrière, très noble. Et je me dis si on est dans une unité de lieu comme ça, qu'est ce qui va se passer? Et c'est ça qui m'intéressait d'aller voir à quel moment les uns vont bien se tenir et les autres devenir dingues.

Philippe Chauveau :

Il y a deux lectures. On peut lire ce roman comme un "thriller", simplement pour les amateurs de romans noirs. Et puis, il y a aussi cette vision de notre époque, de notre monde. Vous le disiez ce chalet, c'est un peu notre monde, avec le dérèglement climatique, la surconsommation alimentaire, les différences de classes sociales. Tout est là. Tout est dans cette histoire de la famille Saillard.

François d'Epenoux :

En fait, ce chalet est vraiment l'allégorie de la planète. C'est exactement ça. Je vous dis l'abondance, l'insouciance, les carences qui arrivent et qu'est ce qu'on fait après? C'est exactement ce qui est en train de se passer. Et le tout ponctué, vous avez raison de le souligner, de passages presque drôles, presque burlesques. J'ai voulu que ce ne soit pas trop lourd non plus. Il y a des moments où on rit ou on est interloqué, un peu choqué. Et puis, d'autres moments, on rêve aussi. Effectivement, le temps avance. Ce dérèglement climatique fait que la neige prend des proportions complètement dingue et on arrive au drame absolu et au retour à une sorte d'état primale.

Philippe Chauveau :

Voila un livre qui ne laisse pas indifférent. Si vous avez envie de frissonner, si vous avez envie d'avoir peur, ne manquez pas le nouveau livre de François d'Epenoux, Les désossés. En revanche, j'ai un conseil si vous devez partir quelques jours à la montagne, emportez vos provisions. Les désossés François d'Epenoux, c'est aux Editions Anne Carrière. Merci beaucoup.

François d'Epenoux :

Merci beaucoup.

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  • PORTRAIT
  • LIVRE
  • Homme de communication, François d’Epenoux a d’abord été journaliste avant de rejoindre une célèbre agence de publicité où il a officié pendant plus de dix ans. Mais c’est finalement par l’écriture qu’il se fait connaitre du grand public, avec un premier roman en 1995, « Gégé » sélectionné pour le Goncourt des lycéens. En 1998, avec « Danemark esperanto », il s’inspire librement de son histoire pour raconter sa grand-mère danoise et les liens d’affection tissés malgré la barrière linguistique. De...Les désossés de François Epenoux (d') - Présentation - Suite
    Philippe Chauveau : Bonjour François d'Epenoux.   François d'Epenoux : Bonjour Philippe Chauveau.   Philippe Chauveau : Voila votre douzième titre, Les Désossées, aux éditions Anne Carrière. On va reparler de ce roman. On aussi remonter la machine du temps. Votre premier roman, Gégé, c'était en 1995. Vous aviez été dans la sélection du Goncourt du premier roman. Mais il y a un autre François d'Epenoux, c'est celui qui est fan de publicité, puisque c'est votre activité. La publicité, c'est quoi pour vous?   François...Les désossés de François Epenoux (d') - Portrait - Suite
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