Olivier Adam

Olivier Adam

Tout peut s'oublier

Portrait 00'07'22"

Philippe Chauveau :

Bonjour Olivier Adam.

Olivier Adam :

Bonjour.

Philippe Chauveau :

Vous êtes dans l'actualité avec ce nouveau livre chez Flammarion, Tout peut s'oublier. On a plaisir à suivre votre parcours depuis déjà pas mal de temps. C'est presque un anniversaire. C'était en 2000 votre premier titre.

Olivier Adam :

Lundi 2 janvier 2000.

Philippe Chauveau :

Ne dites pas ça avec nostalgie.

Olivier Adam :

C'était le premier livre du nouveau millénaire.

Philippe Chauveau :

Et puis, très vite, un beau succès de librairie, beau succès auprès des critiques, adaptations cinématographiques. Est-ce que parfois, vous avez l'impression que la machine s'était un peu emballée, que tout avait été un peu vite? Ce n'est jamais facile de gérer un succès dès le départ?

Olivier Adam :

Non, parce que ça s'est fait très progressivement. Mon premier roman a eu un succès d'estime, Je vais bien ne t'en fais pas et il est devenu un best seller suite à l'adaptation cinématographique. Et puis, au même moment, à peu près j'ai eu le Goncourt de la nouvelle pour Passer l'hiver. Le premier livre qui a été propulsé sur la liste des meilleures ventes. Et puis ensuite, ça s'est doucement agrégé comme ça. Les libraires qui sont très attentifs à mon travail, la presse, les lecteurs, les ventes ont suivi. Et puis bon, c'est sûr qu'ensuite, ça ne peut pas durer comme ça tout le temps. Donc, il y a des livres qui sont mieux reçus, d'autres moins bien par la critique, par les lecteurs eux mêmes. Donc, c'est plus difficile de durer.

Philippe Chauveau :

Mais néanmoins, vous avez toujours bel et bien votre place en librairie et il me semble que vous faites partie de ces quelques, voire de ces rares auteurs qui savaient réconcilier le grand public, et ça n'a rien de péjoratif dans ce que je dis, à une élite plus littéraire, notamment dans la critique. On a l'impression que vous avez su réconcilier ces deux mondes.

Olivier Adam :

Ce n'est pas un but particulier. Ce n'était pas un objectif. Ce qui est sûr, c'est que j'ai toujours voulu que la sophistication de mes livres soit invisible, que le travail soit caché. Je n'ai jamais voulu montrer que j'étais intelligent ou que j'écrivais bien dans mes livres. Je veux d'abord bâtir des personnages, raconter des histoires et parler de la façon dont on vit, tout simplement. Et cette fluidité là que je cherche et que je revendique, je pense qu'elle donne accès à un lectorat peut être plus large que des livres qui, d'apparence, semblent plus difficiles que les miens. Mais j'ai toujours aimé ça l'évidence. La sophistication se cache derrière l'évidence.

Philippe Chauveau :

Quels sont les auteurs, peut être, qui vous ont fait avancer, qui vous ont fait grandir dans la vie même lorsque vous étiez ado ou jeune adulte? Sont-il ceux qui, justement, vous ont donné envie de prendre la plume à votre tour? Ou bien l'envie de l'écriture vient d'ailleurs?

Olivier Adam :

L'envie de l'écriture, elle est venue d'un rapport au texte. Quand j'étais adolescent, ça passait d'abord par la chanson et la poésie, qui sont pour moi une seule et même chose, quoiqu'on en dise. Et cette attention aux textes et cette émotion que me procurait les mots aussi bien chez chanteurs que j'aimais que chez les poètes que je lisais. C'est ce qui m'a fait commencer à écrire. J'ai commencé en écrivant des chansons pour un petit groupe que j'avais à l'époque. Ensuite, je me suis un peu trouvé engoncé dans ce format de la chanson, donc je me suis délivré en passant à la poésie. Là encore, je me suis un peu trouvé engoncé dans la forme brève. Je suis passé naturellement à la fiction avec des nouvelles, avec des romans et au même moment, ce trajet là, je suis entré aussi en littérature en tant que lecteur, avec des écrivains comme Patrick Modiano, comme Jean-Paul Dubois, comme Philippe Djian. Modiano et Djian est deux auteurs qui m'ont ensuite, par leur propre inspiration, dont ils ne font jamais l'économie de les mentionner, m'ont amené littérature américaine, qui était vraiment un grand déclencheur pour moi, et notamment Raymond Carver. À l'époque, c'était Brautigan, Carver, Fante, Bukowski, etc. Et puis Richard Ford, Jay McInerney. Carver, c'était très important. Ce qui était déterminant, c'est qu'il m'a montré que je pouvais faire des livres avec le monde dont j'étais issu et que je connaissais. Ce n'était pas forcément le cas de la littérature française, qui était très bourgeoise quand même dans ces sociaux types et dans ces sujets. Carver, c'était le pompiste, le chômeur, la barmaid et une manière de ne pas se mettre en surplomb des gens dont il parle, mais de parler de l'intérieur, d'être le type au comptoir qui n'est pas plus avancé que la barmaid dont il relate les affres.

Philippe Chauveau :

Justement pour raconter la vie, pour raconter la société, il y a Olivier Adam, le romancier, celui qui prend la plume. Et il aussi, le mordues, le fondu de cinéma. Alors, il y a certains de vos titres qui ont été adaptés. Vous avez parfois participé à ces adaptations. Et puis, on vous sollicite aussi pour d'autres projets cinématographiques. Pourquoi cette passion pour le cinéma ? Que vous procure le plaisir de l'image?

Olivier Adam :

Le fait que j'ai eu le privilège de pouvoir travailler pour des cinéastes en collaborant à des scénarios les écrivant moi même. C'était vraiment un espèce de cadeau. On ne refuse pas un cadeau comme ça. Moi, j'ai toujours aimé le cinéma et je suis un rat de salle de cinéma. Je continue à me enthousiasmer pour les cinéastes contemporains. Maintenant, c'est une nourriture secondaire pour moi, comme la chanson ou la musique. La nourriture première, la source première artistique dans ma création, mais aussi personnelle, ça reste la littérature.

Philippe Chauveau :

Que ce soit la littérature jeunesse, la littérature générale, la littérature cinématographique, je reprends le terme que vous avez utilisé tout à l'heure : "vous vous sentiez parfois engoncé". C'est ce qui vous a fait avancer dans différentes directions? La littérature, l'écriture, pour vous, c'est un moyen, justement, de ne plus être engoncé? C'est un outil de liberté?

Olivier Adam :

Quand on écrit, on peut faire appel à toutes les composantes de son être intérieur et à l'être social qu'on présente aux uns et aux autres, qui, d'ailleurs, diffèrent en fonction de qui on s'adresse. On n'est pas le même dans le couple, dans la famille, dans la sphère professionnelle, dans les médias, etc. Et puis, il y a en plus un être en soi qui est beaucoup plus indomptable, sauvage, imprésentable, et qui lui a droit de cité. C'est le seul lieu où on se trouve réunis à tous les âges de sa vie et dans toutes les toutes les composantes de son moi, si on peut dire.

Philippe Chauveau :

Une belle définition de l'écriture. Olivier Adam, c'est votre actualité chez Flammarion, votre nouveau titre, Tout peut s'oublier.

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  • Depuis son premier roman paru en 2000, « Je vais bien ne t’en fais pas », Olivier Adam a trouvé une place qui lui sied bien dans le paysage littéraire, séduisant un public fidèle qui s’étoffe au fil des ans. Il a surtout su faire le lien entre une écriture exigeante abordant des sujets sociétaux, et un lectorat qui s’attache autant aux intrigues qu’à la qualité de la syntaxe. « Falaises », « Chanson de la ville silencieuse » ou « Les lisières », autant de titres salués aussi bien par la critique que par...Tout peut s'oublier d'Olivier Adam - Présentation - Suite
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    Philippe Chauveau : Dès que l'on voit ce nouveau titre, Olivier Adam, Tout peut s'oublier, il y a forcément une chanson de Jacques Brel qui vient à l'esprit. La musique est d'ailleurs très présente dans ce livre. Vous citez pas mal d'artistes qui font partie de notre patrimoine commun. Nous allons faire connaissance avec Nathan. Nathan est Breton. Il vit là bas, sur la côte d'Émeraude. Il tient un cinéma. Il a été en couple avec plusieurs femmes et notamment avec Jun, avec qui il a eu un petit Léo. Jun, il l'a rencontré au...Tout peut s'oublier d'Olivier Adam - Livre - Suite