Olivier Adam

Olivier Adam

Tout peut s'oublier

Livre 00'07'41"

Philippe Chauveau :

Dès que l'on voit ce nouveau titre, Olivier Adam, Tout peut s'oublier, il y a forcément une chanson de Jacques Brel qui vient à l'esprit. La musique est d'ailleurs très présente dans ce livre. Vous citez pas mal d'artistes qui font partie de notre patrimoine commun. Nous allons faire connaissance avec Nathan. Nathan est Breton. Il vit là bas, sur la côte d'Émeraude. Il tient un cinéma. Il a été en couple avec plusieurs femmes et notamment avec Jun, avec qui il a eu un petit Léo. Jun, il l'a rencontré au Japon, où il allait souvent en voyage avec sa précédente compagne. Ils ont divorcé, puis Jun part un beau matin. Qui est il, ce fameux Nathan qui dirige avec passion ce cinéma d'art et d'essai?

Olivier Adam :

Nathan, comme il le dit, c'est un type qui a toujours vécu dans la fiction et pour l'amour de la fiction. Longtemps, ça a été quelque chose dont il faisait pas grand chose. Comme disait ses parents, il était bons à rien, à part à regarder des films. Et puis, il s'est trouvé que il avait un oncle qui l'a initié à la magie des salles de projection, qui tenait un cinéma à Dinard et qui l'a pris sous son aile et assuré une forme de passation quand il s'est su malade et a fait en sorte que ce soit lui qui puisse reprendre ce cinéma. Et j'aimais bien l'idée d'adjoindre cette passion pour le cinéma et qui est plus qu'une passion, son métier, son quotidien au caractère de quelqu'un qui est un peu spectateur de sa vie, mais qui est toujours en lisière de lui-même et des autres.

Philippe Chauveau :

C'est ce que lui reprochait sa précédente compagne? Ce que lui reprochera Jun aussi. On lui dit souvent tu passes un peu à côté de ta vie parce que finalement, tu te plaît plus à regarder celle des autres.

Olivier Adam :

Il se laisse un peu balloté et c'est un peu presqu'au hasard qu'il va rencontrer Jun au Japon. Avec Claire, son ex-femme, ils allaient beaucoup au Japon. Ils avaient une passion commune pour Kyoto et ses temples sanctuaires, ses jardins et les campagnes environnantes, les montagnes, les monts sacrées, etc. Et il y retourne un peu en pèlerinage après la séparation. Puis, il va rencontrer une jeune céramiste dans un magasin, un atelier de céramique dans la campagne autour de Kyoto, dans le canton de Sagano.

Philippe Chauveau :

C'est un peu le coup de foudre, quand même?

Olivier Adam :

Et c'est le coup de foudre.

Philippe Chauveau :

Elle est un peu plus délurée que l'image de la japonaise tel qu'on peut le concevoir. Elle est plutôt bien dans ses baskets. C'est elle qui fait un premier pas, d'ailleurs.

Olivier Adam :

Oui, d'ailleurs lui même un peu étonné de comment elle le alpague. Il n'est pas étonné de sa nature extrêmement vivante. Un peu toujours à l'asticoter. Parce que c'est très courant au Japon. Parce qu'il y a beaucoup de clichés qui circulent sur les Japonais en général. Lui se targue un peu de bien connaître ce pays et ceux qui l'habitent. C'est pas vraiment ça qui est qui le surprend, mais il va se laisser embrassé et emporté dans cette histoire d'amour qui va aboutir à ce que elle vienne vivre avec lui.

Philippe Chauveau :

Elle vient s'installer en France, mais non seulement en Bretagne, à Dinard. Elle a son propre atelier. Lui continue à mener son cinéma. Ils ont ce petit garçon, Léo, qui vient couronner cet amour, tout pourrait bien se passer. Oui, mais un jour, ça ne va plus dans le couple. Elle décide de partir. D'abord, elle prend un autre appartement.

Olivier Adam :

Là encore, cette séparation, il n'a rien vu venir. Il n'a même pas vu l'amour s'effilocher ou le lien. Du jour au lendemain, elle lui a dit :"Bah voilà, je vais prendre un appartement. Et puis, je crois que je crois qu'on va se séparer". Il a un peu subi ça, interloqué. Il s'est réfugié comme d'habitude, dans sa salle de cinéma. En espérant que ça passe un peu. Jusqu'au jour l'institutrice de Léo appelle et dit : "Léo n'était pas là à l'école ce matin. J'espère qu'il va bien. J'ai pas réussi à contacter sa mère". Jun ne répond plus au téléphone. Nathan va arriver, il découvre que l'Atelier et l'appartement ont été vidés.

Philippe Chauveau :

Et justement, à partir de là, Olivier Adam a travers l'histoire de Nathan et de Jun, vous allez nous raconter ces histoires qui font régulièrement l'actualité, à savoir celles de ses pairs français qui se retrouvent complètement démunis face à leur ancienne compagne japonaise qui est retournée au pays en tenant les enfants. Et c'est le cas de Nathan, qui va partir à leur recherche.

Olivier Adam :

Il y a deux étapes. D'abord, il faut leur trouver dans un pays aussi grand que le Japon, un pays où en plus le droit à la disparition est une espèce de droit sacré. On connaît le phénomène des évaporées au Japon, mais il va vite se rendre compte que ce n'est qu'une première étape et que même dans le cas où il retrouverait Jun et son fils, il va se heurter à un problème encore plus épineux qui est qu'au Japon, le partage de l'autorité parentale, le partage de la garde et même le droit de visite sont des notions qui n'existent pas, juridiquement parlant.

Philippe Chauveau :

Dans ce roman, vous nous parlez donc de Nathan avec son fils Léo. Vous nous parlez aussi, même si ce sont des personnages en lisière, de Lise qui essayent de renouer le lien avec son fils Gabriel. C'est à la fois un roman où l'on parle de la relation parent enfant. Et puis on parle aussi surtout de comment vivre une absence lorsqu'elle est choisie.

Olivier Adam :

C'est à dire qu'une histoire d'amour, elle porte en elle l'hypothèse de sa fin. En général, on l'espère pas, mais enfin, on sait très bien que ça peut finir une histoire d'amour. Une histoire de père ou de mère, la paternité, la maternité, même si ça arrive des ruptures, a priori, ça sera toujours notre père, notre mère, notre enfant. C'est un amour inconditionnel qui ne subit pas de temporalité. Et c'est comparable, c'est à dire que Nathan comme Lise doivent faire avec le fait d'aimer quelqu'un qui est toujours en vie, mais auquel ils n'ont plus accès. Comme c'est le cas après une rupture amoureuse, mais une rupture amoureuse on s'en remet d'une certaine manière parce que potentiellement, c'est dans l'ordre des choses. C'est une possibilité. La rupture entre un enfant et ses parents, quel que soit le sens dans lequel elle se déroule. Ce n'est pas dans le contrat à la base. Est-ce qu'on peut se remettre d'avoir perdu entre guillemets son fils alors qu'il est toujours en vie? J'en sais rien. Fondamentalement, je ne pense pas.

Philippe Chauveau :

Bon, on laisse le point d'interrogation. " Après tout, la vie est comme ça. Les grandes joies se mêlent aux chagrins les plus profond. Les espoirs les plus fous à l'incertitude la plus absolue. On n'y pouvait rien. C'était le grand manège. Foutu bordel. Du grand n'importe quoi". C'est votre actualité, Olivier Adam. C'est votre nouveau titre. Ça s'appelle Tout peut s'oublier. C'est aux éditions Flammarion. Merci beaucoup.

  • PRÉSENTATION
  • PORTRAIT
  • LIVRE
  • Depuis son premier roman paru en 2000, « Je vais bien ne t’en fais pas », Olivier Adam a trouvé une place qui lui sied bien dans le paysage littéraire, séduisant un public fidèle qui s’étoffe au fil des ans. Il a surtout su faire le lien entre une écriture exigeante abordant des sujets sociétaux, et un lectorat qui s’attache autant aux intrigues qu’à la qualité de la syntaxe. « Falaises », « Chanson de la ville silencieuse » ou « Les lisières », autant de titres salués aussi bien par la critique que par...Tout peut s'oublier d'Olivier Adam - Présentation - Suite
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