Vladimir Fedorovski

Vladimir Fedorovski

Sur tes cils fond la neige

Portrait 00'07'00"

Philippe Chauveau :
Bonjour Vladimir Fedorovski. On vous connaît bien en librairie, depuis maintenant quelques années. En 1985 il y avait eu un premier livre et puis, en 1991, c'est « L'histoire secrète d'un coup d'état ». Suivront de nombreux ouvrages, pratiquement un livre un livre par an, avec un public qui vous suit fidèlement.

Vladimir Fedorovski :
J'ai fait un million d'exemplaires dans le monde avec « Le roman de Saint-Pétersbourg » !

Philippe Chauveau :
Y a t-il une sorte de boulimie dans votre envie d'écriture puisqu'il y a un livre par an ? Vous êtes toujours sur un projet littéraire, toujours en écriture ? Est-ce une façon de vous protéger du monde ?

Vladimir Fedorovski :
Bien sûr ! C'est à ma façon. Mais la démarche est quand même particulière. Vous savez, j'ai été diplomate longtemps et le diplomate ne peut pas écrire. Il travaille pour les autres, il écrit pour les autres. Aussi, j'ai beaucoup de projets personnels qui ont été réfléchis et conçus à cette période. Par exemple, « Le roman vrai du Dr Jivago », c’est un livre auquel j'ai pensé plus de 40 ans. Alorsn vous comprenez, il y a beaucoup de projets qui ont parfois été pré-écrits et pré-conçus. C'est une façon de faire. Et pour me protéger, il y a une double chose.
Moi, je pense que le grand danger pour la littérature aujourd'hui, c’est que beaucoup de gens regardent leur nombril et moi, je suis contre ça ! je vais vous dire : il faut protéger le public parce que le monde nous tire vers le bas. Et moi, je voudrais tirer vers le haut. Je vis avec mes personnages et je pense au public. C'est une démarche consciente.
J'ai beaucoup d'estime pour le public et je voudrais, pour être franc, lui faire plaisir, le tirer vers la beauté. Aujourd'hui, il y a, même dans les arts modernes, une sorte d’hommage à la laideur. Je suis contre ça !

Philippe Chauveau :
Vous l'avez rappelé, vous avez été pendant de nombreuses années diplomate.
Ce qui veut dire que vous avez un peu vécu dans l'ombre des grands de ce monde. Aujourd'hui, depuis que vous êtes en littérature, on sent que vous avez envie de vous montrer d'être généreux avec le public. Il y a les livres bien sûr mais il y a aussi les conférences que vous donnez, les spectacles que vous proposez notamment avec votre ami, le pianiste Michael Rudy. Pourquoi ce besoin de monter sur scène, d'être un conteur, de vous livrer ?
Est ce une âme de comédien que vous avez enfin pu révéler ?

Vladimir Fedorovski :
Mon cher Philippe, vous êtes comédien aussi, vous le savez bien, quand vous faites si bien vos émissions depuis tant d'années. Je tiens à vous dire, on est artiste dans cette danse là. Encore une fois, c'est une subtilité dans votre question parce que vous le savez, je suis dans la tradition du théâtre total. Il y a un très grand artiste à qui je vais consacrer un beau livre à la fin de l’année, c’est Diaghilev. Il s'est imposé au 20ème siècle dans beaucoup de choses y compris le théâtre total. Cela veut dire il n'y a pas de distinction entre les différents domaines artistiques, la littérature le ballet, l'art pictural, la poésie … Tout ça, pour moi, cet ensemble forme une seule chose. De plus, quand j'étais diplomate encore une fois, j'étais jeune et j'ai dû me retenir sauf pendant la période de la Perestroïka. A cette époque là, j'étais « artiste » de la politique ! Mais vous savez, me livrer ainsi, c'est ma nature. J'aime raconter aux gens ce que j'ai vécu, ceux que j’ai rencontrés. Pourquoi ne pas le dire ? Parce que quand je raconte même les choses vraies comme dans le cadre d'Octobre je j'ai wagon je sais de d'aller que ça se lit comme un roman.

Que ce soit artistiquement acceptable pour beaucoup de gens et accessible par l'écriture.

Philippe Chauveau :
Lorsque vous êtes conteur, lorsque vous montez sur scène avec d'autres artistes, est- ce un sentiment de liberté que vous éprouvez et une façon aussi de retrouver une liberté que vous n'aviez peut-être pas ?

Vladimir Fedorovski :
Bien sûr ! C’est une façon aussi de refuser la dictature du politiquement correct d’aujourd'hui. Quand j'étais diplomate, je savais raconter les choses de telle manière que j'étais formellement dans les clous mais en réalité j'étais tout le contraire du politiquement correct. Du temps de Gorbatchev, j’étais une sorte de star de la télévision. Si vous regardez aujourd'hui, j'ai passé le message mais je fais la même chose aujourd'hui. Mais détrompez-vous, aujourd'hui, il y a quand même des vestiges de cette période.
On vit aujourd'hui l’une des périodes les plus dangereuses de l'histoire de l'humanité. En réalité, c'est beaucoup plus grave que la Guerre froide parce que, pendant la Guerre froide, nous avions nos études professionnelles je les ai connus qui suggère musicaux. Aujourd'hui il y a souvent le triomphe de l'amateurisme.

On est dans l'imprévisibilité et revenir à l'essentiel. Montrer sa mine de rien.

Philippe Chauveau :
Quel regard portez-vous sur la Russie d'aujourd'hui ? Avez-vous l'impression que le regard des Français sur la Russie a changé ? Est-ce que finalement, aujourd'hui, nous, français, nous avons davantage peur de la Russie que lorsqu'elle était soviétique ? Quel regard portez-vous sur ce pays si lointain et si proche à la France ?

Vladimir Fedorovski :
Mais je vais vous le dire ! Par rapport à la Russie, il y a de deux aspects qu'il faut comprendre. Aujourd'hui, on assiste à une sorte de rupture historique entre la Russie et l'Occident. Les russes ne veulent plus de l'Europe. Ils pensent qu’avec l’islamisation, l’Europe a trahi ses valeurs. Donc, les russes se tournent vers la Chine. Pour les Français, ou pour l'Occident, il y a une double rupture. La première rupture est celle entre les élites, et une partie de la presse, et la Russie. Ils ont inventé des mensonges auxquels ils croient maintenant.
Pendant la Guerre froide, les russes ont menti mais ils n'ont jamais cru à leurs mensonges. Il y avait une distinction entre la politique et la propagande. Aujourd'hui, les européens croient aux mensonges qu’ils ont inventés et c'est l’une des raisons pour laquelle je continue à écrire sur des choses plus pointues comme la géopolitique.
C'est un très grand danger parce qu’ainsi, les européens ont construit un monde imaginaire et les russes réciproquement. Eux sont désormais persuadés que tout leurs problèmes sont liés à un complot occidental contre la Russie Vous comprenez, cette rupture est vraiment dangereuse.

Philippe Chauveau :
Votre actualité, Vladimir Fedorovski, « Sur tes cils fond la neige » publié aux éditions Stock.

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  • Vladimir Fedorovski a eu deux vies. Diplomate soviétique aux côtés notamment de Leonid Brejnev, il est proche de Mikaël Gorbatchev et prend position pour la perestroïka qui verra naître une nouvelle Russie et s’effondrer le bloc communiste.Il raconte son expérience en 1991 dans « L’histoire secrète d’un coup d’état ». Dès lors, c’est un autre Vladimir Fedorovski qui se révèle. Installé en France, il devient un habitué des librairies, fédérant un large public fidèle et passionné qui apprécie l’érudition...Sur tes cils fond la neige de Vladimir Fédorovski - Présentation - Suite
    Philippe Chauveau :Bonjour Vladimir Fedorovski. On vous connaît bien en librairie, depuis maintenant quelques années. En 1985 il y avait eu un premier livre et puis, en 1991, c'est « L'histoire secrète d'un coup d'état ». Suivront de nombreux ouvrages, pratiquement un livre un livre par an, avec un public qui vous suit fidèlement. Vladimir Fedorovski :J'ai fait un million d'exemplaires dans le monde avec « Le roman de Saint-Pétersbourg » ! Philippe Chauveau :Y a t-il une sorte de boulimie dans votre envie d'écriture...Sur tes cils fond la neige de Vladimir Fédorovski - Portrait - Suite
    Philippe Chauveau : Avec ce nouveau, titre Vladimir Fedorovski, nous allons parler du « Docteur Jivago » et c'est vrai que lorsque l'on cite ce titre, apparaissent forcément les images d’Omar Sharif, de Julie Christie, d’Alec Guiness ou de Géraldine Chaplin. Vladimir Fedorovski : Tout le monde a vu ce film et tout le monde a envie de le revoir ! Philippe Chauveau : Mais n'oublions pas qu'avant le film, il y eut le livre de Boris Pasternak publié en 1957 et qui reçût le Prix Nobel de littérature l’année suivante. Mais...Sur tes cils fond la neige de Vladimir Fédorovski - Livre - Suite