Vladimir Fedorovski

Vladimir Fedorovski

Sur tes cils fond la neige

Livre 00'06'52"

Philippe Chauveau : Avec ce nouveau, titre Vladimir Fedorovski, nous allons parler du « Docteur Jivago » et c'est vrai que lorsque l'on cite ce titre, apparaissent forcément les images d’Omar Sharif, de Julie Christie, d’Alec Guiness ou de Géraldine Chaplin.

Vladimir Fedorovski : Tout le monde a vu ce film et tout le monde a envie de le revoir !

Philippe Chauveau : Mais n'oublions pas qu'avant le film, il y eut le livre de Boris Pasternak publié en 1957 et qui reçût le Prix Nobel de littérature l’année suivante. Mais le livre ne sera publié que bien plus tard en Russie, en 1985. C'est ce que vous nous racontez dans cet ouvrage. Vous revenez sur le film et sur le livre mais surtout vous allez nous raconter Boris Pasternak. Boris Pasternak et Vladimir Fedorov, c'est une sorte d'amitié au-delà du temps parce que « Le Dr Jivago » vous a construit complètement.

Vladimir Fedorovski : La projet de ce livre a 40 ans ! J'ai toujours pensé qu'il fallait écrire ça parce que c'est une façon de raconter le siècle. J’ai écrit tout d'abord par plaisir. C'est un amour extraordinaire. Il y a deux femmes qui sont derrière Lara. Vous comprenez, tout ça, c'est la Russie éternelle, la neige, les troïkas, les balalaïka, la vodka ! Mais le deuxième niveau est un peu plus caché. C'est une façon de raconter le siècle. A travers Pasternak, les histoires d'amour et tout ça, je raconte le siècle ! La prétention de Pasternak, à travers son livre, était de raconter le siècle rouge de la Révolution russe. Pour moi, c’est pareil… Je tiens à vous raconter un petit souvenir. Vous ne le savez peut-être pas mais Jacques Chirac était un grand connaisseur de la littérature et de la poésie russe. Il a traduit « Eugene Onéguine » de Pouchkine et le poète Lermontov. Je l’ai amené sur le tombeau de Pasternak et il m’a dit de lui que c'était un Shakespeare des temps modernes. Il m'a dit aussi : « Vladimir, tout a commencé par le docteur Jivago ». Et il a prononcé les trois mots qui sont la devise de mon livre, à savoir mystère, amour et évasion totale.

Philippe Chauveau : Vous souvenez-vous de votre première lecture de Pasternak ?

Vladimir Fedorovski : C'était la poésie. C'est très difficile de transmettre ça en français mais je publie quand même quelques poèmes de Pasternak dans cet ouvrage. C'est l’une des plus grandes poésies du monde. En la découvrant, j’avais été frappé. Philippe Chauveau : Et votre première lecture du livre du « Dr Jivago » ?

Vladimir Fedorovski : C'était bien plus tard, dans les années 60, parce que ça circulait clandestinement. C'était interdit ! Je le raconte puisqu’il y a plusieurs facettes dans le livre ; il y a ces choses essentielles mais aussi, il y a une sorte de roman noir policier. Comment le manuscrit a été sorti d’URSS, comment la CIA a affronté le KGB, comment la CIA a obtenu le Prix Nobel pour Pasternak grâce au soutien d'Albert Camus. Mais comme c'était interdit mais ça circulait quand même parce que c'est une autre opération glaciaire qui a submergé l'Union soviétique avec des petits livres de « Dr Jivago ». On donnait ça à tous les américains, à tous les touristes, et ça circulait assez largement. Je me souviens qu'à l'âge de 15 ans, j'ai lu « Le docteur Jivago » et j'ai été subjugué. C'était une grande ambition pour Pasternak. Avec sa prose, il se prenait pour un nouveau Tolstoï. Mais vous savez dans le roman, il y a des poésies soi-disant écrites par Youri Jivago mais qui sont évidemment de la plume de Pasternak. Ce sont vraiment des sommités ! D’ailleurs, le « Dr Jivago » est un peu autobiographique pour Pasternak. Et pour moi aussi puisque je raconte Pasternak mais je me raconte aussi moi-même.

Philippe Chauveau : Toute la force de ce livre, c'est qu'il y a effectivement plusieurs lectures. On revit l'histoire du « Docteur Jivago ». On redécouvre aussi comment ce roman a été un outil dans la Guerre froide avec la CIA avec le KGB. Et puis, on découvre aussi le parcours atypique et très contrarié de Pasternak, son parcours vis à vis des autorités et son parcours personnel aussi. Un grand amoureux des femmes mais qui a toujours eu des failles et des fêlures dans sa vie.

Vladimir Fedorovski : On ne peut pas dire grand amateur de femmes et je vais vous expliquer. Parce que ce fut l'amour absolu à chaque fois. Le paradoxe, ce sont les deux femmes qui sont derrière Jivago, je raconte cela vraiment un détail dans le livre. Mais c’est aussi la grande histoire. Il ne pouvait pas vivre ni sans l'une, ni sans l'autre mais il y a aussi les tragédies en toile de fond. Il y a une sorte de prémonition. J’ai été frappé et ça a été une autre raison de faire ça. Il était prémonitoire par rapport à ce qui va se passer après et c'est Pasternak qui a eu raison. Qui, à l'époque, à part Pasternak, a senti cela ? Et ses rapports avec Staline sont énigmatiques, bizarres. Staline lui téléphonait. Chaque fois qu'on proposait à Staline de fusiller Pasternak, il refusait et rayait le nom en disant : « Laissez tranquille cet habitant du ciel »…

Philippe Chauveau : Au-delà de la qualité littéraire du « Docteur Jivago », vous rappelez dans ce livre comment l'œuvre a été instrumentalisée dans le cadre de la Guerre froide. Vous expliquez aussi comment la CIA a oeuvré pour que Pasternak reçoive le prix Nobel à la barbe des russes. Pasternak a t-il été, en quelque sorte, vampirisé par le personnage qu'on a créé autour de lui ?

Vladimir Fedorovski : Bien sûr et c'était vraiment diabolique. On est tous des jouets, nous sommes tous manipulés. Mais lui était manipulé d'une manière éhontée il s'en foutait et ça c'est terrible. Les agents des deux côtés, tout le temps toujours être sur écoute. Pasternak le connaissait très bien ce jeu diabolique. Ce rôle des services secrets ajoute une autre dimension au destin de Pasternak. Cette dimension doit nous faire réfléchir aux manipulations, celles d’hier comme celles d'aujourd'hui car nous sommes les jouets des forces obscures.

Philippe Chauveau : Votre livre est passionnant, Vladimir Fedorovski, parce qu'on y retrouve toute l'âme du roman de Pasternak. Mais on découvre aussi la vie de cet auteur incroyable. Puis, vous le disiez vous-même, c'est une peinture de l'histoire du vingtième siècle, cette Guerre froide entre l'Occident et la Russie.

Vladimir Fedorovski : Et la Russie éternelle, et les neiges, et l’amour…

Philippe Chauveau : Tout y est ! Et la musique de Maurice Jarre plane tout au long de ce livre. C’est votre actualité, Vladimir Fedorovski, « Sur tes cils fond la neige » aux éditions Stock. Merci beaucoup.

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  • LIVRE
  • Vladimir Fedorovski a eu deux vies. Diplomate soviétique aux côtés notamment de Leonid Brejnev, il est proche de Mikaël Gorbatchev et prend position pour la perestroïka qui verra naître une nouvelle Russie et s’effondrer le bloc communiste.Il raconte son expérience en 1991 dans « L’histoire secrète d’un coup d’état ». Dès lors, c’est un autre Vladimir Fedorovski qui se révèle. Installé en France, il devient un habitué des librairies, fédérant un large public fidèle et passionné qui apprécie l’érudition...Sur tes cils fond la neige de Vladimir Fédorovski - Présentation - Suite
    Philippe Chauveau :Bonjour Vladimir Fedorovski. On vous connaît bien en librairie, depuis maintenant quelques années. En 1985 il y avait eu un premier livre et puis, en 1991, c'est « L'histoire secrète d'un coup d'état ». Suivront de nombreux ouvrages, pratiquement un livre un livre par an, avec un public qui vous suit fidèlement. Vladimir Fedorovski :J'ai fait un million d'exemplaires dans le monde avec « Le roman de Saint-Pétersbourg » ! Philippe Chauveau :Y a t-il une sorte de boulimie dans votre envie d'écriture...Sur tes cils fond la neige de Vladimir Fédorovski - Portrait - Suite
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