Eric-Emmanuel Schmitt

Eric-Emmanuel Schmitt

La femme au miroir

Portrait 5'18
Philippe Chauveau :
Eric Emmanuel Schmitt bonjour. Votre actualité chez Albin Michel, « La femme au miroir » qui prend place dans une production déjà très conséquente entre le théâtre, le roman, les nouvelles. On sait que le théâtre vous l'avez découvert très jeune avec Cyrano de Bergerac. Mais la littérature, y-avait-il beaucoup de livres chez vous quand vous étiez enfant ?

Eric Emmanuel Schmitt :
La littérature ça a été assez tardif ; j'ai d'abord appris à lire. Mes parents m'ont fait lire les livres de la Bibliothèque Rose, ou de la Bibliothèque Verte. Je me souviens d'un horrible « Oui-oui et le taxi jaune » que j'avais trouvé débile, et donc j'ai pensé que je n'aimerais pas lire, parce que vraiment, tout ce qu'on me faisait lire était sans intérêt. Et puis un jour, on a déménagé, j'ai perdu tous mes amis, je me suis retrouvé à 8 ans dans une maison inconnue, au milieu de la campagne, et les livres étaient les seuls amis qui me restaient. J'ai ouvert « Les trois mousquetaires » d'Alexandre Dumas, et là, je suis tombé dedans. C'est-à-dire qu'à partir de ce jour là, je suis devenu un grand lecteur.

Philippe Chauveau :
Mais est-ce que l'écriture a fait partie aussi très tôt de votre vie ?

Eric Emmanuel Schmitt :
Pareil ! Je me suis mis à écrire sans même m'en rendre compte. J'ai retrouvé un premier roman que j'avais écrit à 11 ans, ça s'appelait « Une nouvelle aventure d'Arsène Lupin » parce que j'avais lu tous les Arsène Lupin de la bibliothèque de mon père et j'étais désespéré que ce héros n'existe plus. Voilà comment j'ai écrit mon premier livre à 11 ans. Après, j'ai commencé à adapter au collège les lettres de « Mon moulin » et au lycée, j'ai fait ma première pièce quand j'avais 16 ans. Mais je ne voulais pas être écrivain, je faisais ça naturellement. Je voulais être musicien, il n'y avait que ça qui comptait. Au fond, j'étais un écrivain spontané, naturel, mais il n'y avait que moi qui ne m'en rendais pas compte. Heureusement les autres m'ont diagnostiqué !

Philippe Chauveau :
Comment est né ce changement, cette envie ?

Eric Emmanuel Schmitt :
L'envie a toujours été là, mais il a fallu que j'accepte cette envie et ça a pris du temps. Dès que je faisais un devoir de français, les professeurs disaient « C'est merveilleux, c'est un écrivain né » ! Après pendant tous mes concours, c'est avec ma plume que je gagnais des points. Mais je rêvais encore de musique. Vers 25 ans, je me suis rendu compte que la musique ne m'aimait peut-être pas autant que je l'aimais et que la littérature m'aimait sans doute plus que la musique. Peut-être que mon destin c'est l'écriture.

Philippe Chauveau :
SI vous deviez qualifier votre travail d'écriture en terme de musique, lequel choisiriez-vous ?

Eric Emmanuel Schmitt :
La musique de chambre, parce que ce qui m'intéresse c'est l'intime, la plongée à l'intérieur des êtres, les émotions ; la façon la plus pure possible avec la plus grande économie de moyen. J'aime que la phrase soit tendue, brève et ne s'allonge que pour une raison précise. J'ai un idéal de clarté d'écriture qui correspond, à mon avis, à la musique de chambre.

Philippe Chauveau :
Lorsque vous dîtes que vous n'êtes pas l'écrivain que vous auriez souhaité être, c'est une sorte de regret, de déception, de fatalisme ?

Eric Emmanuel Schmitt :
Non! Quand on est jeune, on admire et on veut être ceux qu'on admire. Or, notre destin ce n'est pas d'être ceux qu'on admire, c'est d'être nous même et ça, ça prend du temps. Il faut accepter de n'être que celui qu'on est et après de l'être au mieux. Donc moi, j'ai découvert que celui que j'étais n'avait pas une écriture d'un lyrisme jaillissant, fleurissant, avec des tonnes d'adjectifs accrochés les uns aux autres et des phrases qui n'en finissent pas. J'ai découvert que ma vraie voie, c'était une phrase très classique, très ramassée, très tendue. Il a fallu accepter d'être cet écrivain là. Maintenant, j'en suis ravi et je travaille à l'être le mieux possible cet écrivain là ! Mais vous savez, comme disait Malraux, on ne devient pas peintre parce qu'on aime les couchers de soleil, on devient peintre parce qu'on a vu de beaux tableaux représentant des couchers de soleil. On est d'abord dans l'imitation et l'admiration avant de trouver sa propre voie.

Philippe Chauveau :
Qu'est-ce qui vous donne envie de continuer à écrire ? Est-ce qu'il y a déjà des histoires qui germent pour les prochains romans ?

Eric Emmanuel Schmitt :
Oui ! Vous ne pouvez pas vous imaginer… Je me vis comme le dernier des paresseux, parce que j'ai déjà plein d'histoires qui sont là. Il faut que je m'assoie, que je me mette à la table pour les écrire. Je me vis comme quelqu'un qui est toujours en retard de plusieurs livres, sur ce qu'il y a là-haut, dans le jardin où ça pousse tout seul. Donc j'ai cinq ou six romans dans ma tête, j'ai plusieurs pièces, j'ai une vingtaine de nouvelles. Il faut vraiment que j'arrête de me disperser et que je me mette à écrire, c'est comme ça que je vis.

Philippe Chauveau :
Merci beaucoup Eric Emmanuel Schmitt, votre actualité c'est donc « La femme au miroir » chez Albin Michel.

Philippe Chauveau :
Eric Emmanuel Schmitt bonjour. Votre actualité chez Albin Michel, « La femme au miroir » qui prend place dans une production déjà très conséquente entre le théâtre, le roman, les nouvelles. On sait que le théâtre vous l'avez découvert très jeune avec Cyrano de Bergerac. Mais la littérature, y-avait-il beaucoup de livres chez vous quand vous étiez enfant ?

Eric Emmanuel Schmitt :
La littérature ça a été assez tardif ; j'ai d'abord appris à lire. Mes parents m'ont fait lire les livres de la Bibliothèque Rose, ou de la Bibliothèque Verte. Je me souviens d'un horrible « Oui-oui et le taxi jaune » que j'avais trouvé débile, et donc j'ai pensé que je n'aimerais pas lire, parce que vraiment, tout ce qu'on me faisait lire était sans intérêt. Et puis un jour, on a déménagé, j'ai perdu tous mes amis, je me suis retrouvé à 8 ans dans une maison inconnue, au milieu de la campagne, et les livres étaient les seuls amis qui me restaient. J'ai ouvert « Les trois mousquetaires » d'Alexandre Dumas, et là, je suis tombé dedans. C'est-à-dire qu'à partir de ce jour là, je suis devenu un grand lecteur.

Philippe Chauveau :
Mais est-ce que l'écriture a fait partie aussi très tôt de votre vie ?

Eric Emmanuel Schmitt :
Pareil ! Je me suis mis à écrire sans même m'en rendre compte. J'ai retrouvé un premier roman que j'avais écrit à 11 ans, ça s'appelait « Une nouvelle aventure d'Arsène Lupin » parce que j'avais lu tous les Arsène Lupin de la bibliothèque de mon père et j'étais désespéré que ce héros n'existe plus. Voilà comment j'ai écrit mon premier livre à 11 ans. Après, j'ai commencé à adapter au collège les lettres de « Mon moulin » et au lycée, j'ai fait ma première pièce quand j'avais 16 ans. Mais je ne voulais pas être écrivain, je faisais ça naturellement. Je voulais être musicien, il n'y avait que ça qui comptait. Au fond, j'étais un écrivain spontané, naturel, mais il n'y avait que moi qui ne m'en rendais pas compte. Heureusement les autres m'ont diagnostiqué !

Philippe Chauveau :
Comment est né ce changement, cette envie ?

Eric Emmanuel Schmitt :
L'envie a toujours été là, mais il a fallu que j'accepte cette envie et ça a pris du temps. Dès que je faisais un devoir de français, les professeurs disaient « C'est merveilleux, c'est un écrivain né » ! Après pendant tous mes concours, c'est avec ma plume que je gagnais des points. Mais je rêvais encore de musique. Vers 25 ans, je me suis rendu compte que la musique ne m'aimait peut-être pas autant que je l'aimais et que la littérature m'aimait sans doute plus que la musique. Peut-être que mon destin c'est l'écriture.

Philippe Chauveau :
SI vous deviez qualifier votre travail d'écriture en terme de musique, lequel choisiriez-vous ?

Eric Emmanuel Schmitt :
La musique de chambre, parce que ce qui m'intéresse c'est l'intime, la plongée à l'intérieur des êtres, les émotions ; la façon la plus pure possible avec la plus grande économie de moyen. J'aime que la phrase soit tendue, brève et ne s'allonge que pour une raison précise. J'ai un idéal de clarté d'écriture qui correspond, à mon avis, à la musique de chambre.

Philippe Chauveau :
Lorsque vous dîtes que vous n'êtes pas l'écrivain que vous auriez souhaité être, c'est une sorte de regret, de déception, de fatalisme ?

Eric Emmanuel Schmitt :
Non! Quand on est jeune, on admire et on veut être ceux qu'on admire. Or, notre destin ce n'est pas d'être ceux qu'on admire, c'est d'être nous même et ça, ça prend du temps. Il faut accepter de n'être que celui qu'on est et après de l'être au mieux. Donc moi, j'ai découvert que celui que j'étais n'avait pas une écriture d'un lyrisme jaillissant, fleurissant, avec des tonnes d'adjectifs accrochés les uns aux autres et des phrases qui n'en finissent pas. J'ai découvert que ma vraie voie, c'était une phrase très classique, très ramassée, très tendue. Il a fallu accepter d'être cet écrivain là. Maintenant, j'en suis ravi et je travaille à l'être le mieux possible cet écrivain là ! Mais vous savez, comme disait Malraux, on ne devient pas peintre parce qu'on aime les couchers de soleil, on devient peintre parce qu'on a vu de beaux tableaux représentant des couchers de soleil. On est d'abord dans l'imitation et l'admiration avant de trouver sa propre voie.

Philippe Chauveau :
Qu'est-ce qui vous donne envie de continuer à écrire ? Est-ce qu'il y a déjà des histoires qui germent pour les prochains romans ?

Eric Emmanuel Schmitt :
Oui ! Vous ne pouvez pas vous imaginer… Je me vis comme le dernier des paresseux, parce que j'ai déjà plein d'histoires qui sont là. Il faut que je m'assoie, que je me mette à la table pour les écrire. Je me vis comme quelqu'un qui est toujours en retard de plusieurs livres, sur ce qu'il y a là-haut, dans le jardin où ça pousse tout seul. Donc j'ai cinq ou six romans dans ma tête, j'ai plusieurs pièces, j'ai une vingtaine de nouvelles. Il faut vraiment que j'arrête de me disperser et que je me mette à écrire, c'est comme ça que je vis.

Philippe Chauveau :
Merci beaucoup Eric Emmanuel Schmitt, votre actualité c'est donc « La femme au miroir » chez Albin Michel.

  • PRÉSENTATION
  • PORTRAIT
  • LE LIVRE
  • L'AVIS DU LIBRAIRE
  • Eric-Emmanuel Schmitt est l'un des incontournables de la littérature française. Chacun de ses livres est un succès de librairie, qu'il s'agisse de romans ou de nouvelles. C'est pourtant au théâtre que le public l'a d'abord découvert. C'était en 1991 avec « La nuit de Valognes ». Suivront d'autres pièces comme « Le visiteur » pour lequel il reçut 3 Molière, mais aussi « Variations énigmatiques » avec Alain Delon et Francis Huster ou encore « Frédérick ou le boulevard du crime » avec Jean-Paul Belmondo. En librairie,...Félix et la source invisible d'Eric-Emmanuel Schmitt - Présentation - Suite
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    Philippe Chauveau : Eric Emmanuel Schmitt, « La femme au miroir », c'est votre actualité chez Albin Michel. Trois femmes, il y a Anne, nous sommes au début de la Renaissance, au milieu du seizième siècle. Il y a Hanna, qui elle vit à Vienne, dans cette Autriche impériale du début du vingtième siècle. Et puis Any, qui est une star de cinéma hollywoodienne d'aujourd'hui. Trois femmes, trois portraits, trois destins. Pourquoi avoir eu envie de nous présenter ses trois femmes, que cachent-elles? Eric Emmanuel Schmitt : D'abord,...Félix et la source invisible d'Eric-Emmanuel Schmitt - Le livre - Suite
    Librairie des Lacs 23 bis bld Kelsch 88400 Gérardmer Tél : 03.29.63.11.32 Marie-Odile Balaud « Il faut dire qu'il sait s'adapter au contexte en fait. On en a un super exemple avec celui-ci, avec l'histoire de 3 femmes à 3 époques différentes. Et les styles. Et les styles sont différents selon l'époque à laquelle on se trouve. Il sait trouver les mots qui s'adaptent à l'époque et à la circonstance. On est plutôt dérouté parce qu'on part sur trois histoires complètement différentes, plus on avance dans le livre, plus...Félix et la source invisible d'Eric-Emmanuel Schmitt - L'avis du libraire - Suite