Agnès Michaux

Agnès Michaux

La fabrication des chiens

Portrait 00'07'07"

Philippe Chauveau :

Bonjour Agnès Michaux.

Agnès Michaux :

Bonjour.

Philippe Chauveau :

Vous êtes dans l'actualité avec cette nouvelle sortie : La fabrication des chiens, aux éditions Belfond. On va y revenir parce que ça fait partie d'un gros travail puisque c'est une trilogie. On vous connaît bien en librairie parce que je crois que c'est déjà au moins votre quinzième titre. Sachant qu'en parallèle, il y a aussi des traductions. Et puis, on vous a aussi connu en tant que chroniqueuse en radio et en télévision. Si vous deviez définir le fil rouge de votre vie et plus particulièrement de votre parcours professionnel, que diriez-vous?

Agnès Michaux :

Le destin ou le hasard… En fait, je suis passée par des choses très différentes que je n'attendais pas. Je n'avais jamais eu l'intention de travailler à la télévision, par exemple. C'est un livre qui m'a amené à la télévision. Je me souviens avec beaucoup d'affection, encore plus maintenant qu'il n'est plus là, de mon passage à Nulle part ailleurs pour mon premier livre. Lorsque je suis sorti du plateau, on m'a proposé de travailler sur Canal+. J'ai appris ensuite que Philippe Gildas m'avait testé pendant l'émission et ce n'était pas prévu.

Philippe Chauveau :

Alors c'est vrai, vous le dites, le grand public vous a découvert sur Canal+, mais vous le dites aussi c'est de l'histoire ancienne. Maintenant, votre nom est essentiellement associé à vos livres, ce que vous écrivez sous votre nom. Vous êtes aussi traductrice. Vous avez traduit plusieurs ouvrages. Qu'est-ce qui vous plaît dans le monde de la littérature? Pourquoi, finalement, est ce encore là un clin d'œil du destin? Pourquoi êtes vous partie en littérature?

Agnès Michaux :

Il y a des choses que je vois maintenant que je ne voyais pas quand j'étais plus jeune. Oui, c'est ça la vieillesse, c'est ce que ça a de bien. Par exemple, je me suis rendu compte que j'avais un rapport au livre très ancien. Je n'avais jamais fait le lien, mais quand j'étais vraiment petite, vers 7 ans, dès que j'ai su écrire, je recopiais mes livres de comptes, je n'inventais rien. J'ai recopié mot à mot dans les cahiers et je faisais mes petites illustrations, des sortes d'enluminure. C'est vrai que j'étais une enfant qui lisait beaucoup. Ça me paraît un peu idiot ou banal de dire ça, mais je pense que beaucoup d'écrivains, si vous leur posez la question, diraient qu'on a été des enfants en chambre avec des livres. Peut-être pas tous les gens qui écrivent, mais l'enfant seul écrit l'enfant seul rêve, l'enfant seul s'invente des histoires dans sa chambre et l'enfant seul dans sa chambre aime lire. C'est sa manière d'aller dehors ou d'être avec les autres. Ça c'est moi depuis toujours.

Philippe Chauveau :

Et vous êtes encore cet enfant qui écrit?

Agnès Michaux :

Oui, je suis toujours l'enfant seul. Je serai toujours l'enfant seul, c'est comme ça.

Philippe Chauveau :

Et le livre est justement une façon de vous inventer un autre monde?

Agnès Michaux :

Ce n'est pas de m'inventer un autre monde parce que ma manière d'être une enfant seule, c'est d'aller vers les autres. Peut-être parce que c'est toujours problématique, tendre la main plutôt que d'attendre qu'on me la tende. Je crois que c'est ça. C'est en fait, je pense qu'il y a quelque chose d'essayer sans arrêt de rattraper le monde et de s'y sentir la bienvenue. C'est un problème, donc je pense que pour moi, c'est ça écrire.

Philippe Chauveau :

Vos personnages sont des ami.e.s de papier?

Agnès Michaux :

Oui, ils sont plus de papier. Pour moi, ils sont bien là. Ils ne sont jamais de papier. Pour moi ils existent.

Philippe Chauveau :

Il y a une déchirure quand vous mettez le point final, et que vous êtes obligé de les laisser pour en rencontrer d'autres?

Agnès Michaux :

Non, parce qu'en fait, ils ont ce petit avantage sur les gens qu'on aime dans la vie réelle, c'est qu'ils ne disparaissent jamais.

Philippe Chauveau :

Une constante dans la plupart de vos propres romans, c'est que la grande histoire est souvent là. Alors, soit vous racontez la grande histoire, soit elle est là en toile de fond. Pourquoi est-ce important? C'est une façon de vous protéger de votre époque contemporaine?

Agnès Michaux :

Je crois avoir le goût de l'histoire, mais je pense que j'ai le goût de l'histoire parce que j'ai le goût de l'humain et que les hommes font l'histoire.

Philippe Chauveau :

On vous connaît aussi, Agnès Michaux, je le disais en préambule en tant que traductrice. Vous donnez aussi des cours dans des ateliers d'écriture. C'est vrai que la traduction vous la laissez un petit peu de côté parce que vous êtes très prise par votre propre écriture. Mais pourquoi ce goût de la traduction? Et pourquoi cette envie du partage en donnant dans des ateliers d'écriture? Parce qu'il s'agit bien de ça, des ateliers d'écriture, on donne.

Agnès Michaux :

Pour ce qui est de la traduction, c'est assez bêtement ma formation. Quand je préparais Normale sup, j'étais en anglais. J'ai traduit de l'anglais, pas du serbo-croate, donc une langue assez commune. La traduction me passionne, c'est une manière de plonger dans l'âme des autres. Les Anglais ne pensent pas le temps comme nous. Les étrangers ne pensent pas le temps comme nous, très souvent.

Philippe Chauveau :

Pourquoi cette envie des ateliers d'écriture?

Agnès Michaux :

Les ateliers d'écriture, c'est parce qu'on m'a proposé d'en faire et j'avoue qu'au début, je traduisais ça par apprendre à écrire et j'avais une sorte de première réaction lourde : ça ne s'apprend pas. Mais ce n'est pas tout à fait vrai. Ce qui est très intéressant, c'est que ça m'a permis de verbaliser des choses que je ne verbalise jamais dans ma pratique, c'est à dire des choses que je sais faire ou je me dis : là, attention, la dernière fois que tu as fait ça, c'était mal, c'était moche. Je vais vous dire la première fois que je suis sortie d'un atelier d'écriture, j'étais dans la rue, je me dis : mais pourquoi ce que je leur dis, je le fais pas ? Voilà, c'est exactement ça. Donc, c'est vraiment un échange. Parce que même moi, ça m'aide je pense justement.

Philippe Chauveau :

Eu égard à tout ce que vous venez de nous dire, en un mot, si vous deviez définir la relation qui vous unit à l'écriture.

Agnès Michaux :

C'est très compliqué comme question. Je ne pourrais pas ne pas écrire maintenant, je vous aurais peut être pas dit ça il y a vingt ans. Là, je ne peux pas ne pas le faire.

Philippe Chauveau :

C'est votre actualité, Agnès Michaux, votre nouveau titre, La fabrication des chiens 1899, aux Editions Belfond.

  • PRÉSENTATION
  • PORTRAIT
  • LIVRE
  • En 1999, alors qu’elle vient présenter son premier roman à la télévision, Agnès Michaux fait connaissance de Philippe Gildas et de l’équipe de Nulle part ailleurs. Voilà comment pendant plusieurs années, elle sera un visage familier de Canal Plus. On la retrouve ensuite en radio, sur France Inter, dans l’émission « Le Fou du roi ». Mais elle le reconnait elle-même, pour elle, cette période est déjà lointaine. Depuis plusieurs années, c’est en librairie qu’Agnès Michaux a trouvé sa place, à la fois en tant...La fabrication des chiens d'Agnès Michaux - Présentation - Suite
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