Thibault Bérard

Thibault Bérard

Il est juste que les forts soient frappés

Portrait 00'07'08"

Philippe Chauveau :

Bonjour Tibault Bérard, vous êtes dans l'actualité de ce début d'année 2020 avec votre premier roman, « l est juste que les forces soient frappés ». Mais le livre, vous connaissez bien puisque vous êtes, vous-même, éditeur. Vous travaillez dans une maison d'édition, Sarbacane, pour ne pas la citer. Pourquoi cette appétence, avant d'être auteur vous-même, pour le livre, pour l'écrit, pour la littérature?

Thibault Bérard :

J'étais un étudiant très littéraire. Je n'étais bon que dans les matières littéraires, en français, en philo et je savais que j'allais travailler autour du livre mais je ne savais pas très bien où en fait. Et puis, après mes études, j'ai été d'abord journaliste pour un magazine littéraire qui s'appelait Topo. J'ai fait mes armes là- dedans. J'ai appris, auprès de la rédac chef de l'époque, à dévorer les bouquins. J'étais un gros lecteur, un lecteur très, très khâgneux. Et là, j'ai appris à m’emparer aussi bien d'un manga que d'un essai ou d'un roman, sans hiérarchiser les genres de lectures. Et puis, quand le magazine s'est arrêté, au bout de deux ans de belle vie, j'ai basculé dans l'édition. J'ai rencontré mon actuel patron, Frédéric, qui dirigeait Sarbacane, une maison d'édition jeunesse qui, à l'époque, ne faisait que de l'album. Et moi, je suis venu proposer de lancer une collection de romans au sein de cette maison. C'était en 2006, donc il y a treize ans.

Philippe Chauveau :

Sarbacane est devenu la belle maison d'édition que l'on sait. Mais je précise, en revanche, que votre premier roman est publié aux Éditions de l'Observatoire. Vous nous disiez que vous étiez un boulimique de lecture, que vous dévoriez les livres et que vous aimiez un peu goûter à tous les genres. Avez-vous quand même des coups de cœur, des périodes phares, des auteurs qui vous ont accompagné ? Où bien, de tout temps, avez-vous toujours été avide de découvertes ?

Thibault Bérard :

Non, je crois que j'ai quand même un goût de lecteur assez axé sur la truculence. Par exemple, moi, je suis un lecteur de livres énormes. Quand j'étais gamin, j'ai eu un choc sur Céline. Ce fut mon premier grand choc littéraire. Quand j'étais en troisième, on a un prof de français qui nous a fait lire un extrait de « Mort à crédit », je ne pensais pas du tout qu'on pouvait écrire comme ça, qu'on avait le droit d'écrire comme ça. Donc, cette démesure là, ça a été vraiment un truc qui m'a intéressé pendant toutes mes années de lycée, d'études. Donc, je lisais ce que j'appelle des ogres, c'est à dire Albert Cohen, Pagnol…

Philippe Chauveau :

Dès que ce sont des pavés, vous aimez ça !

Thibault Bérard :

Ce n'est pas forcément lié à la pagination. C'est aussi l'ampleur. Albert Cohen ou Pagnol, ce sont des auteurs qui ont de l'épopée en eux et qui vont parfois parler de l'intime, comme dans « Le livre de ma mère » de Cohen. Mais toujours avec de la démesure, avec plutôt du trop ou pas assez en fait. Ce que j'aime en littérature, ce sont les conteurs, ces gens qui vous emportent dans un univers. Et c'est là que j'aime la générosité. D'ailleurs, la collection que j'ai créée chez Sarbacane vient aussi un peu de là, parce que la personnalité de l'éditeur transparaît toujours de sa personnalité de lecteur.

Philippe Chauveau :

Justement, en devenant éditeur, vous avez franchi un pas supplémentaire. Lorsqu'un manuscrit arrive dans vos mains, que cherchez-vous? Comment les repérez-vous? Quel va être le déclic ? Pourquoi allez-vous vous dire à un moment : « Tiens, ça, ça doit rentrer dans ma collection ».

Thibault Bérard :

La question n'est pas de savoir si on va aimer le manuscrit. C'est une question subsidiaire. Il faut évidemment aimer le manuscrit qu'on va publier mais on pense surtout à la ligne éditoriale. Il m'est arrivé assez souvent de refuser des manuscrits qui n'entraient pas dans ma ligne, qui étaient de bons textes, mais que j'ai renvoyés vers des confrères dont la ligne éditoriale était justement plus sobre, par exemple, ou plus classique. Moi, ce que je vais chercher en général, ça résonne avec mon titre d'ailleurs, ce sont des textes qui me percutent. Je veux être frappé par la lecture.

Philippe Chauveau :

Nous avons découvert le lecteur puis l'éditeur. Découvrons aussi un petit peu l'auteur parce que là, vous passez de l'autre côté de la barrière. Vous êtes éditeur, mais maintenant, vous avez envie que l'on vous considère, que l'on vous regarde, comme un auteur. Pourquoi l'envie d'écrire un premier roman ? Est-ce quelque chose qui vous trottait dans la tête depuis longtemps ? Cela a-t-il a été un hasard ? Comment avez-vous franchi cette barrière ?

Thibault Bérard :

En fait, c'est un drôle de truc parce que je pourrais avoir plein de réponses différentes. J'ai plein de réponses différentes en tête, si vous voulez, parce que... Moi, depuis que je suis éditeur, j'ai affirmé que je ne serais pas auteur parce que les deux professions me semblaient un peu antithétiques. C'est vrai que je regardais même d'un oeil un peu moqueur certains éditeurs qui écrivent leurs bouquins en disant oui, bon, plaisir et tout... Quand on est éditeur, à un moment, on connait les techniques de narration, on bosse avec des auteurs toute la journée. Donc on peut écrire un livre en fait, mais aller puiser dans son monde intérieur pour en faire sortir un roman, cela me semblait vraiment différent. Et ce roman là, « Il est juste que les forts soit frappés », c'est vraiment un roman, je tiens énormément au terme. C'est même de la fiction, bien qu'elle soit nourrie à 95% de réel. Mais voilà, c'est quand même du terreau qui est ma vie. Ce qui est intéressant, c'est que ce que j'ai vécu là, ce que j'ai vécu dans ma vie, qui n'est pas du roman pour le coup, c'est arrivé il y a cinq ans. Et pendant ces cinq années, d'un côté je ne me suis pas vu en train d'écrire un livre. D'un autre côté, ce qui est vrai, c'est que j'ai beaucoup raconté autour de moi, à mes amis, ce qui m'arrivait comme s’il s’agissait des chapitres d'un livre. En fait, je dirais même que j’ai vécu cette histoire comme en littérature. Cela m'a même sauvé de vivre ça comme en littérature, de prendre conscience du fait que nos vies sont des chapitres d'un grand livre.

Philippe Chauveau :

Si je vous entends bien, Thibault Bérard, vous nous dites que ce livre est né d'une expérience personnelle. Mais cela veut-il dire que le virus de l'écriture est quand même pris et que ce premier roman ne restera pas tout seul sur l'étagère, que d'autres titres pourraient venir ? Ou était-ce simplement le besoin de raconter une partie de votre existence à travers le roman et qu’alors, il n'y aura pas d'autres romans ?

Thibault Bérard :

C’est un peu pareil… Pendant ces cinq années où j'en parlais, j'avais des chapitres dans la tête mais je n'avais pas de livres parce que je ne voulais surtout pas faire un témoignage dans lequel je raconterais ma vie, ni de l'autofiction. Tout ça, ce n'était pas ma cam ! Et donc, quand on m'a posé la question au départ, on m'a dit : "Mais il y aura d'autres finalement, ou bien tu as expurgé quelque chose que tu avais en toi ?".

Au début, j'ai dit oui, j'ai mis à jour ce livre là et c'est bien. J'en suis fier. C'est très bien. On verra la vie qu'il aura, mais il n’y en aura pas d'autres. Et puis finalement, l'été dernier, alors que le livre était dans les tuyaux, j'ai commencé à réfléchir à une autre histoire et j'ai commencé à écrire.

Thibault Bérard :

Nous allons donc vous suivre de près Thibault Bérard! Votre premier roman est disponible en librairie. « Il est juste que les forts soient frappés » est publié aux Éditions de l'Observatoire.

Il est juste que les forts soient frappés L'Observatoire
  • PRÉSENTATION
  • PORTRAIT
  • LIVRE
  • Voilà un livre qui ne vous laissera pas indifférent et va longtemps vous accompagner. Il est signé de Thibault Bérard. Lui-même éditeur depuis plus d’une dizaine d’années chez Sarbacane, il a choisi les éditions de l’Observatoire pour publier ce premier roman, « Il est juste que les forts soient frappés ». Quel choc que ce livre, quel coup de poing ! Sarah et Théo forment un couple d’aujourd’hui. Parisiens gentiment bobos, après avoir fait un peu les 400 coups, ils ont trouvé dans la vie de couple une nouvelle...Il est juste que les forts soient frappés de Thibault Bérard - Présentation - Suite
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    Philippe Chauveau : « Il est juste que les forts soient frappés » est votre premier roman, Thibault Bérard. C'est une histoire qui est un roman, certes, mais vous l'avez laissé entendre, une histoire qui vous touche de près. Nous allons faire connaissance avec Sarah puisque c'est elle qui nous parle. Et très vite, on sait que Sarah n'est plus là. On sait que Sarah est morte, que la maladie l'a emportée. Et puis, elle va nous raconter tout ce qui s'est passé du jour où elle a appris sa maladie jusqu'à son dernier souffle....Il est juste que les forts soient frappés de Thibault Bérard - Livre - Suite