Thibault Bérard

Thibault Bérard

Il est juste que les forts soient frappés

Livre 00'06'37"

Philippe Chauveau :

« Il est juste que les forts soient frappés » est votre premier roman, Thibault Bérard. C'est une histoire qui est un roman, certes, mais vous l'avez laissé entendre, une histoire qui vous touche de près. Nous allons faire connaissance avec Sarah puisque c'est elle qui nous parle. Et très vite, on sait que Sarah n'est plus là. On sait que Sarah est morte, que la maladie l'a emportée. Et puis, elle va nous raconter tout ce qui s'est passé du jour où elle a appris sa maladie jusqu'à son dernier souffle. Elle va même nous raconter avant, quand elle était un peu punk, qu'elle se cherchait, qu'il y avait même alors deux Sarah un peu antinomiques. C'est quand même curieux, pour un premier roman, de décider de se mettre dans la peau d'une femme.

Thibault Bérard :

Oui, et dans la peau d'une femme décédée en plus, parce que cette idée de faire parler Sarah depuis les limbes ou de créer un récit post-mortem, psychanalitiquement , c'est un régal ! Ça fait évidemment très bizarre… Mais ce qui est drôle, c'est que je suis très pragmatique, enfin très naïf. J'ai un rapport à l'écriture très innocent et au début, quand j'y ai pensé, je me suis dit : "Chouette. J'ai une super idée" parce que ça va me sauver du piège de l'autofiction de donner la parole à Sarah. Ça a aussi tiré un peu le livre vers le fantastique, un peu onirique, en tout cas. Et puis ça va insérer du réenchantement. Le fait que sa voix subsiste, cela signifie aussi qu'on peut vaincre la mort à travers la littérature. D'ailleurs, vous avez fait le résumé d'une voix relativement guillerette et j'en suis content parce que, pour moi, c'est un livre de vie, même s'il est raconté par quelqu'un de mort, et mort dans des conditions difficiles.

Philippe Chauveau :

Il y a des passages qui sont magnifiques, notamment lorsque Sarah met au monde le petit Simon. Là, on a vraiment l'impression que c'est une femme qui se raconte et c’est très fort. Ces pages sont très belles. C'est vrai, on parle de la mort, on parle de la maladie, mais, vous le disiez, c'est un roman de vie. On raconte l'adolescence de Sarah, ses premiers émois amoureux, sa rencontre avec Théo, le jeune couple qu'ils vont former, puis, très vite, l'envie d'avoir des enfants, le plaisir de prendre des pots avec les copains jusqu'à ce qu'un jour il y ait cette nouvelle qui vienne se fracasser sur leur petit bonheur du quotidien. Pourquoi est-ce important pour vous de raconter la jeunesse de Sarah lorsqu'elle était un peu en recherche d'elle-même ? Parce qu’après, on passe à quelque chose de beaucoup plus classique, traditionnel. C'est un petit couple où tout va plutôt pas mal. Pourquoi donc était-ce important de raconter l'adolescence de Sarah?

Thibault Bérard :

En fait, tout ça se réfère au titre. En réalité, c'est ce titre, « Il est juste que les forts soient frappés », qui est très bizarre et très menteur, parce qu'évidemment, ce n'est jamais juste que les gens soient frappés. Mais là où il trouve une forme de vérité, c'est que les gens qui ont emmagasiné une certaine dose de force de vie peuvent transformer un malheur en un combat. C'est ce que ça veut dire le titre. Et pour raconter ça, il fallait bien que je présente aussi Sarah comme une combattante. En fait, elle l'est depuis le début, depuis la toute première scène où on la voit se mettre en travers de la route face à une bagnole. C'est un peu l'image que j'avais sur cette première scène. C'était cette façon de poser tout de suite de Sarah comme quelqu'un face à qui la mort va avoir du fil à retordre.

Philippe Chauveau :

Vous écrivez : "Voyez ça comme ça, c'est une histoire. Ce n'est pas parce qu'elle est vraie et dure par moments, ni même parce qu'elle finirait mal que ce n'en est pas une. Toutes les vies sont des aventures extraordinaires pour qui peut les voir déplier devant soi."

Vous faites donc le choix de faire parler Sarah. Elle s'adresse directement aux lecteurs pour raconter sa vie, pour raconter son enfance, son adolescence, pour raconter son histoire d'amour avec Théo, pour raconter son amour pour ses enfants, Simon et Camille. Pourquoi était-ce important, là encore, que Sarah s'adresse directement à nous, lecteurs ? Parce qu'il est vrai que nous prenons son histoire de plein fouet ?

Thibault Bérard :

J'avais besoin que sa voix sorte des pages. Par ailleurs, cette adresse aux lecteurs de Sarah, elle résonne aussi avec le pouvoir de narratrice qui est là. Etant décédée, étant morte dans le monde que je lui invente, elle a le pouvoir non seulement de parler par-delà la mort mais, en plus, elle a le pouvoir d'entrer dans la vie des gens qu'elle a aimés.

Philippe Chauveau :

Vous écrivez également : « Théo et moi avons toujours été terriblement conscients du fait que c'est sur les histoires que l'existence établit ses fondations. Nous avons toujours su que c'était dans les failles, les accidents et les séismes, que la vérité de nos vies pouvait être mise en lumière ».

Ce qui veut dire que vous nous racontez le quotidien de Théo et Sarah. Mais vous racontez aussi la fragilité du bonheur.

Thibault Bérard :

Oui, exactement. Quand je parle des failles, c'est aussi parce que le roman surgit de là. Et d'ailleurs, ce petit passage là, c'est un peu une mise en abîme parce que c'était aussi une façon de montrer que ce n'était pas un pur témoignage dans lequel on raconte à peu près tout ce qu'on a vécu. La spécificité du roman, c'est justement qu'on va pouvoir trier, on va promener le miroir sur un chemin, donc on fait ce qu'on veut avec son miroir et on peut enlever quatre années qui sont certes quatre années de quiétude, de paix et de bonheur et qui auraient peut-être fait des jolies scènes, mais qui ne s'inscrivent pas dans le projet romanesque.

Philippe Chauveau :

A travers Sarah qui nous raconte son histoire, vous nous parlez donc d'un couple qui s'aime à la folie. Vous nous parlez aussi d'une famille. Et puis la maladie fait irruption dans ce bonheur du quotidien. Vous avez réussi à faire un livre qui parle de la maladie et de la mort, mais qui est très lumineux. Pourquoi est-ce important pour vous de nous offrir cette histoire ? En quoi peut-elle aussi être utile au lecteur ? Peut-elle apporter quelque chose en plus que ce besoin pour vous de raconter sous la forme du roman un pan de votre vie ?

Thibault Bérard :

C'est une chouette question ! J'aime bien cette question parce que j'aime bien l'idée de la lumière qui émerge du roman et que j'ai travaillé à faire émerger. Il y a une métaphore qui traverse tout le livre qui est celle du tunnel. J'aime bien l'idée que cette lumière puisse évidemment ricocher un peu sur le lecteur et sur la vie accidentée, ou pas, qu'il aura au cours de son existence. C'est sûr que ça, ça me plaît, cette idée.

Philippe Chauveau :

Il y a des romans qui sont de véritables rencontres. C'est le cas de ce premier roman de Thibault Bérard, « Il est juste que les forts soient frappés ». Vous n'êtes pas près d'oublier ces quatre personnages que sont Sarah, Théo, Camille et Simon, et tous les autres qui gravitent aussi dans leur belle aventure. Un livre à la fois grave et lumineux publié aux Éditions de l'Observatoire. Coup de cœur de ce début d'année, merci beaucoup.

Il est juste que les forts soient frappés L'Observatoire
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