Baptiste Beaulieu

Baptiste Beaulieu

Celle qu'il attendait

Portrait 00'05'54"

Philippe Chauveau :

Bonjour Baptiste Beaulieu.

Baptiste Beaulieu :

Bonjour Philippe.

Philippe Chauveau :

Merci d'être avec nous, Celle qu'il attendait, c'est votre nouveau titre aux éditions Fayard. Je crois que c'est votre cinquième livre et quatrième roman puisqu'il y a eu ce premier titre dont on reparlera. Si je fais une présentation rapide, on vous connaît aussi bien en librairie que dans le milieu hospitalier puisque vous êtes médecin généraliste à Toulouse. Et puis, en parallèle, donc, effectivement, vous publiez régulièrement des livres qui parfois ont trait d'ailleurs au milieu médical. Si vous deviez vous définir, qui êtes-vous, Batiste Beaulieu ? Vous, avez 2 minutes 15...

Baptiste Beaulieu :

Si je devais le définir, je dirais avant tout romancier. Parce que c'est la part la plus constitutive de mon être, je crois. Si je n'écris pas, je suis mal à l'aise et j'ai besoin d'écrire. Après, je suis médecin. Mais c'est certain que je ne pourrais pas être romancier si ce n'était pas médecin. Parce que j'ai besoin d'avoir les mains dans le terreau humain, d'être dans la réalité pour pouvoir sortir un peu la tête de tout ça. Regarder les étoiles, avoir envie de rêver et donc de faire rêver les lecteurs et les lectrices. Mais je ne pourrais pas être romancier si je n'avais pas les mains dans ce terreau humain.

Philippe Chauveau :

Alors, ce qui veut dire que lorsque vous étiez gamin, quand certains se rêvent footballeur ou astronaute, vous, vous hésitez entre la médecine et l’écriture ?

Baptiste Beaulieu :

Exactement. Là, ce que vous voyez, c'est un petit garçon de 5 ans qui a réussi ses deux rêves.

Philippe Chauveau :

Pourquoi ce goût pour l’écriture ? Est-ce que c'est lié à une bibliothèque familiale ou un instituteur, un livre qu'on vous a lu lorsque vous étiez enfant ?

Baptiste Beaulieu :

Ma mère, a toujours aimé lire, elle n'aimait pas trop la télévision et elle préférait me raconter la mythologie grecque avec force. J'ai grandi avec ces récits qui sont parfois très violents, mais qui sont mythologiques. Et puis, je pense que cela a forgé en moi un goût pour les histoires et les histoires fortes. Parce qu'il y a tout dans la mythologie grecque. Toutes les histoires ont déjà été écrites finalement. En grandissant, j'avais cet imaginaire là et j'avais envie de le partager avec les gens, de les faire rêver, de les sortir un tout petit peu de leur quotidien et, à travers mes livres, leur permettre de rêver aussi.

Philippe Chauveau :

Néanmoins, vous suivez des études de médecine et vous devenez médecin, médecin urgentiste. Quelle est la passerelle ? Alors je vais faire un jeu de mots assez facile, mais vous soignez les mots par les mots avec le livre ?

Baptiste Beaulieu :

C'est une bonne question. Et ce qui est certain, c'est que quand on est médecin, on a en face de soi 10 ou 20 personnes qui viennent tous les jours et ce sont 10, 20 histoires différentes à chaque fois. Et je pense qu'en tant que romancier c'est une manne, parce qu'on a tous besoin d'un matériau. On est des machines à transformer le réel. J'ai le roman qui est le réel transformé, mais j'ai besoin du réel. Et le réel est apporté par ma capacité à accueillir les gens, à écouter leurs histoires et à être dans cette vraie vie là. Je ne crois pas du tout au romancier qui est en haut d'une tour d'ivoire et qui arrive à raconter des histoires qu'il rattraperait dans le néant. J'ai besoin de ça.

Philippe Chauveau :

Un mot sur votre activité de médecin urgentiste et plus largement, sur les professions de santé qui ont été tellement malmenées ces derniers mois. Comment avez-vous vécu toute cette période ? Parce que vous n'êtes pas un médecin ordinaire, vous ne restez pas les deux pieds dans le même sabot. Il y a une part de militantisme aussi dans votre travail de professionnel de santé. Avec le recul, cette année et demie que nous venons de passer.

Baptiste Beaulieu :

Ça a été une année particulièrement éprouvante et pas tellement à cause du virus. Plutôt à cause de la gestion de ce virus par les institutions. Ça a été particulièrement violent envers les soignants et les soignantes. Et notamment, ce que j'ai beaucoup reproché à ce gouvernement, c'est d'avoir héroïser comme ça le personnel soignant en utilisant des mots issus du champ lexical de la guerre. "On est au front, c'est la guerre", ce mot a même été prononcé par le président Macron et je me méfie toujours de l'héroïsation. L'héroïsation, c'est un piège à cons. Un héros ne se plaint pas d'être seul, il ne se plaint pas de ne pas avoir de beaux masques, de ne pas avoir de bonnes blouses, il ne se plaint pas d'être mal payé et d'être en sous-effectif. Quelque part, en nous héroïsant, ils nous ont silencé, c'est à dire qu'ils nous ont empêché de nous plaindre et de pouvoir expliquer aux gens qu'on soigne, depuis des années maintenant, dans de mauvaises conditions en France.

Philippe Chauveau :

Vous avez l'impression que c'était de la poudre aux yeux ? Ou alors que c'était mal à propos, mal interprétés ?

Baptiste Beaulieu :

Je pense que c'était une opération de propagande et de communication et que, peut-être, les gens avaient besoin de ça pour se rassurer en se disant c'est la guerre, mais c'est faux. C'est un virus. Vous savez, un virus ne veut pas de mal, il ne veut pas de bien. C'est juste un virus, quoi. C'est juste un virus.

Ce métier, vous l'aimez, vous avez envie de le faire partager. C'est un petit peu comme ça qu'était né le blog "Alors voilà". Et puis ensuite, il y a eu le livre en 2013 Alors voilà, les mille et une vie des urgences. Vous faisiez partager un petit peu le quotidien de ce métier avec ses bons et ses mauvais côtés. Pourquoi était-ce important de mettre ça d'abord sur un blog et puis ensuite de transformer en livre ?

Baptiste Beaulieu :

Parce que, comme on dit, un grand pouvoir donne de grandes responsabilités et il y a mille et une raisons pour lesquelles on peut être fâché avec le corps médical. Quand je vois 20 patients par jour, le soir quand je rentre, 20-25 visages vont se confondre dans ma tête, je ne saurais pas vous dire exactement. Je vais en retenir un ou deux, mais les patients, eux, ils ont vu un soignant. Ça veut dire que si ça s'est mal passé avec eux, si j'ai fait preuve de brutalité ou de maltraitance envers eux, ils s'en souviendront toute leur vie. Et on a cette responsabilité là. Donc, il y a des tas de raisons d'être fâché avec le corps médical. Moi, mon but, c'était d'essayer de tendre un point comme ça entre les soignants et les soignés. Et de raconter ce qui peut se passer aussi sous la blouse, les émotions qui peuvent nous traverser, pour essayer de créer un lien humain et une reconnaissance mutuelle en l'humanité.

Philippe Chauveau :

Votre actualité, baptiste Beaulieu, aux éditions Fayard, Celle qu'il attendait.

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