Christine Orban

Christine Orban

Avec le corps qu'elle a...

Portrait 6'12"

Philippe Chauveau : Bonjour Christine Orban. Votre nouveau roman « Avec le corps qu’elle a.. » parait chez Albin Michel. Un livre qui prend place dans une bibliographie déjà conséquente. Quel regard portez-vous sur ce parcours ?

Christine Orban : Finalement, j’ai fait ce que je voulais, je suis allée là où mon cœur me portait. Je me souviens très bien du moment du choix. Parfois, il m’arrive d’aller dans des écoles ou de conseiller des jeunes et je leur dis : « Vraiment, faites ce que vous aimez dans la vie !». Si j’avais été notaire, car c’est ce que j’ai failli être, je crois que j’aurais été très frustrée de ce que m’offre le roman. Chaque roman est un nouveau voyage, une nouvelle rencontre, parfois avec des personnages de l’Histoire ou ceux de mon imagination. On se rencontre aussi parfois soi-même dans les romans !

Philippe Chauveau : Vous évoquez ce moment du choix dans votre vie. Quel a été le déclencheur ? A quel moment avez-vous eu le courage de faire ce choix de vie ?

Christine Orban : J’avais 27 ans. C’est vrai que c’est un courage de choisir sa vie. Il faut croire en soi, ce qui n’était pas mon cas ! Il faut tenter… J’avais écrit mon premier roman « Les petites filles ne meurent jamais ». J’avais démissionnée. Je me suis dit que j’allais le poster et que s’il n’était pas pris, je me jetterais dans la Seine ! Je ne me serais sans doute pas jeter dans la Seine, j’aurais réécrit un livre mais c’est vrai qu’il faut vaincre la peur de l’avenir et avoir un minimum confiance en soi.

Philippe Chauveau : Est-ce vrai que vous auriez aimé être psychologue ou psychanalyste ?

Christine Orban : C’est vrai ! On l’est un peu quand on écrit mais on choisit ses patients. J’ai eu le grand avantage de passer un peu de temps avec Virginia Woolf, Marie-Antoinette, Courbet, Napoléon et Joséphine tous ces personnages qui avaient des névroses bien conséquentes et passionnantes pour moi ; tous ces gens qui avaient des vies compliquées que j’essayais de comprendre. On avance. On comprend mieux les autres, on se comprend mieux soi-même au travers des romans. Moi, je suis comme une éponge. J’attrape les états d’âme. Je crois que j’aurais été une très mauvaise psy car j’aurais pleuré avec mes patients, ce qui n’est pas le but…

Philippe Chauveau : Dans votre bibliographie, il y a les romans dans lesquels vous avez côtoyé de grands noms de l’Histoire, il y a aussi des romans plus contemporains, des romans parfois dramatiques, violents, d’autres plus légers mais il me semble qu’il y a toujours un voile de mélancolie.

Christine Orban : J’étais une enfant mélancolique, je suis mélancolique. J’ai toujours pensé que les mots pouvaient guérir et c’est sans doute pour cela que j’écris. Mais j’étais effectivement une enfant mélancolique. Philippe Chauveau : Vous le restez ? Vous le cultivez ?

Christine Orban : Oui, je le reste. « Le bonheur d’être triste » disait Victor Hugo. Je préfèrerais ne pas l’être mais si c’est le prix à payer pour écrire, alors ça me va très bien car l’écriture m’apporte un grand bonheur.

Philippe Chauveau : Quelle lectrice êtes-vous ? Que trouve-t-on sur votre table de chevet ? Christine Orban : Je suis une grande lectrice. C’est pour moi la récréation absolue. J’essaie de prendre deux heures. Je me lève très tôt, je lis et après je vais travailler. Actuellement, j’ai relu « L’ennui » de Moravia qui m’a laissée absolument émerveillée. J’ai relu aussi « Un amour » de Buzzati. C’est un peu le même genre. J’adore ces italiens. Ce sont des hommes menés par le bout du nez. Chez Buzzati, c’est par une prostitués. Chez Moravia, ce n’est pas une prostituée mais presque. Et ce sont des hommes qui en perdent la raison. C’est passionnant…

Philippe Chauveau : Par la lecture ou l’écriture, avez-vous l’impression de vous protéger de notre monde contemporain ?

Christine Orban : Quand on écrit, on s’expose. Quand on publie, on voudrait que cela plaise alors qu’il faudrait s’en fiche. C’est mon prochain but ! Comme disait Freud : « Seule l’opinion que j’ai de moi compte ». Quand on arrive à cette sagesse-là, on a gagné !

Philippe Chauveau : Vous sentez-vous bien dans notre époque contemporaine ?

Christine Orban : Oui, je trouve qu’on a beaucoup de chance. Et à propos des femmes, on a fait un grand pas en avant dernièrement avec cette affaire Weinstein

Philippe Chauveau : Votre actualité « Avec le corps qu’elle a… » chez Albin Michel

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  • Christine Orban aurait pu ne jamais être auteur. Des études de droit dans la perspective d’une carrière d’avocate, pour faire plaisir à son père, telle était la voie toute tracée. Mais le goût de la littérature était bien ancré en elle. L’envie de s’accomplir, de se prouver à elle-même et aux autres qu’elle en était capable l’incite à écrire et à proposer à un éditeur son premier livre « Les petites filles ne meurent jamais ». Nous sommes en 1986. Depuis, derrière une réserve et une pudeur non feintes...Avec le corps qu'elle a... de Christine Orban - Présentation - Suite
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    Philippe Chauveau : Dans votre nouveau roman, nous faisons connaissance avec une jeune fille dont on saura le prénom une ou deux fois. Elle a 20 ans et vient de publier son premier roman. Ce qui pourrait être un jour de joie devient un jour de tristesse car il y a cette phrase : « Avec le corps qu’elle a… » prononcée par son beau-père. D’où vient cette histoire ? D’où vient le personnage de Gwendoline ? Christine Orban : Généralement, ce sont les histoires qui me choisissent. Un jour, en me promenant dans la rue,...Avec le corps qu'elle a... de Christine Orban - Livre - Suite