Nicolas Robin

Nicolas Robin

Une folie passagère

livre 00'06'30"

Philippe Chauveau :
Ainsi donc, Nicolas Robin, dans votre troisième roman, « Une folie passagère », vous nous présentez Bérangère, elle est hôtesse de l'air. Et ça rime en plus… C'est une hôtesse de l'air bien comme il faut, juchée sur ses talons hauts. C'est vous qui le dites, c'est vous qui l'écrivez. Bérengère a une quarantaine d'années, elle n'est pas forcément très bien dans sa vie. Qui est-elle cette fameuse Bérangère, hôtesse de l'air ?

Nicolas Robin :
C’est vrai que son métier rime avec son prénom. C'est une grande rêveuse en fait, elle est très romantique et n'a qu'un seul axe de satisfaction dans la vie, son métier. Elle se dévoue complètement aux passagers. Elle tient à être une hôtesse bien comme il faut. C'est une vocation qu'elle a depuis l’enfance parce qu'elle a grandi du côté d'Orly. Elle était gardée par sa grand-mère qu'elle appelle d'ailleurs Mamie d'Orly et dans le jardin, chez Mamie d'Orly, elle sentait l'odeur du kérosène. L'odeur du kérosène peut être épouvantable mais en même temps, ce peut être très séduisant, un peu addictif. Bérengère aimait cette odeur un peu métallisée, cet air qu’elle respirait. Ce n’est pas le meilleue mais elle y était habituée et elle aimait ça. C’est pourquoi elle a toujours voulu travailler dans les avions elle a toujours voulu s'évader.

Philippe Chauveau :
Elle veut garder cet aspect de ce métier, à savoir donner le meilleur d'elle-même à ses clients, à ses passagers. Elle est tour de même un peu désenchantée, aussi bien par son métier et par les relations qu'elle a avec ses collègues, que par sa vie personnelle qui n'est pas vraiment brillante.

Nicolas Robin :
Bérengère souffre de ce que j'appelle « le syndrome de l'hôtesse de l'air », c'est à dire qu'elle perpétue le glamour de l'hôtesse de l'air, ça c'est son exigence personnelle. Mais elle est toujours dans la contenance parce que l'hôtesse de l'air, c'est cette dame super sympa qui vous accueille à bord avec un sourire incroyable. Juchée sur des talons hauts avec une robe sans faux plis, elle vous apporte des couvertures des oreillers en vous faisant croire que vous êtes dans un monde merveilleux, elle dit à votre enfant qu'il est adorable même s’il est insupportable ou s’il sent le vomi. Quand on est hôtesse de l'air et qu'on part travailler, on se doit d'être non seulement en forme, toujours agréable et apte à répondre à toutes les attentes en gardant le sourire. Mais on oublie souvent que derrière cette image, il y a un être humain et certains jours, cet être humain ne va pas très bien mais ne peut pas le montrer. Donc, pour Bérengère, c'est quand même très difficile pour elle. D'autant que, si elle se dévoue complètement à son métier, si elle tient à le faire de façon irréprochable, sa vie personnelle manque un peu d'éclat.

Philippe Chauveau :
On ne va pas raconter tout ce qui va se passer, on ne va pas rentrer dans l'intrigue mais précisons qu'il y a quand même une bonne partie du livre qui se passe au cœur même de l'avion, dans la carlingue. Il va y avoir des rencontres assez surprenantes. Vous nous l'avaez laissé entendre, c'est le côté burlesque que vous aviez envie de mettre en avant. Mais il n'y a pas que cela. Il y a aussi la fragilité des êtres humains. Comment avez-vous construit votre roman justement pour que le lecteur s'amuse mais, qu'en même temps, il s'attache aux personnages et se pose les bonnes questions ?

Nicolas Robin :
Fort de mon expérience dans l'aérien, avec 12 000 heures de vols, je sais exactement ce qu'est ce métier, à la fois dans ses bons côtés et ses mauvais côtés. J'ai voulu vraiment expliquer ce qu'est une hôtesse de l'air, parce qu'on s'imagine qu'une hôtesse de l'air passe son temps sur une plage des Caraïbes à boire un cocktail en se faisant courtiser par les pilotes. C’est vrai, ça existe. Mais c'est aussi être enfermé dans une forme de solitude, faire face à une série d'obstacles, ne serait-ce que pour aller travailler. Ce n'est pas forcément simple. Et surtout, que se passe-t-il quand ça ne va pas dans la vie d'une hôtesse de l'air, qu'elle est envoyée pendant cinq jours à l'étranger. Qu'est ce qui se passe quand quelqu'un décède ? Je l’aborde dans le roman avec le personnage de Mamie d'Orly. Ce personnage est très important parce que c’est elle qui a élevé Bérengère, qui l'a aimée, qui lui a donné beaucoup d'amour, qui lui a dit qu'elle était jolie alors que Bérengère a une mère beaucoup plus revêche. Et quand elle perd sa grand-mère, Bérengère est en vol et elle n'a pas le temps de rentrer. Elle ne peut pas assister à l'enterrement et donc, ne peut pas faire son deuil. Elle vit avec les souvenirs de sa grand-mère. Et le personnage des grands-parents souvent dans un livre, c'est le lien avec les souvenirs. C'est le lien familial.
C'est un rapport émotionnel très fort

Philippe Chauveau :
La couverture est très belle, très parlante. Je sais que vous aviez à cœur de parler de cette couverture et de l'artiste.

Nicolas Robin :
Oui, je voulais parler de Manon Boukhari parce que je suis tombé amoureux de ses illustrations. Grâce à la maison d'édition Anne Carrière, j'ai réussi à avoir une illustration signée par elle. On lui avait envoyé le début du texte. Je lui avais présenté le personnage, je lui avais expliqué être influencé par les comédies musicales de Jacques Demy qui véhiculent joie et mélancolie. Bérengère est très rêveuse, très romantique et finalement, elle décolle un petit peu dans les airs, même si elle tient à garder les pieds sur terre. L’illustratrice a fait cette très belle couverture que je trouve cinématographiques, et à la fois avec des touches burlesques. On voit qu'on passe du rose au rouge et je suis très fièr qu'elle ait accepté de signer la couverture.

Philippe Chauveau :
Lorsqu’on est steward pour une compagnie nationale, qu’on a une quarantaine d'années et qu’on crée un personnage qui est hôtesse de l'air pour une compagnie nationale et qui a une quarantaine d'années, on se dit qu’il y a peut-être quelques points communs avec Bérengère.

Nicolas Robin :
J'espère qu'il n'y en a pas trop ! Comme chez Flaubert avec Madame Bovary, je vais dire : « Emma, c’est moi » ! En fait, c'est un peu moi dans le sens fleur bleue, dans le bon sens du terme, dans le sens rêveur, romantique je suis un peu comme ça aussi.

Philippe Chauveau :
En mettant en scène votre milieu professionnel, est-ce une façon de tourner la page pour ensuite mettre une barrière entre votre métier de steward et votre activité de romancier, de passer à autre chose?

Nicolas Robin :
Je n'ai pas forcément envie de passer à autre chose. Je voulais allier les deux. Je voulais me faire plaisir et faire plaisir aussi à mes lecteurs et à mes collègues. J’ai d’ailleurs des collègues qui me lisent, qui me suivent et sont adorables. Je leur avais que j’allais essayer d'écrire un roman sur notre métier. Je ne voulais pas en faire des chroniques de l'aérien parce que cela a déjà été écrit, et très bien écrit. Je voulais vraiment écrire une histoire de fond, dresser le portrait d’une femme qui en vient à péter les plombs. C'est une hôtesse de l'air mais elle aurait pu être institutrice infirmière, avocate en droit international… Elle aurait pu être n'importe quelle femme qui, acculée, en vient à dévier de sa route et commettre le pire entre rire et mélancolie.

Philippe Chauveau :
Voilà un joli roman, porté par une écriture pleine de sensibilité et d'humour. Vous ne monterez plus dans un avion de la même façon désormais et vous aurez forcément envie,vous aussi, de croiser le chemin de Bérangère. « Une folie passagère », votre nouveau titre Nicolas Robin, publié chez Anne Carrière. Merci beaucoup.

  • PRÉSENTATION
  • PORTRAIT
  • LIVRE
  • Nicolas Robin a deux vies. Quand il endosse son costume de steward pour une grande compagnie nationale, il emmène dans les nuages des milliers de passagers. Quand, dans la solitude de son appartement parisien, il s’attèle à l’écriture, c’est pour emmener ses lecteurs en voyage, dans un ailleurs où tout serait peut-être plus doux et pétillant.Nicolas Robin reconnait lui-même que l’écriture est une sorte de refuge, un baume sur une enfance qui lui a laissé quelques traces. Rire de peur d’avoir à en pleurer serait...Une folie passagère de Nicolas Robin - Présentation - Suite
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