Laurent Malot

Laurent Malot

Que Dieu lui pardonne

Livre 00'07'48"

Philippe Chauveau :

Avec cette belle couverture, Laurent Malot vous nous présentez une jeune fille qui s'appelle Maya. Elle démarre dans la vie, mais elle est déjà pas mal cabossée. Elle sort de l'adolescence. Elle a 17 ans et néanmoins, elle a déjà son petit appartement. Elle s'installe à Fécamp, où elle va démarrer sa nouvelle année au lycée. C'est sa tante qui l'aide un petit peu à vivre parce qu'il a fallu qu'elle fuit le domicile familial après les agressions de son père. C'est le point de départ de votre roman. Qui est-elle cette jeune Maya. Comment avez-vous construit ce personnage d'adolescente ?

Laurent Malot :

Alors, si elle a 17 ans, bientôt 18 ans, ce n'est pas innocent. Je voulais qu'elle représente à la fois l'enfant, l'adolescente, mais aussi la femme. Elle triche un petit peu sur son âge pour pouvoir travailler et payer un loyer. C'est vraiment les deux, c'est la femme et l'enfant. Je voulais qu'on parle de la violence faite aux enfants et aux femmes. C'est comme ça que j'ai choisi ce personnage de Maya.

Philippe Chauveau :

On va très vite comprendre qu'elle a dû fuir le domicile familial parce qu'elle a été violentée sexuellement par son père. Son père est un notable d'une petite ville de banlieue parisienne et il a fallu taire cette histoire de famille. Sa mère ne l'a pas soutenu. Je le disais, il n'y a que sa tante qui l'aide, sans trop vouloir se mêler d'ailleurs de l'histoire de famille. Et puis, elle va se retrouver dans cet appartement à Fécamp. Et puis, à côté de l'appartement, il y a une autre famille qui s'installe avec quatre enfants. Et là, on entend régulièrement des coups frappés contre le mur. On sent qu'il y a de la violence dans l'autre appartement. Qui sont-ils, ces quatre gamins de l'autre côté ?

Laurent Malot :

Pour ces quatre enfants, il n'y a pas de violences sexuelles, mais il y a des coups, de la violence verbale, psychologique, comme ça arrive dans beaucoup de familles. Heureusement, la parole a l'air de se libérer un peu aujourd'hui, je ne sais pas jusqu'où ça ira. Effectivement, ces quatre enfants qui se font battre, bastonner, je ne sais pas quel mot utiliser. De toute façon, c'est violent, c'est inadmissible. Ce qui est encore plus inadmissible, c'est le silence qui a autour. Maya, au départ, essaye de rester aussi un peu silencieuse. En tout cas, elle ne veut pas écouter parce que ça lui rappelle trop ce qu'elle a vécu. Mais petit à petit, c'est plus fort qu'elle, il faut qu'elle fasse quelque chose.

Philippe Chauveau :

C'est ce qui est paradoxal, c'est qu'elle a cherché à fuir sa maison pour se réfugier dans ce petit appartement et elle retrouve une autre violence familiale de l'autre côté du mur. Vous écrivez : " À 11 ans ou à 17 ans, l'effet est le même, on est terrorisés et on abdique. On se mure dans le silence et on encaisse. Parfois, on regarde la bête dans les yeux avec un sourire de défiance. Ce n'est pas du courage, juste un mélange de cynisme et de résignation ; on sait qu'on ne peut pas tomber plus bas ". Pourquoi avoir eu envie d'aborder ce sujet dont on parle beaucoup dans l'actualité, la violence faite aux enfants et aux femmes, violence physique, violence psychologique et violence sexuelle. Pourquoi est-ce important, en tant que romancier, d'aborder cette thématique ?

Laurent Malot :

C'est venu d'un constat que j'ai fait. Je n’aime pas trop les chiffres parce qu'on peut les triturer comme on veut, mais je me souviens que le tribunal de Bobigny, un tribunal pour enfants il y a plus de trois ans, avaient tiré le signal d'alarme en disant qu'ils avaient plus de 300 cas de dossiers en instance. Ça veut dire 300 enfants qui sont violentés chez eux et pour qui on ne fait rien. Si on compte à peu près, le chiffre me parait sidérant mais je veux bien croire, qu'il y a au moins un ou deux enfants violés dans chaque classe. Ça veut dire combien on en oublie, combien on ne voit pas ?

Philippe Chauveau :

Toute la force de votre roman, c'est qu'il y a une histoire, une intrigue. Il y a ces personnages auxquels on va s'attacher et très régulièrement, comme un effet boomerang il y a aussi Laurent Malot qui vient s'adresser au lecteur en lui faisant part de certaines réalités. Vous écrivez encore : " L'indifférence est le terreau de toutes les horreurs, ça ne date pas d'hier. Les chiffres de ce pays, persuadé d'être civilisé, sont une honte que chacun s'applique à passer sous silence : viols, meurtres, coups, humiliations, avec des peines rarement en adéquation avec la violence des actes, voire inexistante. Les femmes en sont toujours réduites à devoir prouver qu'elles n'ont pas incité leur agresseur à les violer : une jupe trop courte, un rouge à lèvres trop voyant, un sourire, tout est sujet à provocation ". Néanmoins, vous avez voulu faire un roman, donc il y a une intrigue. On l'a dit, Maya se retrouve dans ce petit appartement où elle essaie de se reconstruire. Elle entend qu'il y a de la violence physique chez la famille d'à côté. Et puis, il va y avoir une rencontre. Il va y avoir un personnage dont il va falloir se méfier. Je n'avance pas trop dans l'intrigue pour garder un peu le mystère. Comment avez-vous construit justement cette intrigue ? Est-ce que dès le départ, vous saviez comment ça allait se passer ? Ou est-ce que vos personnages vous ont parfois un peu guidés ?

Laurent Malot :

Je savais qu'elle allait faire un acte répréhensible et qu'elle allait s'occuper de ces enfants. J'ai dit qu'elle était l'adolescente, l'enfant et elle est la femme. Elle est aussi un peu la maman.

Philippe Chauveau :

Et elle rentre très vite dans l'âge adulte par la force des choses.

Laurent Malot :

La violence fait que on est souvent obligé. Elle est vite mature. C'est souvent le cas chez les enfants qui ont vécu des drames. Oui, je savais qu'elle allait s'occuper de ces enfants. Après, c'est aussi tout le travail de romancier de savoir se laisser guider. Je ne connaissais pas forcément la fin. Je me suis laissé aller. J'ai essayé de les faire vivre comme moi je le ressentais.

Philippe Chauveau :

Vous avez choisi ce titre Que Dieu lui pardonne. Vous auriez pu aussi écrire Que Dieu leur pardonne. Parce que, finalement, il y a beaucoup de personnages dans cette histoire qui ont des choses à se faire pardonner. Que ce soit les personnages les plus odieux que l'on va découvrir. Mais c'est aussi la position de la mère de Maya qui ne dit rien, de la voisine de l'immeuble qui ne dénonce rien. Vous écrivez : " En France, la notion de dénonciation devrait être éclaircie et expliquée pour ne pas être confondue avec la délation. Ces gens sont seuls face à leurs dilemmes et perdants dans tous les cas. Entre trahison et lâcheté, ils doivent choisir ". C'était important aussi de montrer qu'on a tous une part de responsabilité dans ces histoires dont on parle chaque jour dans l'actualité ?

Laurent Malot :

Oui, c'est ce qui ressort des lectures des gens qui l'ont lu, que je croise. Il me parle beaucoup de ça, de ce pavé dans la mare que je mets parce qu’ils se rendent compte que tout le monde est responsable. C'est trop facile de fermer les yeux. C'est ce qu'on fait tous. Il faut qu'il se passe quelque chose et il faut qu'on comprenne la mesure de ce fléau.

Philippe Chauveau :

Nous allons suivre Maya, cette jeune fille qui sort de l'adolescence et qui rentre un peu trop vite et un peu trop mal dans le monde adulte. Et puis, on suit aussi ses quatre gamins. Il y a Lou, Lucien, Jordan et Léna. Ces cinq personnages, on les croise chaque jour et ouvrons nos yeux pour savoir les aider quand il le faut. Laurent Malot, c'est votre actualité. Ce livre est une véritable réussite, une vraie pépite, que je vous recommande particulièrement. Que Dieu lui pardonne, votre dernier livre publié chez XO. Merci beaucoup.

Laurent Malot :

Merci.

  • PRÉSENTATION
  • PORTRAIT
  • LIVRE
  • Le théâtre, le cinéma, le roman… Laurent Malot est un touche-à-touche de l’écriture, une vocation née dans son adolescence, à la sortie d’une salle de cinéma où il venait de pleurer aux aventures de E.T. l’extraterrestre. Son choix était fait, devenu grand, il raconterait des histoires. Et le rêve de gosse est devenu réalité ! Après avoir écrit des pièces radiophoniques pour France Inter pendant dix ans, Laurent Malot continue à écrire pour le théâtre. Mais c’est aussi en librairie qu’on le retrouve...Que Dieu lui pardonne de Laurent Malot - Présentation - Suite
    Philippe Chauveau : Bonjour Laurent Malot.   Laurent Malot : Bonjour.   Philippe Chauveau : Que Dieu lui pardonne, c'est votre actualité, aux éditions XO. Un titre qui prend place dans une bibliographie déjà conséquente maintenant depuis De la part d'Hannah, Lucky losers, entre autres. Votre écriture est très liée au monde du cinéma et le cinéma, c'est un peu ce qui vous a forgé. Il paraît que vous avez une fascination pour Steven Spielberg et pour E.T. Racontez-nous ça, pourquoi E.T. dans votre vie ?   Laurent...Que Dieu lui pardonne de Laurent Malot - Portrait - Suite
    Philippe Chauveau : Avec cette belle couverture, Laurent Malot vous nous présentez une jeune fille qui s'appelle Maya. Elle démarre dans la vie, mais elle est déjà pas mal cabossée. Elle sort de l'adolescence. Elle a 17 ans et néanmoins, elle a déjà son petit appartement. Elle s'installe à Fécamp, où elle va démarrer sa nouvelle année au lycée. C'est sa tante qui l'aide un petit peu à vivre parce qu'il a fallu qu'elle fuit le domicile familial après les agressions de son père. C'est le point de départ de votre roman....Que Dieu lui pardonne de Laurent Malot - Livre - Suite