Stéphanie Hochet

Stéphanie Hochet

Pacifique

Livre 00'06'39"

Philippe Chauveau :

Avec ce bandeau que votre éditeur a choisi de positionner sur votre livre, Stéphanie Hochet, c'est le Japon éternel avec cette photo du mont Fuji Yama. Et pourtant, nous sommes dans un Japon bien spécifique, celui de 1945. Isao Kaneda, c'est votre héros, un jeune garçon, qui va être envoyé kamikaze pour aller bombarder les forces américaines. C'est le point de départ de votre roman sur lequel on va bien sûr revenir. Le Japon, vous connaissez ? Vous y êtes déjà allée ?


Stéphanie Hochet :

Je le connais par la littérature et par le cinéma. Je le connais parce que j'ai regardé beaucoup de documentaires, que je m'y intéresse beaucoup. Pour la littérature, ça doit faire une vingtaine d'années que je lis des romans japonais. Je n'y suis jamais allée, comme je n'étais jamais allée dans les Etats du sud des États-Unis en 2009 quand j'ai écrit « Combat de l'amour et de la faim », qui se situe principalement en Louisiane.


Philippe Chauveau :

Comment est née cette envie puisque vous ne connaissez pas le Japon ? Comment est née cette envie d'emmener vos lecteurs dans ce Japon de la fin de la Seconde Guerre mondiale? Et comment arrive ce jeune garçon Isao Kaneda?


Stéphanie Hochet :

Pour moi, écrire, c'est aussi découvrir. En même temps, j'écris et je découvre. Pour cette histoire là, précisément, il y a plusieurs années, j'avais regardé des documentaires sur la guerre du Pacifique. Alors j'avais commencé par voir, évidemment, le point de vue des Américains qui racontaient qui étaient ces monstres qui demandaient à leurs pilotes, souvent des très bons pilotes, de se sacrifier, de se jeter sur les porte-avions américains. Je me souviens de l'effroi américain, je pensais un peu comme tout le monde que ces gens étaient des fanatiques, des fous. Et puis le temps a passé et j’ai vu d'autres reportages. Je tombe sur un reportage qui prend le point de vue du japonais, c'est à dire qu'on voit que ces jeunes hommes, qui avaient une vingtaine d'années la plupart du temps, étaient des jeunes pilotes qui n'avaient simplement pas eu le choix. En fait, on les a envoyés. Et puis, il y a autre chose. En suivant un petit peu cette affaire, j'ai découvert des termes qui étaient complètement fous puisqu'on utilisait des termes très poétiques pour parler d'eux. On disait qu'ils étaient des fleurs de cerisier, c'est à dire que ce sont des jeunes hommes qui vont tomber au moment de leur jeunesse et de leur beauté et ,en projetant leurs avions sur la flotte américaine, ils vont créer ce qu'on appelle des chrysanthèmes flottants. Il y a tout un vocabulaire poétique qui est lié à l'extrême violence. Je trouve cela absolument magnétique et fascinant.


Philippe Chauveau :

Justement, ce paradoxe du Japon en 1945, vous le mettez en avant avec deux phrases en exergue de votre roman : « la fleur de cerisier s'envole sauvage et belle » en évoquant les soldats, et puis, une autre phrase : « il est plus méritoire de mourir pour son maître que d'abattre un ennemi ». Ces deux phrases sont aux antipodes. Elles représentent la beauté, la poésie et tout ce qu'il y a de plus sombre et plus violent. Finalement, le livre est comme ça. Vous avez construit un livre en trois parties pour suivre le parcours d'Isao Kaneda. Dans la première partie, il est dans ce centre de formation où il va devenir pilote. Dans la deuxième partie, on va découvrir qui il est, son enfance, élevé par sa grand-mère avec un précepteur, Mizu, qui lui raconte un peu la culture occidentale. Et puis, la troisième partie qu’on ne va pas dévoiler mais qui est très onirique. Comment est venue ce choix de l'écriture ? Est ce qu'il s'est imposé à vous rapidement ?


Stéphanie Hochet :

En fait, je me suis dit qu’il fallait creuser mon personnage, que je le fasse exister. Le plus difficile était de l'incarner, parce que ce n’est pas n'importe qui. Isao, c'est quelqu'un, effectivement, qui a une incarnation particulière puisque il n'est pas un fanatisé. C'est quelqu'un qui qui est habité par le doute. Il doute parce qu'il a reçu une éducation qui l'a aidé à grandir, à avoir le sens du doute, à ne pas mépriser son adversaire, à connaître la culture occidentale, à connaître la littérature, à connaître les auteurs. C'est quelqu'un d'assez sensible, donc c'est quelqu'un qui est partagé par beaucoup de choses même s’il est tout à fait patriote et qu’il est prêt à donner sa vie pour son pays.

Il n'est pas idiot et il voit bien que ça ne servira à rien. Comment accepter un sacrifice qui ne sert à rien ? C'est ça, le problème !


Philippe Chauveau :

Dans la deuxième partie, vous nous racontez la jeunesse, l'enfance, d'Isao. C'est un jeune homme, il ne connaît pas grand-chose à la vie car il a été élevé un peu en vase clos chez sa grand-mère. Mais il va quand même croiser l'amour et cela va lui ouvrir les portes d'un autre univers qu'il ne soupçonnait pas.


Stéphanie Hochet :

Oui, ce sont à chaque fois des visions. C'est très onirique. Il va voir des jeunes filles à son cours de kendo. Il y a une jeune fille en particulier qu’il observe mais qu'il n'osera jamais approcher. Il est tellement élevé loin de ses contemporains, qu'il est embarrassé de timidité. Mais voilà, tout ça fait naître chez lui beaucoup de poésie. Ça, c'est très japonais d'être tout à fait dans la délicatesse autour du sentiment amoureux. Et voilà, il y aura d'autres rencontres. Mais il est très jeune. Il a 21 ans. Il a toute sa vie à vivre.


Philippe Chauveau :

Comme dans vos précédents livres, il y a une ambiance, un univers qui vous est propre. Et puis, il y a cette poésie que vous évoquez, qui est peut-être liée au Japon. Mais c'était aussi votre envie de mettre quelque chose de très onirique pour nous parler de la guerre.


Stéphanie Hochet :

C'est à dire que, quand j'ai commencé à écrire, j'avais évidemment envie d'installer de la poésie, de diluer de la poésie dans ce livre, comme dans les autres livres. Sauf que là, en plus, il se trouve qu'il y a des choses qui naissent naturellement, quand on a des termes comme par exemple, quand l’empereur Hirohito dit de ces kamikazes qu'ils sont des étoiles tombées du ciel, quand on parle de joyaux brisés pour parler des kamikazes. Tout de suite, on est dans la poésie. C'était une évidence.


Philippe Chauveau :

Il y a des livres qui sont des rencontres et des personnages qui deviennent des amis de papier. Vous n'oublierez pas de sitôt Isao Kaneda. Et puis, vous allez aussi aimer la poésie de Stéphanie Hochet dans cette écriture qui nous rappelle la beauté de la jeunesse mais surtout nous rappelle l'horreur de la guerre. « Pacifique », aux éditions Rivages. Merci beaucoup Stéphanie Hochet.

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  • Depuis son premier roman « Moutarde douce » en 2001, Stéphanie Hochet construit discrètement mais sincèrement et avec talent une véritable œuvre littéraire. L’amour des mots et des textes, elle le partage d’ailleurs dans les ateliers d’écriture qu’elle anime régulièrement. Amoureuse des chats, on lui doit ce joli opus paru en 2016, « Eloge du chat » qui a beaucoup fait pour sa notoriété. Fascinée par la littérature anglaise et notamment les femmes romancières, elle a vécu plusieurs années là-bas. Ainsi est...Pacifique de Stéphanie Hochet - Présentation - Suite
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