Cécile Pivot

Cécile Pivot

Les lettres d'Esther

Livre 00'06'10"

Philippe Chauveau :

Esther, c'est cette jeune femme qui vit dans le nord de la France, est libraire, et a une relation fusionnelle avec son père. Ils s'écrivaient beaucoup. Et puis elle va avoir envie de créer un atelier d'écriture. Elle va proposer de partager son amour des mots avec différentes personnes. C'est le point de départ du roman. Dès le début, Esther nous explique qu’elle a été sa démarche. Elle nous parle directement. Vous pouvez nous présenter comment était née dans votre imagination cette jeune femme.

Cécile Pivot :

Alors, Esther c'est d'abord un prénom. Moi, je crois que je fonctionne beaucoup comme ça. Il y a un prénom que j'aime et avec lui va se dessiner une silhouette, un visage, des yeux, des cheveux. Je crois que je passe d'abord par le physique. Elle est à la fois douce. C'est pour moi Esther, c'est un prénom qui aussi un peu dur. Ce prénom qui se finit par R c'est pas doux et en même temps, je trouve que c'est très féminin. Je la voyais, elle est rousse avec des cheveux longs. Elle est plutôt grande et mince. Je la voyais comme ça.

Philippe Chauveau :

Est-elle bien dans sa peau et dans sa vie, Esther ?

Cécile Pivot :

Je trouve. Elle est comme beaucoup de femmes qui ont 40 ans, qui sont célibataires. Elle a une fille d'un premier mariage. Elle rentre un soir sur deux et se dit qu'est ce que je suis bien chez moi toute seule. Et puis, un soir sur deux, elle se dit quand même j'aimerais bien voir un mec dans ma vie. Mais elle est plutôt bien dans sa vie. Elle forme un duo avec sa fille qui fonctionne très bien, même si sa fille commence à être un peu pénible car elle rentre dans l'adolescence. Elle est libraire, elle adore son métier. Elle aime sa ville, Lille. Moi, je trouve qu'elle est plutôt bien dans sa peau. Elle est heureuse. Mais son père a disparu, et pour elle, c'est un deuil qui ne se fait pas.

Philippe Chauveau :

Mais après, il y avait des complexités dans son personnage qu'on va découvrir au fil des pages. Et puis, il y a ce matin de janvier 2019, tout proche de nous, vous avez fait le choix de dater le roman, où elle fait paraître une petite annonce dans La Voix du Nord, et dans plusieurs titres de la presse quotidienne régionale du nord de la France. Elle propose cet atelier d'écriture. Un atelier un peu particulier auquel vont répondre cinq personnes. En quoi consiste-t-il l'atelier que propose Esther ?

Cécile Pivot :

Alors, Esther propose un atelier d'écriture autour de la lettre, de s'écrire des lettres. Pourquoi ? Parce qu'elle a écrit pendant vingt ans. Elle a eu un mode de communication assez particulier avec son père, qui lui même vivait à Lille et qui est mort un an auparavant. Ils s'écrivaient des lettres. Ils se voyaient pour des repas familiaux, pour boire des cafés ensemble. Ils s'entendaient très bien. Mais à partir du moment où Esther a quitté l'appartement familial à 20 ans, ils ont commencé à s'écrire, parfois de manière très régulière, parfois de manière irrégulière. Ils ne se disaient pas du tout les mêmes choses dans leurs lettres que quand ils se voyaient. Écrire des lettres lui manque et donc elle décide d'être à l'initiative d'un atelier d'écriture épistolaire. Elle passe une petite annonce.

Philippe Chauveau :

Elle va avoir plusieurs retours. Il y aura notamment Jeanne, cette femme âgée qui estime qu'elle est bien dans sa vie, qui rencontre pas mal de monde autour d'elle. Il y a ce couple, Juliette et Nicolas, où là il y a une difficulté. Ils viennent d'avoir un enfant. Mais ce n'est pas simple, notamment pour Juliette, d'avoir ce petit être dont elle a l'impression de ne pas savoir bien s'occuper. Il y a Samuel, qui est ce jeune homme un peu paumé. Puis Jean est aussi un businessman qui ne sait pas trop où il en est de sa vie. Esther va avoir tout ce petit monde autour d'elle, et va les inviter à s'inscrire les uns les autres. Elle va donner des consignes bien précises. Finalement, qu'aviez vous envie de nous raconter à travers tous ces personnages ?

Cécile Pivot :

J'ai eu envie d'écrire des lettres. Ma première envie, elle était là. J'avais envie d'un roman autour de la lettre, mais on ne s'écrit plus de lettres. Comment je peux faire? Et c'est là que j'ai eu l'idée de l'atelier d'écriture. Mais après, je pense que dans la lettre, on dit beaucoup de choses qu'on ne dit pas à l'oral ou par mail. On s'écrit différemment dans une lettre et tous ces participants vont s'apercevoir de ça. C'est à dire qu'ils se confient très facilement, très vite, à travers la lettre.

Philippe Chauveau :

Lorsqu'on est le lecteur, on a l'impression d'être devant une boîte à chaussures et de prendre ses lettres les unes après les autres. Il y a une certaine nostalgie en ce qui vous concerne de ce temps où l'on prenait le temps de s'écrire.

Cécile Pivot :

Oui, parce que je pense que vraiment écrire des lettres, c'est un éloge de la lenteur. Il faut faire preuve de patience quand on écrit à toutes les étapes. Aujourd'hui, je pense qu'on a beaucoup de mal avec ça.

Philippe Chauveau :

A travers ce livre qui est un roman, c'est bien précisé sur la couverture. Vous nous rappeler aussi que les mots sont salvateurs, qu'on peut mettre des mots sur les maux. C'est peut être aussi un message que vous envoyez aux lecteurs, reprendre le temps de s'écrire pour parler de soi et peut-être aller mieux.

Cécile Pivot :

Oui, je pense que oui. Tous le monde devrait essayer de s'écrire des lettres, absolument. Entretenir une correspondance avec quelqu'un.

Philippe Chauveau :

Maintenant que le livre est publié, auriez-vous encore envie de recevoir des lettres de Samuel, de Jeanne, de Nicolas et Juliette. Ils sont toujours là ?

Cécile Pivot :

Oui, tout à fait. Ils sont encore là, puisque j'en parle beaucoup encore.

Philippe Chauveau :

En tout cas, voilà un très joli livre, d'une douce mélancolie, mais aussi plein de poésie, de lumière. Un livre qui donne envie de reprendre la plume et d'écrire à ceux qu'on aime. Cécile Pivot, c'est votre actualité, c'est chez Calmann-Lévy, ça s'appelle Les lettres d'Esther. Merci, à vous.

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