Maud Tabachnik

Maud Tabachnik

Jeux de dupes

Livre 00'07'02"

Philippe Chauveau :

Une couverture qui claque avec ces deux visages qui s'entrelacent dans des couleurs rouge et bleu. Votre actualité, Maud Tabachnik, Jeu de dupes, vous allez nous entraîner à la fin des années 70, début des années 80. On va faire connaissance avec un homme assez terne, gris. Il s'appelle Abbot. Il a une petite vie un peu tristoune. Sa femme et sa fille se moquent un peu de lui. C'est un couple classique, mais sa femme est assez revêche. Il trouve néanmoins un peu de fantaisie dans l'écriture. Je me permets simplement de planter le décor. Il prend la plume sous le regard narquois d'ailleurs de son épouse et de tout le monde. Il va quand même mettre le point final à ce fameux roman où il va réussir à obtenir un rendez vous chez un éditeur. Oui, mais là, patatras. Il faut dire que la poisse lui colle au talon. Il va oublier le manuscrit dans le taxi. C'est le point de départ de votre roman parce que quelqu'un de bien mal intentionné va s'emparer du manuscrit. Qui est-il Abbot? Comment est née cette histoire de manuscrit oublié dans un taxi? Est-ce que ça a pu vous arriver ça?

Maud Tabachnik :

Ça a failli m'arriver. C'est ce qui m'a fait écrire ce livre. Je pars de chez moi en taxi. Je devais déjeuner chez une amie. J'étais embarrassée, comme Abbot l'est quand il va chez son éditeur. Il pleut, il a sa serviette et son parapluie. Il est énervé et il arrive chez l'éditeur mais il n'a pas son manuscrit. Et moi, c'est ce qui m'est arrivé, mais heureusement pas jusqu'au bout. J'arrive chez mon amie, embarrassée. Et tout d'un coup, je me dit : "ma serviette avec le manuscrit?". Un coup de poing dans l'estomac, le souffle coupé. C'est même extraordinaire à quel point un incident pareil peut de secouer un auteur qui vient de terminer son manuscrit. C'est vrai que c'est des mois, des mois et des mois de travail.

Philippe Chauveau :

Pour Abbot ça prend des proportions phénoménales, il ne vit que pour ça.

Maud Tabachnik :

Oui, quand ça m'est arrivé, j'avais déjà une carrière derrière moi, si je puis dire. Mais lui, c'est l'œuvre de sa vie. C'est sa raison d'exister. Il n'a pas de couple. Sa femme et sa fille sont impossibles. Ses collègues se moquent de lui. Il a un métier effrayant de monotonie, sans intérêt. Il n'est rien, il se sent rien.

Philippe Chauveau :

Et lui, il a pensé trouver une autre vie dans l'écriture. C'est pour ça que je me suis permis de préciser que nous étions à la fin des années 70, début 80, parce qu'il n'y a pas d'ordinateur. Donc il n'a pas fait de copie. Alors je ne vais bien sûr pas dévoiler l'intrigue, rassurez-vous. Je vais juste avancer un petit peu dans le roman. Ce manuscrit disparaît. C'est l'apocalypse pour Abbot. Et d'autant plus que quelque temps plus tard, il se rend compte que le texte va être bel et bien publié par un autre, par un autre auteur.

Maud Tabachnik :

Pas par un auteur mais par un inconnu, par un représentant de commerce.

Philippe Chauveau :

Un inconnu, mais qui va devenir un auteur célèbre. Le livre est un best seller, et dès lors Abbot cherche à savoir qui est cet homme et surtout chercher à se venger. L'ambiance est très impressionnante dans votre roman. Quand on connaît votre parcours, parfois il y a eu des scènes assez violente, il y a souvent eu du sang dans vos intrigues, là pas du tout. C'est très sobre. Le texte est très simple. L'intrigue est fluide. Mais en revanche, c'est oppressant à toutes les pages. Alors justement, comment avez vous travaillé cette écriture?

Maud Tabachnik :

Je ne sais pas, c'est ce que m'a dit mon attachée d'édition : "il est impressionnant ton livre, il est très bien". Il n'y a rien à voir avec les autres. En plus, ça se passe à Paris, ça se passe dans le midi après aux États-Unis, qui ne sont pas des endroits dangereux. Il se passe rien de spécial. Et elle me dit il est très oppressant.

Philippe Chauveau :

Il y a une tension permanente. Il y a des dialogues qui font mouche parce que ces deux personnages vont finir par se rencontrer. Et il va y avoir une haine, mais aussi une fascination réciproque entre ces deux hommes.

Maud Tabachnik :

Oui, comme d'habitude. À force de haire quelqu'un, il y a une fascination dans la haine. Je ne sais pas si Abbot envie de ce type qui a réussi. Je ne sais pas trop comment il réagit. Au départ c'est la haine de quelqu'un qui a été spolié, de ce succès surtout. Le livre n'aurait rien fait, il aurait été déçu. Mais il a eu le Grand Prix littéraire et son voleur, même si ce n’est pas vraiment son voleur car il l'a trouvé, mais il a autant de succès. Pour un être aussi terne Abbot, c'est si terrible, c'est le vol de sa vie.

Philippe Chauveau :

Mais ce qui est intéressant, c'est que finalement par cet évènement Abbot va se révéler à lui même. Il va se découvrir machiavélique.

Maud Tabachnik :

Oui et aussi audacieux, meurtrier. Ce qui n'aurait jamais pensé être.

Philippe Chauveau :

Vous faites le choix, de démarrer votre roman sur Paris, puis ensuite vous nous emmener dans le sud de la France. Il y a un salon du livre. Il y a aussi tous les beaux endroits sur la French Riviera. Et puis, nous allons également passer toute une partie du roman à Hollywood dans l'univers du cinéma, puisque ce fameux livre fait l'objet d'une adaptation. Ça vous titillait de nous ramener en Amérique? Il faut toujours qu'il y a un moment, on se retrouve aux Etats-Unis dans vos esprits?

Maud Tabachnik :

Si vous voulez Hollywood, c'est le faste, c'est le luxe. Et j'ai voulu les confronter, ces deux médiocres à, un luxe inimaginable pour eux qui font encore plus mal Abbot.

Philippe Chauveau :

Et justement, vous faites évoluer ces deux médiocres comme vous le dite, dans la lumière.

Maud Tabachnik :

Oui, dans la lumière, dans le luxe, qu'ils n'imaginaient même pas.

Philippe Chauveau :

Vous disiez tout à l'heure que les personnages que vous créez deviennent des amis pour la plupart. Or là, vous le dites vous même vos deux anti-héros sont des médiocres. Ils vont rester dans la galerie des amis ou des salauds, ces deux là.

Maud Tabachnik :

Alors j'en avais assez le matin, de me retrouver face à eux, matin après matin. Je me suis dit il faut que je modifie parce que je ne les supporte pas. Il y a des défauts que je ne supporte pas. Par exemple, les gens qui s'en prennent aux autres de leur médiocrité. Il en veut un peu à tout le monde et ça, je n'aime pas les gens comme ça. Donc le fréquenter m'insupportait. J'ai essayé de lui donner quelques vertus. J'ai modifié le personnage pour pouvoir travailler avec lui. Vous voyez à quel point on est proche des personnages que l'on crée.

Philippe Chauveau :

En tous cas, vous avez su créer une intrigue machiavélique qui va vous tenir en haleine jusqu'à la jusqu'à la dernière page. C'est votre actualité, Maud Tabachnik. Ça s'appelle Jeu de dupes et vous êtes publié chez City Éditions. Merci beaucoup.

  • PRÉSENTATION
  • PORTRAIT
  • LIVRE
  • Avec une trentaine d’ouvrages à son actif, Maud Tabachnik a fait ses preuves. Depuis son premier titre, « La vie à fleur de terre », elle s’est imposée dans la grande famille du polar, étant même l’une des pionnières de ces femmes auteurs ayant pris possession du roman noir. C’est pourtant tardivement que Maud Tabachnik prit la plume, à la faveur d’un souci de santé l’empêchant de poursuivre son activité de kinésithérapeute. Tant pis pour ses patients mais tant mieux pour ses lecteurs car elle n’a pas son...Jeux de dupes de Maud Tabachnik - Présentation - Suite
    Philippe Chauveau : Bonjour Maud Tabachnik   Maud Tabachnik : Bonjour.   Philippe Chauveau : Quel plaisir de vous retrouver en librairie avec un Jeu de dupes qui sort aux éditions City. On va parler de ce drôle de personnage d'Abbot qui gravite dans le milieu littéraire. Le milieu littéraire, vous le connaissez bien. Vous avez une trentaine d'ouvrages à votre actif. Un peu plus même et curieusement, pourtant, l'écriture arrive un peu par hasard dans votre vie?   Maud Tabachnik : Tout a fait, en jardinant. J'avais acheté une...Jeux de dupes de Maud Tabachnik - Portrait - Suite
    Philippe Chauveau : Une couverture qui claque avec ces deux visages qui s'entrelacent dans des couleurs rouge et bleu. Votre actualité, Maud Tabachnik, Jeu de dupes, vous allez nous entraîner à la fin des années 70, début des années 80. On va faire connaissance avec un homme assez terne, gris. Il s'appelle Abbot. Il a une petite vie un peu tristoune. Sa femme et sa fille se moquent un peu de lui. C'est un couple classique, mais sa femme est assez revêche. Il trouve néanmoins un peu de fantaisie dans l'écriture. Je me permets...Jeux de dupes de Maud Tabachnik - Livre - Suite