Caroline Lunoir

Caroline Lunoir

Première dame

Portrait 05'48"

Philippe Chauveau :

Bonjour Caroline Lunoir

Caroline Lunoir :

Bonjour

Philippe Chauveau :

Vous êtes dans l'actualité avec ce nouveau titre, votre troisième roman chez Actes Sud, vous publiez « Première dame ». Faisons un petit peu plus connaissance avant de rentrer dans le sujet de ce livre. Dans une dans une autre vie, ou peut-être dans la vraie vie, en tout cas votre vie professionnelle, vous êtes avocate pénaliste. Vous maniez aussi la plume depuis quelques années maintenant. Mais vous avez fait aussi pas mal d'autres choses avant. Vous avez voyagé, vous avez participé à d'autres aventures. Quel a été votre parcours pour arriver jusqu'à nous aujourd'hui ?

Caroline Lunoir :

C'est un long parcours !... Avant d'être avocate j'ai travaillé dans l'humanitaire, pour des ONG. Je suis devenue avocate plus tard, pas tout de suite après mes études de droit. Mon premier roman, je l'ai écrit au moment où je rentrais dans la profession. J'étais aux Etats-Unis, à Boston exactement. C'était juste avant de rentrer dans la profession. Je m'installais aux Etats-Unis et le temps de trouver un travail, je me suis dit que plutôt que de passer ma journée à envoyer des CV, ce qui est plutôt déprimant, j’allais me lancer dans un projet qui me tenait à cœur depuis longtemps, écrire. C'est comme ça que j'ai écrit « La faute de goût » en quelques mois, et ensuite je l'ai retravaillé.

Philippe Chauveau :

Depuis, vous conjuguez votre métier d'avocat pénaliste et l'écriture. Vous évoquez une envie qui vous titillait depuis longtemps. Justement pourquoi cette envie de l'écriture ? Pourquoi était-elle en vous ? Avez-vous des influences ?

Caroline Lunoir :

C'est toujours un mystère. En fait, je pense que j'écris depuis que je sais écrire. Je crois que j'ai été séduite par la magie des mots tout de suite, nommer les choses, essayer de retenir le temps qui passe en le fixant sur une page de papier. Pouvoir réfléchir à la psychologie de personnes que vous rencontrez en dressant leurs portraits. Retenir le temps qui passe peut-être, c'était ça au début et ensuite raconter des histoires. Je vis avec énormément de personnages autour de moi, à l'intérieur de moi, et j’aime les voir vivre, évoluer, leur créer un passé.

Philippe Chauveau :

Ce sont ces personnages qui de temps en temps viennent taper à la porte en disant « raconte notre histoire » ?

Caroline Lunoir :

Oui ! Parfois, je tombe sur un sujet grâce à un article ou une anecdote qu'on me raconte et l'histoire ne me quitte plus. Elle devient un récit intérieur que je partage ensuite sur le papier.

Philippe Chauveau :

Il y a eu « La faute de goût ». C'était un huis clos assez oppressant, une histoire de famille. Ensuite, vous êtes venue à un roman dans un contexte historique, la Seconde Guerre mondiale et la Résistance, roman pour lequel vous avez été primée. Et puis aujourd'hui « Première dame », roman contemporain où vous nous raconter cette femme dont le mari a des velléités d'être élu président de la République. Y a t il un fil rouge dans votre dans votre écriture ? Vous parlez de personnages qui s'imposent à vous. En quoi ont-ils des points communs ?

Caroline Lunoir :
Je ne sais pas si je suis juste dans mon analyse. Mais le fil rouge serait la place de l'individu face au groupe. Comment il s'impose face à un carcan social dans lequel il évolue, comment il affirme sa personnalité et ses choix face à ses proches, que ce soit dans une sphère familiale, une sphère politique ou, comme dans mon second roman, face à un groupe d'hommes qui était un groupe de résistants constitué un peu au hasard d'une cause commune mais qui n'avaient pas d'affinités particulières. Comment le singulier peut répondre à la pression d'une communauté ou d'un groupe. C'est cela qui me fascine.

Philippe Chauveau :

Eu égard à ce que vous nous dites, vous avez travaillé pour des ONG, vous êtes aujourd'hui avocate pénaliste. Vous écrivez des romans. Quel est le lien entre ces trois activités. Quel a été le cheminement. Y a t-il des passerelles finalement ?

Caroline Lunoir :

On les reconstruit toujours après coup, je ne sais pas si il y a vraiment des passerelles, mais je pense que l'idée de porter une voix, expliquer un comportement, surtout quand il est négatif, essayer de le comprendre, je crois que c'est ça qui m'intéresse profondément.

Philippe Chauveau :

Avocate pénaliste, cela veut dire qu'on vous raconte des histoires, vous vous imprégnez de certaines histoires de personnes que vous devez ensuite essayer de comprendre et défendre. Par rapport à la romancière que vous êtes, est-ce parfois difficile de mettre un rideau entre vos deux activités ou, au contraire, les deux activités se nourrissent-elles l'une l'autre ?

Caroline Lunoir :

Je pense qu'elles se nourrissent. Bien sûr, vous n'avez pas le droit de raconter les histoires qu'on vous confie. C'est très intrusif d'être avocat pénaliste, ou d'être avocat en général, parce que les gens viennent vous confier un morceau de leur histoire, qui est souvent un morceau un peu douloureux, sauf quand vous êtes là pour des beaux projets, pour des contrats qui sont un peu plus festifs. Mais quand vous faites du contentieux, vous intervenez dans la vie de quelqu'un à un moment où il y a un litige, où il est dans l'angoisse souvent. Dès lors, vous avez accès à une intimité et aussi à certaines failles de la personne qu'elle ne montre pas à tout le monde. On ne peut pas raconter les histoires dont on est témoin. En revanche, vous avez les yeux ouverts sur les relations sociales, les chocs qu'il peut y avoir entre les personnes.

Philippe Chauveau :

Par exemple, le fait de prendre la plume après une journée de travail, est-ce aussi pour vous une sorte de respiration ?

Caroline Lunoir :

C'est une échappatoire bien sûr. C'est un plaisir aussi.

Philippe Chauveau :

Votre actualité, Caroline Lunoir, votre troisième titre « Première dame », publié chez Actes Sud.

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  • Elle s’imaginait travaillant dans l’humanitaire et a d’ailleurs participé à des actions à l’étranger pour diverseses ONG. Finalement, en tant qu’avocate pénaliste, elle a monté son propre cabinet avec deux confrères. Mais lorsqu’elle parle de son métier, on comprend ce qui anime Caroline Lunoir : écouter, comprendre, aider, défendre. Par l’écriture aussi, elle manie ses quatre verbes. Un premier roman « Faute de goût », huis-clos familial paru en 2010, l’installe dans le paysage littéraire. Suit « Au...Première dame de Lunoir Caroline - Présentation - Suite
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