Philippe Besson

Philippe Besson

Le dernier enfant

Portrait 00'06'21"

Philippe Chauveau :

Bonjour Philippe Besson.

Philippe Besson :

Bonjour.

Philippe Chauveau :

Le dernier enfant chez Julliard, c'est votre actualité. Vingtième titre, déjà avec une belle aventure qui a commencé en 2001. On va beaucoup parler de l'enfance, de l'adolescence, de l'enfant qui quitte la maison, c'est le thème de votre livre. Justement, quels souvenirs de votre enfance et de votre adolescence gardez-vous ? C'est la fragilité qui serait un peu le maître mot de cette adolescence ?

Philippe Besson :

Je ne pense pas la fragilité, au contraire, mais une sorte de bonheur insouciant. J'ai vécu une enfance très protégée dans un petit village de Charente qui s'appelle Lamerac, qui n'existe plus puisqu'à la faveur des recoupements administratifs, cette commune a fusionné avec celle d'à côté. Je viens d'un village qui n'existe plus, c'est assez curieux. C'était au milieu des vignes. On habitait à l'école puisque mon père était instituteur et le monde extérieur n'existait pas. Il n'y avait pas Internet, on ne regardait pas la télé, donc j'en garde plutôt un bon souvenir. La seule particularité, c'est le silence sur les sentiments. Je viens d'une famille où on ne parle pas, où on ne dit pas les choses. On est très taiseux, très taciturne. Rétrospectivement, je comprends que c'est pour faire un sort à ce silence sur les sentiments que je suis moi-même devenu écrivain et que j'écris autant sur le sensible. On s'aimait sans se le dire, c'était ça l'enfance.

Philippe Chauveau :

Lorsque vous parlez de cette enfance et de cette adolescence dans une petite commune avec les vignes, on sent que les paysages sont importants, que les ambiances comptent. Et on le ressent aussi dans votre écriture. Vous étiez un contemplatif, vous vous imprégnez de ces moments ?

Philippe Besson :

Oui, j'aimais bien regarder. La géographie a une importance considérable. Pour moi, ce qu'il y a dans le regard a de l'importance. Être cerné par cette campagne de la Charente, les vignes à perte de vue ou plus près de moi, les tilleuls de la cour de récréation, la glycine sur la grille autour de l'école, tout ça avait de l'importance. Plus tard, la route que j'empruntais pour descendre au collège ou au lycée, même les cimetières. Parce que, curieusement, j'étais un enfant qui aimait aller devant les tombes. Tout ça, c'est des paysages dont je suis très imprégné. Même les ciels plombés d'automne ou d'hiver de ma Charente. Tout ça me reste, on ne se débarrasse jamais de ses origines et du lieu des origines.

Philippe Chauveau :

Avant votre premier livre, en 2001, en l'absence des hommes, il y a eu un parcours professionnel dans des univers complètement différents de ceux de la littérature. Saviez-vous néanmoins que l'écriture serait présente d'une façon ou d'une autre dans votre vie ?

Philippe Besson :

Je ne savais pas que je deviendrais écrivain. Mais l'écriture était là. Quand j'avais 16-17 ans, j'écrivais des poèmes qui étaient tous très mauvais, j'imagine, ou des chansons qui étaient elles aussi très médiocre. Mais en tout cas, il y avait ça. Et puis après, surtout à partir de l'âge de 25 ans, je me suis mis à écrire des lettres parce que j'adore l'idée de la correspondance. J'adore cette idée qu'une lettre à l'époque mettait du temps à aller vers quelqu'un, parce qu'encore une fois, il n'y avait pas de téléphone portable, pas de SMS. Donc on écrivait à la main, on ne savait pas quand les gens la recevrait. Et il y a une personne à qui j'ai écrit une lettre chaque jour pendant 11 années et qui m'a répondu sous le même rythme. Du coup, quand je me suis mis à écrire le premier livre en 99, le geste existait déjà. Je savais faire. Ce n'était pas comme une montagne à gravir, mais simplement c'est en 99 où je me dis tiens, je pourrais raconter des histoires. Alors qu'au fond, dans les lettres, je racontais ma vie. Et donc, c'est le moment où, tout d'un coup, l'imagination fécondent que j'avais quand j'étais enfant, tout d'un coup, je comprends que je peux en faire quelque chose, que les histoires qui traversent mon cerveau, je peux les mettre sur papier.

Philippe Chauveau :

Je reviens sur cet enfant que vous évoquiez, cet enfant, cet adolescent qui vivait dans une famille où l'on s'aimait, mais on ne savait peut-être pas se le dire. L'écriture a-t-elle été justement une façon pour vous de transmettre des sentiments à vos proches ? Et aviez-vous aussi conscience qu'en offrant vos livres au lecteur, vous alliez peut être aussi eux-mêmes les aider à dénouer certains nœuds sentimentaux ?

Philippe Besson :

Alors, on ne sait jamais l'impact que les livres auront sur les gens. D'abord, on écrit dans une grande solitude, dans une forme de sauvagerie. On est enfermé dans ce qu'on est en train de faire. Le dehors et le monde extérieur n'existent pas. Ce qui va arriver quand le livre sera donné au public, on n'y pense pas vraiment à ce moment-là. En revanche, c'est vrai que moi, j'écris des livres qui fonctionnent sur l'empathie, sur l'identification, ou sur la proximité avec l'histoire que je suis en train de raconter. Donc, j'ai toujours l'espoir, effectivement, que certains se reconnaissent ou que certains se disent : « ah ben moi aussi, je suis passé par là » puisque comme j'écris sur le sentiment et que précisément, c'est la chose la mieux partagée au monde, toutes ces choses ont été vécues par tout le monde. Donc, je peux espérer que le lecteur ou la lectrice s'y retrouve. Mais ce n'est pas l'intention initiale, qui est de s'enfermer pour essayer de raconter l'histoire de la manière la plus juste, la plus plausible d'abord, et avec les mots peut être les plus simples, et qui visent le plus juste.

Philippe Chauveau :

Vingt ans pour votre parcours littéraire, vingt titres, parfois dans notre époque contemporaine, parfois des époques passées, en France, aux Etats-Unis, au Portugal, mais toujours les sentiments qui sont là. Avez-vous parfois l'angoisse de la page blanche ? C'est une question de bateau qu'on pose souvent aux auteurs. Mais c'est vrai qu'au rythme d'un livre par an, on se dit mais où trouve-t-il cette inspiration ? Est-ce que parfois, vous vous dites demain, j'écris quoi ?

Philippe Besson :

Non. Je n'ai pas d'inquiétude pour l'instant. Ça m'arrivera peut-être, mais jusque-là, les histoires sont arrivées facilement. Ce qui pourrait m'inquiéter, c'est que je ne sais pas d'où elles viennent. Le livre surgit un jour et la veille, il n'était pas là. Mais franchement, sur le moment où surgit une histoire vraiment comme une révélation, ça m'enchante parce que je comprends que je tiens un livre. Mais ça m'inquiète parce que je me dis "Ah, ça aurait pu ne pas arriver". Et je sais quand un livre est là. Je comprends à l'instant exacte que le livre est là. Après, il faut l'écrire. Mais ça, ce n'est pas la chose la plus compliquée de l'écrire. C'est juste d'attendre qu'il surgisse. Pour l'instant, ça surgit.

Philippe Chauveau :

Philippe Besson, un auteur essentiel. Le dernier enfant, c'est votre actualité chez Julliard.

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  • Vingt ans, vingt titres. Depuis son premier roman « En l’absence des hommes » en 2001, Philippe Besson est devenu un incontournable des librairies et bénéficie d’un lectorat fidèle, attaché à son écriture sensible et à la diversité de ses histoires. D’hier ou d’aujourd’hui, en France, aux Etats-Unis ou ailleurs, les personnages de Philippe Besson ont tous leur particularité et pourtant, tous nous parlent, tous nous touchent car ils nous ressemblent. Philippe Besson le reconnait volontiers, il écrit sur les...Le dernier enfant de Philippe Besson - Présentation - Suite
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