Eric-Emmanuel Schmitt

Eric-Emmanuel Schmitt

La vengeance du pardon

Portrait 7'06

Philippe Chauveau

Bonjour Eric-Emmanuel Schmitt.

Eric-Emmanuel Schmitt

Bonjour.

Philippe Chauveau

J'ai grand plaisir à vous accueillir. « La vengeance du pardon », c'est votre actualité chez Albin Michel. C'est un recueil de nouvelles, un livre qui prend place dans une bibliographie déjà conséquente. Avez-vous l'impression d'être l'adulte que vous rêviez d'être lorsque vous étiez enfant ?

Eric-Emmanuel Schmitt

Je ne sais pas parce que je ne me souviens exactement mais je pense qu'il y a une chose que j'ai réussie dans ma vie, c'est que l'adulte avec ses moyens d'adulte, avec sa force d'adulte, avec éventuellement sa culture d'adulte, due à des études, a donné ces moyens à l'enfant. C'est-à-dire, je suis un adulte qui aide l'enfant que j'étais à s'épanouir. Et je pense qu'une vie réussie, c'est quand adulte, on est le fils de l'enfant qu'on fut.

Philippe Chauveau

On sait que vous avez été enthousiasmé lors d'un spectacle de Cyrano de Bergerac, ça a marqué votre jeunesse, votre adolescence. Toutefois, vous auriez pu rêver autre chose, être astronaute, être pompier...

Eric-Emmanuel Schmitt

Ah oui, de toutes façon j'ai eu tous les rêves. J'ai voulu être archéologue, je voulais être peintre. Je voulais même êre prince d'Angleterre. J'ai été très déçu quand j'ai appris que la place était déjà prise et qu'on ne pouvait pas changer ça

Philippe Chauveau

Et finalement l'écriture vous permet d'être tout cela.

Eric-Emmanuel Schmitt

Mais exactement. Moi, il ne me fallait pas une vie. Il m'en fallait mille et une comme dit Figaro. Et la lecture et l'écriture m'offrent les mille et une vies. Je pense toujours que les autres ne sont pas différents de moi mais sont un de mes possibles. Je crois qu'on a tous une essentielle plasticité, et puis après notre vie est faite de choix et de circonstances, et donc ça nous définit. Mais on aurait pu être tel autre, ou tel autre... Dans l'écriture, je repars toujours au lieu indéterminé plastique où les personnalités se forgent, et puis je vais vers d'autres possibles, les êtres que je n'ai pas pu être, mais que je vais être le temps d'une écriture.

Philippe Chauveau

Là vous parlez de ce que vous apporte l'écriture. Mais il y a aussi ce que vous donnez par l'écriture. Avez-vous l'impression parfois que par les mots, par les mots écrits, vous transmettez des choses que vous auriez peut-être du mal à dire ouvertement ?

Eric-Emmanuel Schmitt

D'abord, il y a une chose qui me rend heureux dans la réception de mes livres, c'est que j'ai l'impression que je soigne. Parce qu'on me dit toujours vos livres me font du bien. Voilà ce qu'on me dit. Alors au début, quand j'étais jeune et péteux, je disais... « Ils feraient mieux de me dire, mes livres sont biens ». Et puis je me suis rendu compte que évidemment, c'est un compliment beaucoup plus fort de dire vos livres me servent à quelque chose, vos livres m'aident à vivre, et ça, ça vient de ce que je suis philosophe de formation. C'est-à-dire que le but de la philosophie, c'est de rendre la vie meilleure, plus heureuse, plus juste et donc qu'il y a toujours cette ambition. Y compris dans la moindre de mes fables, d'essayer de cerner le monde pour pouvoir mieux l'habiter.

Philippe Chauveau

Vous parlez aujourd'hui de votre formation de philosophe. C'est quoi un philosophe selon vous ? Parce que finalement, lorsque l'on prononce le mot philosophe, on a l'impression que vous dépoussiérez un peu le rôle.

Eric-Emmanuel Schmitt

Ecoutez, moi j'ai fait des études de philosophie, et effectivement, ça a été l'histoire d'un malentendu. C'est-à-dire : ce que je croyais être la philosophie au départ, n'est pas ce que j'ai découvert qui était véritablement la philosophie. Quand j'ai commencé à faire des études de philosophie, c'est parce que je voulais toucher la vérité, posséder la vérité. Forcément, elle était quelque part, dans Aristote, Platon, Kant Hegel, Heidegger, forcément elle était quelque part, et si à la limite je ne la trouvais dans les auteurs sus dits, peut-être qu'avec les instruments que me donnerait la philosophie, moi je la trouverais la vérité. Donc j'ai commencé mes études de philosophie avec une ambition, un impérialisme de la vérité absolument extraordinaire. Et puis forcément, ça a été une déception. Je me suis rendu compte qu'on ne trouvait pas la vérité, mais on trouvait des hypothèses, des théories. Il y a des philosophies, et non pas une philosophie, et au fond, comme dit Kant, on apprend à philosopher, on n'apprend pas la philosophie.

Philippe Chauveau

Lorsque vous êtes aujourd'hui sur les planches, parce qu'il y a aussi Eric-Emmanuel Schmitt le dramaturge et le comédien, vous faites encore de la philosophie, d'une façon ou d'une autre lorsque vous jouez Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran ?

Eric-Emmanuel Schmitt

Je pense que je transmets des valeurs. Je ne sais pas si je fais de la philosophie. C'est-à-dire, le Coran avec monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, la bienveillance, la tendresse... En fait, quand je joue ce texte la, j'aime où il m'amène ce texte.

Philippe Chauveau

Parce que finalement, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran est une pièce que vous présentez un peu partout. Il y a une tournée, il y a des dates un peu partout dans le monde puisque vos textes sont traduits et joués ailleurs dans le monde. Vous avez l'impression que vous franchissez une marche supplémentaire ? Ca vous donne envie de jouer d'autres pièces ?

Eric-Emmanuel Schmitt

Non, moi je ne jouerais que du Schmitt. D'abord parceque je m'entends bien avec l'auteur. Et ensuite parce que c'est ma seule légitimité, c'est d'être la source. Il y a plein d'acteurs qui sont meilleurs que moi. Mais il n'y en a qu'un seul qui a écrit le texte, c'est moi.

Philippe Chauveau

Vous avez l'impression d'avoir un autre contact avec le public en étant sur scène ? Différent de ce lui de la dédicace, lorsque vous êtes en salon ?

Eric-Emmanuel Schmitt

Ah oui vraiment. C'est frustrant la dédicace, pour le lecteur comme pour l'écrivain, parce qu'on a quelques secondes pour se toucher par les yeux, se dire quelque chose, emmener le souvenir d'une émotion comme ça, mais c'est bref et frustrant. Au théâtre, là vraiment j'ai l'impression d'épouser la salle. Et puis eux... Vous savez on ne peut pas mentir sur scène, surtout quand on est seul en scène. On voit forcément qui vous êtes. On voit votre chair spirituelle, on voit votre émotivité, on voit tout ça. Donc moi je prends un risque infini mais je suis bien récompensé.

Philippe Chauveau


Et alors si je reformule ma question, vous auriez envie de réécrire un autre texte que vous pourriez interpréter sur scène ?

Eric-Emmanuel Schmitt

Oui, c'est même ce que je suis en train de fair.

Philippe Chauveau

Voilà c'est un peu là où je voulais vous emmener.

Eric-Emmanuel Schmitt

Oui, je suis en train d'écrire un texte sur Chopin où je pourrais être en scène avec un pianiste.

Si vous deviez donner une définition de la vie en général, et de votre vie en particulier, que diriez-vous ?

Eric-Emmanuel Schmitt

Oh, la vie ne général, c'est un mystère qu'il faut savourer, et dont il faut se réjouir. Et dont on n'aura jamais les tenants et les aboutissants. Il faut épouser le mystère. Il ne faut pas habiter le mystère avec angoisse, il faut habiter le mystère avec reconnaissance, gourmandise et bonheur.

Votre actualité, Eric Emmanuel, Schmitt, « La vengeance du pardon ». Vous êtes publié chez Albin Michel.

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  • Il est l'un des auteurs francophones. les plus lus et des plus conus, traduit en une quarantaine de langues. Eric-Emmanuel Schmitt a écrit une cinquantaine d'ouvrages, qu'il s'agisse de romans, d'essais, de recueils de nouvelles, tels « Oscar et la dame rose », « La nuit de feu » ou « La part de l'autre ». EES est aussi homme de théâtre, on se souvient notamment de « La nuit de Valognes » eou de « M. Ibrahim et les fleurs du Coran ».Elu en 2016 à l'académie Goncourt, EES délaisse le roman philosophique pour revenir à la...Félix et la source invisible d'Eric-Emmanuel Schmitt - Présentation - Suite
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