Antoine Rault

Antoine Rault

De grandes ambitions

Portrait 00'06'14"

Philippe Chauveau :

Bonjour Antoine Rault.

Antoine Rault :

Bonjour!

Philippe Chauveau :

De grandes ambitions, c'est votre actualité aux éditions Albin Michel. On va parler du romancier que vous êtes et aussi dramaturge parce que je rappelle que vous avez là aussi plusieurs succès à votre actif, que ce soit Le Caïman, que ce soit Le Diable rouge. Est-ce le même Antoine Rault qui écrit pour le théâtre que celui qui écrit pour le roman ? En quoi les Écritures sont-elles différentes ?

Antoine Rault :

C'est le même indubitablement, les écritures ne sont pas si différentes. En fait, ce sont les sujets qui mènent finalement à choisir de s'exprimer plutôt sous la forme romanesque ou sous la forme du théâtre. J'ai commencé par le théâtre. Ce que j'aime avant tout, c'est de construire une situation dramatique forte. Au fond dans le théâtre ce qui est important, c'est que tout soit raconté sur la scène en une heure et demi, deux heures. Il faut concentrer au maximum l'action. Le théâtre ne perd pas son temps. Il faut capter le spectateur. Il ne peut pas s'ennuyer. Si il s'ennuie, il quitte la salle. Dans un roman, c'est le chant de tous les possibles. J'écris toujours en me plaçant du point de vue du personnage que je mets en avant. On va en parler pour ce roman ci, c'est vraiment très important. Mais c'est aussi la possibilité dans un roman de voyager à l'infini, aussi bien dans l'espace que dans le temps. C'est la possibilité d'avoir autant de personnages qu'on veut. On peut faire un gigantesque péplum avec des milliers de personnages si on veut, et on peut faire entendre la voix intérieure, la pensée intérieure du personnage, exprimer ses sentiments les plus intimes. Au théâtre, ça doit passer par le dialogue et c'est à l'acteur qui incarne le personnage de nous faire sentir les nuances. Tandis que dans un roman, évidemment, le romancier peut induire la pensée, le sentiment du lecteur par la façon dont il raconte l'intime du personnage.

Philippe Chauveau :

Si je vous entends bien, il y a deux écritures différentes, mais un même plaisir d'écriture. Vous rappeliez que vous aviez démarré par l'écriture dramatique. Pourquoi cette envie d'écrire pour le théâtre ? Est-ce à la suite d'une représentation, d'une rencontre ? Pourquoi faire ce choix d'écrire d'abord pour le théâtre ?

Antoine Rault :

J'ai toujours fantasmé en regardant les autres vivre. Un acteur qui est sur scène, c'est un être humain qui vit. Je crois que c'est vraiment ce qui m'a bouleversé. J'ai toujours été fasciné par les humains sur la scène, les acteurs vivants qui sont là et qui peuvent changer, tomber et tousser, à qui il peut arriver quelque chose à tout instant. Je me souviens très bien quand j'étais tout petit j'assistais à une kermesse d'école. Il y avait une représentation d'un petit spectacle de danse et la petite danseuse qui jouait un cygne me fascinait. J'ai été toujours attiré par ça, par le théâtre.

Philippe Chauveau :

Mais alors, expliquez-moi pourquoi, puisque le succès était au rendez-vous en tant que dramaturge, pourquoi ce besoin de vous frotter à une autre écriture qui est l'écriture romanesque ? Vous nous avez expliqué qu'effectivement, c'est le chant de tous les possibles, mais c'était aussi un sacré défi, une sorte de challenge, l'envie de voir, si vous pouviez être aussi romancier, en plus de dramaturge.

Antoine Rault :

C'est tout simplement que c'est l'évolution des choses. Enfant et adolescent, j'écrivais des récits, j'écrivais des nouvelles. J'avais envie d'écrire d'une façon romanesque. Et puis, au fond, j'ai commencé par le théâtre. Donc, comme ça a commencé à marcher, j'ai continué dans cette voie, forcément, mais tout en parallèle j'écrivais des poésies et des récits également, mais pas forcément en allant jusqu'au bout. C'est à un moment donné j'ai écrit pour le théâtre un monologue. Le monologue, c'est une voix intérieure. C'est une personne qui raconte l'histoire, qui raconte sa propre histoire, qui éventuellement fait jouer les autres et les raconte à son tour. C'est exactement comme dans un roman. C'est un peu le narrateur omniscient et je crois que ça m'a poussé à sauter le pas, à franchir le Rubicon et à écrire vraiment un roman. C'était le premier que j'ai écrit, il s'appelait Je veux que tu m'aimes. C'est comme ça que je suis arrivé chez Albin Michel, en 2010.

Philippe Chauveau :

Vous arrivez dans l'univers du roman contemporain avec ce premier titre. Et puis, on vous a aussi beaucoup remarqué avec deux titres où là on était dans des romans plus historiques. Il y avait La traversée du paradis et La danse de la danse des vivants. Ils ressortent aujourd'hui en édition poche sous un autre titre d'ailleurs.

Antoine Rault :

L'espion idéal, c'est le titre qui réunit un peu le diptyque puisque La danse des vivants et La traversée du paradis, ce sont deux romans qui racontent une seule histoire, celle d'un amnésique de guerre qui va devenir un espion malgré lui. Il y a quelqu'un qui ne sait pas s'il est français ou allemand et qui va être exploité par les services secrets et envoyé sous l'identité d'un mort allemand. Il prend l'identité d'un autre dans l'armée allemande pour espionner l'Allemagne de l'après guerre.

Philippe Chauveau :

C'était une grande fresque et c'était encore autre chose. Il y avait à la fois l'écriture romanesque, mais vous vous frottez aussi à l'histoire, la grande histoire, celle avec un H majuscule. Comment avez-vous vécu ce passage à l'écriture dans l'histoire ?

Antoine Rault :

J'avais commencé avant, puisque je l'ai fait par le théâtre aussi, avec Le rouge, par exemple. Le caïman c'est une histoire beaucoup plus contemporaine, mais c'est inspiré de l'histoire du philosophe Althusser, qui avait étranglé sa femme. J'aime beaucoup tout ce qui est lié à l'histoire, et en particulier ce qui concerne la politique dans l'histoire. L'exercice du pouvoir révèlent finalement les hommes dans ce qu'ils ont de plus âpre, parfois de plus violent, mais aussi de plus fascinant ou plus passionné. Et donc, moi, j'ai toujours été un observateur attentif, très, très intéressé par ce qui se racontait l'univers du pouvoir.

Philippe Chauveau :

Votre actualité, Antoine Rault, De grandes ambitions aux éditions Albin Michel.

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