Nicolas d'Estienne d'Orves

Nicolas d'Estienne d'Orves

Ce que l'on sait de Max Toppard

Portrait 00'06'11"

Philippe Chauveau

Bonjour Nicolas d'Estienne d'Orves.

Nicolas d'Estienne d'Orves

Bonjour.

Philippe Chauveau

Vus êtes dans l'actualité avec ce roman qui sort chez Albin Michel, Ce que l'on sait de Max Toppard. C'est presque un anniversaire, ça fait 20 ans, on va dire ça, ça fait 20 ans aujourd'hui que vous êtes présent en librairie. Des romans, des essais, des dictionnaires amoureux. Vous êtes une sorte de touche à tout.

Nicolas d'Estienne d'Orves

Je suis une sorte de couteau suisse. C'est mon côté rouge. Oui, en fait, je suis d'une curiosité assez insatiable et j'aime essayer des choses. Peut-être que j'ai tendance à m'ennuyer lorsque je me complais dans le même système, mais j'avais envie… C'était pas une volonté préétablie. Mais je me suis essayé aux romans, aux nouvelles, aux essais, à la biographie, au dictionnaire. J'ai écrit un petit guide de balades dans Paris. J'ai fait des beaux livres et ça m'amuse de toujours continuer… Je ne sais pas si je cherche à me surprendre, mais en tout cas, j'aime les chemins qui bifurquent, aller vers des choses que je connais pas, tout en disant, en imposant un univers et des obsessions qui sont vraiment les miennes.

Philippe Chauveau

Pourquoi ce goût pour le livre en tant qu'objet et ce goût ensuite pour l'écriture ?

Nicolas d'Estienne d'Orves

C’est le goût de raconter des histoires. Au départ, je voulais faire de la mise en scène d'opéra ou de cinéma, puisqu’on va parler de cinéma aujourd'hui. J'aime les images. Je fonctionne par images et j'aime qu'on me raconte une histoire. J'aime être captivé, j'aime être enlevé.

J'aime être hypnotisé par un narrateur. Que ce soit un narrateur visuel ou un narrateur littéraire. Mais j'aime qu'on m'enlève, qu’on me ravisse.

Philippe Chauveau

Parlons un peu d'opéra, puisque qu'effectivement, on sait que vous êtes un spécialiste, un référent. Vous auriez aimé aller un peu plus loin, peut-être, pourquoi pas, écrire le livret d'un opéra ? C'est quelque chose qui pourrait vous tenter ?

Nicolas d'Estienne d'Orves

Peut-être. J'ai quelques projets d'ailleurs depuis longtemps avec quelques camarades compositeurs. Ça viendra peut-être, mais ce n'est pas ma gramaire initial. J’aime inventer des histoires et le carcan d'une scène de théâtre ou d'une scène d'opéra, pour moi, c'est un petit peu trop étroit. J'aime ne pas avoir de limite et en fait, un cadre de théâtre, c'est déjà une espèce de geôle. C'est déjà une prison. Le roman, on fait ce qu'on veut. On a une liberté absolue, on crée des personnages, on les fait naître. On a droit de vie et de mort sur eux. Et puis on n'a pas de problème de temps. On peut faire un livre de 800 pages. Ensuite, il faut que les gens suivent. Mais c'est vraiment, c'est le luxe suprême parce qu'on est… C’est ce que je dis toujours, je me lève à 5 h du matin, je suis Dieu le Père pendant 4 ou 5h. Après, le réel reprend ses droits et je redeviens juste un petit Parisien en pyjama. C'est très narcissique tout ça, mais arriver à inventer un monde, à mettre des mondes sur pied, ex-nihilo, c'est parfaitement jouissif.

Philippe Chauveau

Je laisse de côté le novelliste ou l'essayiste que vous êtes pour que nous parlions aujourd'hui plus du romancier. Alors il y a eu aussi, vous parliez de couteau suisse tout à l'heure, plusieurs thématiques, plusieurs écritures différentes, que ce soit votre premier roman, Othon ou l'Aurore immobile ou Les derniers jours de Paris, ou Les fidélités successives, pour n'en citer que quelques-uns, parfois des romans d'anticipation. Parfois, on flirte gentiment avec le fantastique. Parfois, nous sommes dans des grandes fresques historiques. Là, encore, vous aimez dérouter vos lecteurs ou vous dérouter vous-même ?

Nicolas d'Estienne d'Orves

J'aime la croisée des genres. En France, on aime beaucoup qu’un auteur fasse le même livre chez le même éditeur, un rendez-vous régulier, avec un format plus ou moins proche, et surtout des thèmes, disons cousins, voire frères. Moi je fais tout le contraire. J'y peux rien, mais j'aime… Ce n'est pas parce que je m'ennuie, mais j'aime toujours aller vers des choses que je ne connais pas ou que je connais mal.

Philippe Chauveau

Alors c’est le même Nicolas d'Estienne d'Orves qui écrit Les Derniers Jours de Paris, La dévoration ?

Nicolas d'Estienne d'Orves

Oui, mais en même temps, si on creuse, les thèmes sont assez proches, mais simplement… Disons que le fond est le même et la forme est différente à chaque fois. Mais c'est les mêmes obsessions, les mêmes cingleries. J'ai une de mes amies éditrice qui me dit « Toi, c'est les îles et les grottes ». C'est vrai que tous mes livres, à un moment, se passent dans des îles ou dans des grottes. Je ne m'étais pas rendu compte de ça, mais là, il faudra demander à un psy, cher ami, savoir d'où cela vient. C'est comme au cinéma, j'aime les films catastrophes, j'aime les films qui font peur, j'aime aller dans des montagnes russes, dans des fêtes foraines. J'aime être dérangé par quelque chose. J'aime bien quand je vais voir un film, par exemple, que le film me mette mal à l'aise. J'aime qu'un film me donne mal au cœur. J'aime bien ce qui perturbe.

Philippe Chauveau

Et en tant que lecteur aussi.

Nicolas d'Estienne d'Orves

Absolument. Et même quand j'écris. Certaines scènes de La dévoration qui est un roman assez particulier, moi-même, il m’avait mis mal à l'aise et je me disais « si moi je suis dans ces états en l’écrivant, dans quel état va être le lecteur ? » Et ça, ça m'amuse beaucoup. Puis, ça a un côté un peu potache, c'est un peu comme planter un pétard dans une crotte de chien. On part en courant, on fait ça et on trouve ça très drôle. C'est mon côté pensionnaire, peut-être.

Philippe Chauveau

Et c'est une façon peut être aussi de vous protéger du monde actuel. Ou pas.

Nicolas d'Estienne d'Orves

Je ne me protège pas du monde actuel. Je garde un peu une distance parce que l’intérêt quand on est écrivain, on a cette chance infinie de pouvoir vivre en décalé. Donc je me lève avant tout le monde. Je me couche parfois après tout le monde ou alors avant. Mais voilà, je n'ai pas, je peux me permettre de passer entre les gouttes du réel. Mais en même temps, mon réel à moi, c'est celui qui se met en place tous les matins dans mon livre. Donc dans mon livre du jour ou du moment. Donc, je vis toujours, comme tous les écrivains, en tout cas surtout les romanciers, j'ai un pied dans l'Atlantide, un pied dans le monde réel. Simplement, il faut arriver à garder l'équilibre, à rester clair dans sa tête, parce qu'on est tous des schizophrènes en puissance. Et notre psychanalyse ou psychothérapie de base essentielle, c'est l'écriture romanesque tous les jours.

Philippe Chauveau

Où commence et où finit le réel, la transition est toute trouvée parce qu'il en est fortement question dans votre… Merci de m'avoir tendu la perche. Il en est fortement question dans votre nouveau roman, Nicolas d'Estienne d'Orves Ce que l'on sait de Max Toppard. C'est chez Albin Michel.

Ce que l'on sait de Max Toppard Ed. Albin Michel
  • PRÉSENTATION
  • PORTRAIT
  • LIVRE
  • Il se considère lui-même comme un couteau suisse, un touche-à-tout qui aime brouiller les pistes, allant vers tous les univers qui l’intéresse. Depuis vingt ans qu’il sévit en librairie, bien malin qui pourra dire sur quelle étagère ranger Nicolas d’Estienne d’Orves. Et c’est tant mieux car il nous surprend à chaque fois. Des nouvelles et des chroniques, des essais liés à la musique et à son amour pour l’opéra ou à son attachement à Paris, des clins d’œil à l’épicurisme ou des biographies comme celle...Ce que l'on sait de Max Toppard de Nicolas Estienne d'Orves - Présentation - Suite
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