François d'Epenoux

François d'Epenoux

Le presque

Livre 6'12"

Philippe Chauveau : Dans ce nouveau roman « Le presque » nous faisons connaissance avec Marc. On pourrait croire qu'il a plutôt réussi sa vie, il a 54 ans, il a une jolie femme, Chloé, deux enfants, il travaille dans l'immobilier, il a un bel appartement, mais il n'est pas heureux. Qui est-il?

François d'Epenoux : C'est un homme ordinaire qui cache pas mal de cases. Il ne ferait pleurer personne, ça va plutôt pour lui, mais il est sincèrement malheureux et toute la question est de savoir s’il a le droit d'être malheureux compte tenu des conditions de sa vie.

Philippe Chauveau : Il est pourtant bien entouré : Chloé son épouse cherche à le comprendre, cherche à le faire parler, essaye de le protéger, trop peut-être. Il y a aussi Yann et Paula qui sont les amis de toujours qui essaient de le remuer un peu. C'est quoi finalement? Un coup de déprime? La cinquantaine qui ne passe pas bien?

François d'Epenoux : Oui, je pense que c'est la cinquantaine qui ne passe pas bien et qui est la quarantaine d'y a quelques années. Je pense que les hommes vivent leurs 40ans à 50ans, cette crise de milieu de vie. Son meilleur ami Yann qui vit sa vie à fond lui dit que ce n'est rien, simplement une crise, « tu nous fais un caprice d'enfant gâté ». Mais ils se rendent compte que ce n'est pas une posture, que ce n'est pas une façon d'attirer l'attention. Selon des critères objectifs, on peut le trouver grotesque mais lui ne se sent vraiment pas bien, triste, malheureux, déprimé comme s’il avait raté quelque chose et qu'il fallait qu'il se dépêche pour le rattraper.

Philippe Chauveau : Parmi les projets qu'il n'a pas réussi à accomplir il y a l'écriture d'un grand roman. C'est un peu l'écrivain maudit et ses proches ont du mal à le comprendre.

François d'Epenoux : Exactement, c'est un homme qui a des prédispositions à l’écriture. Il s'était rêvé une vie d'aventure, de panache et au final, il a une vie heureuse mais un peu banale. Il se rend compte qu'il a été embarqué dans une espèce de train de la vie : mariage, enfants, métier, crédits, appartement, location... Tout ce qui nous emporte parfois sans qu'on s’en rende compte. Cela a été mon cas, je me retrouve dans ce personnage, je l'assume, une espèce de crise de conscience. Est-il légitime d'espérer mieux de la vie ou est-ce juste une sorte de chimère d'enfant gâté qui ne mesure pas la chance qu'il a déjà.

Philippe Chauveau : Voilà ce que Marc pense de sa vie à un moment du roman : « Et merde. Tout est imbriqué, bien rangé, bien emboîté, pas une pièce du puzzle qui soit de traviole, qui ait un peu de jeu, pas une pièce qui manque ! A chaque année son puzzle de 365 pièces, avec une jolie photo de famille sur la boîte ! Toujours les mêmes tronches... les mêmes paysages, les mêmes monuments... les mêmes nuits, les mêmes jours... Patience, encore quelques boites de puzzle et ce sera l'heure de la dernière boîte. La grande, celle qu'on met en terre. Après, ce sera trop tard pour chialer. » C'est un anti-héros Marc. Parfois, on a envie qu'il se secoue, on a pas forcément envie de le prendre en sympathie.

François d'Epenoux : Je reconnais qu'il est un peu agaçant, des lecteurs me disent qu'ils ont un peu envie de le secouer, mais c'est toute la question. Le regard des autres qui se posent sur lui, selon des critères légitimes, on se dit que ce type fait une crise, mais lui, il est absolument sincère dans sa dépression. D'ailleurs il y a des gens très beaux, très riches qui font des dépressions terribles et on ne comprend pas. Ses copains lui disent « bois un coup et ça ira mieux » mais ils se rendent compte assez vite que ça va vraiment mal.

Philippe Chauveau : Il est important de parler de Chloé qui est l'épouse de Marc. Elle propose un deal à son mari en lui offrant un peu de liberté pour qu'il se reconstruise et voilà comment Marc se retrouve tout seul dans une petite chambre de bonne. Comment avez-vous construit le personnage de cette épouse?

François d'Epenoux : J'ai puisé dans des modèles que je connais bien. Là aussi, j'ai façonné un personnage à partir de plusieurs amies, y compris ma propre épouse par moments. J'en ai fait un personnage courageux, « jusqu'au boutiste » qui ne supporte pas ces situations un peu bancales, il faut trancher, il faut faire des choix. Sans révéler l'intrigue, à un moment, elle le met au pied du mur, elle lui fait ce cadeau empoisonné, elle lui donne trop de liberté ce qui lui créé un vertige, un vide.

Philippe Chauveau : Vous auriez aimé avoir Marc comme ami?

François d'Epenoux : Oui j'aurais aimé avoir le rôle de Yann, j'aurais aimé être avec lui pour mieux me débarrasser de mes propres angoisses parce que dans le service que l'on rend aux autres, il y a sans doute une façon de se libérer soi-même.

Philippe Chauveau : Un roman qui parle de nous, qui parle de nos sociétés occidentales contemporaines, beaucoup de sensibilité et une belle écriture, merci

François d'Epenoux. « Le presque » c'est votre nouveau titre et vous êtes publié chez Anne Carrière, merci. François d'Epenoux : Merci.

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  • François d’Epenoux vient du monde de la publicité. En 1995, il publie son premier roman « Gégé ». Depuis, on le retrouve régulièrement en librairie. Et cela lui réussit plutôt bien. A travers une écriture contemporaine mais recherchée à la fois, des thématiques qui parlent à chacun d’entre nous, une sensibilité qui ne verse jamais dans la sensiblerie, François d’Epenoux a su se démarquer et construire son propre univers. Parmi ses précédents titres, rappelons que certains ont été adaptés au cinéma comme...Rediffusion - Dimanche 21 avril de François D'Epenoux - Présentation - Suite
    Philippe Chauveau : Bonjour François d'Epenoux. François d'Epenoux : Bonjour. Philippe Chauveau : « Le presque » c'est votre actualité aux éditions Anne Carrière, c'est déjà votre 11e titre. Vous évoluez dans le domaine de la publicité, est-ce qu'il y a une passerelle entre la publicité et l'écriture romanesque? François d'Epenoux : Oui, les deux s'enrichissent mutuellement, la publicité nous apprend le rythme et la concision et c'est quelque chose que l'on retrouve parfois dans les dialogues de mes romans. Il y a un...Rediffusion - Dimanche 21 avril de François D'Epenoux - Portrait - Suite
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