Irène Frain

Irène Frain

Je te suivrai en Sibérie

Portrait 00'06'26"

Philippe Chauveau :

Bonjour Irene Frain.

« Je te suivrai en Sibérie », ce n'est pas moi qui vous fait cette proposition mais c'est le titre de votre actualité chez Paulsen. Voilà un titre qui prend place dans une bibliographie déjà conséquente. Vous êtes pratiquement à une quarantaine d'ouvrages déjà.

Tout a commencé en 1982 avec « Le nabab ». Mais il y avait eu une autre vie avant Irène Frain, puisque vous avez été professeur, enseignante. Lorsque vous faites le parcours, quelles sont les images qui vous reviennent en tant qu'auteur, en tant qu'écrivain ?

Philippe Chauveau :

Quels sont les grands moments forts de votre vie ?

Irène Frain :

Je crois qu'écrire, pour moi, était une aventure. Ce n’était pas pour faire une carrière. Je n'ai fait que ce qui me plaisait au moment où cela me plaisait. Chacun de mes livres est une nouvelle histoire d'amour, une nouvelle passion. Chaque livre me saisit et toute séance tenante, il faut que tout s'arrête pour l'histoire que j'ai envie d'écrire. Certaines de ces aventures m'ont menée très loin. « Le nabab » en Inde. J'ai aussi cherché, par exemple, une femme bandit des années 80 qui était vivante, pour « Dévi ». J'ai raconté son histoire et je l'ai rencontrée avant qu'elle ne soit assassinée. J'ai aussi été entraînée comme ça, presque du jour au lendemain, dans l'océan Indien pour enquêter sur les naufragés de l'île Tromelin. J'ai passé quelques jours dans ces îles pour comprendre l'histoire. Mais il y a eu ces aventures plus intérieures et autobiographiques, comprendre ce qu'avait été mon propre passé.

Philippe Chauveau :

Justement, c'est ce que vous nous rappelez, au-delà des ouvrages que vous avez consacrés à votre propre parcours comme « La fille à histoires » par exemple, dans l'actualité la plus récente, vous aimez remettre en lumière des personnages oubliés de la grande histoire. Alors certes, il y eut Simone de Beauvoir ou Marie Curie. Mais il y a aussi tous ces autres personnages, un peu moins connus, que vous avez remis au goût du jour. C'est, selon vous, le rôle de l'écrivain de l'auteur : faire renaître des personnages oubliés.

Irène Frain :

Tout le travail de l'écrivain est un travail de résurrection. La matière de l'écrivain, c'est le temps, la recherche du temps perdu comme disait Proust. On a le pouvoir, avec les mots, de redonner vie à ce qui est parti ou ce qu'on croit parti. Tout est acte de mémoire. Et dans la mémoire d'une nation ou d'un peuple, il y a toujours des oubliés et des exclus. Or, les nations et les peuples sont faits aussi par ces exclus qu'on a oubliés.

Philippe Chauveau :

Les femmes sont souvent très présentes dans vos livres. Cette fois-ci, c'est Pauline que nous allons évoquer mais dans d'autres titres, ce sont aussi les femmes qui ont le premier rôle. Y-a-t-il une part de militantisme dans votre parcours d'auteur ? D'ailleurs, peut être devrais-je dire autrice ou écrivaine ?

Irène Frain :

Comme vous voulez ! Je ne me sens pas l'âme d'une militante. Je ne suis pas tapageuse, je ne suis pas revendicatrice. Je pense qu'on trouve le mouvement en marchant et on crée les avancées en avançant. Je suis quelqu'un qui oeuvre dans tous les sens du terme, avec mes moyens et pour moi, c’est l'écriture. Certes, je parle de la condition des femmes mais c'est au lecteur de le comprendre par sa sensibilité et à travers aussi ma rigueur d'investigation.

Philippe Chauveau :

L'une de vos caractéristiques également, Irène Frain, au-delà de tous les ouvrages que vous nous avez proposés jusqu'à aujourd'hui c'est votre goût de la recherche.

J'ai l'impression que vous n'aimez rien tant qu'aller dénicher des dossiers poussiéreux dans lesquels vous allez trouver la trouvaille inédite, des documents inédit. C'est vrai que vous aimez ça les recherches !

Irène Frain :

J'aime les placards de Barbe-bleue ! J'aime ce qui nous est dérobé. Je pense que si j'avais été la septième femme de Barbe-bleue, j'aurais immédiatement, comme elle, ouvert le placard aux cadavres. Je suis une curieuse, j'aime les traces aussi. C'est un mélange de curiosité pour ce qui est dérobé mais, en même temps, de goût de la résurrection. C'est un mot central de ma vie. Redonner vie à ce qui est passé même si c'est évidemment illusoire On ne se bat pas contre le temps qui passe, on ne peut qu'en reconstituer des parcelles, mais quand on parvient à reconstituer une belle parcelle, quelle merveille ! Pour moi, cela tient du miracle et j'aime ce miracle des mots. Ce qui aboutit à rendre présent ce qu'on a cru passé et à faire affleurer ce qui commençait à être englouti par l'océan de l'oubli.

Philippe Chauveau :

Tous ces personnages auxquels vous avez redonné vie, que ce soit Pauline cette fois-ci, que ce soit les naufragés de Tromelin, que ce soit Marie Curie ou dans d'autres romans comme « Le nabab », vous aident-ils à avancer dans votre propre vie et, peut-être, à mieux vivre votre quotidien, dans cette époque qui est parfois un peu compliquée ? Ces personnages sont-ils un rempart ?

Irène Frain :

Je me suis aperçue que tous ces personnages avaient un lien avec la révolte contre leur condition et contre l'injustice et un désir de liberté, un goût de briser les obstacles. Donc, moi, ils me donnent de l'espoir au quotidien, ils me disent d’avancer, de me battre, de ne pas baisser la tête. Même avec l'âge, on peut se construire une vie digne, libre et forte. Même dans la difficulté, on peut rester droit dans ses bottes ou ses baskets. C'est vrai qu'en m'intéressant à eux, en me passionnant pour eux, je peux mieux affronter plus que le quotidien, les propres obstacles qui se présentent à moi. Il s'en présentent toujours. Cela me donne de la force.

Philippe Chauveau :

Votre actualité, Irène Frain, « Je te suivrai en Sibérie ». Ce livre est publié chez Paulsen.

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  • Ouvrir un livre d’Irène Frain, c’est l’assurance d’une aventure, d’un voyage, de la découverte d’un destin. Ouvrir un livre d’Irène Frain, c’est aussi apprécier le talent d’une plume efficace. Depuis « Le nabab » en 1982, qui fut son premier succès de librairie, la petite bretonne qui rêvait d’évasion dans son école de Lorient a fait du chemin. Avec aujourd’hui une quarantaine de titres à son actif, Irène Frain est devenue une référence. « Modern style », « Quai des Indes », « Les naufragés...Un crime sans importance d'Irène Frain - Présentation - Suite
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    Philippe Chauveau : Dans ce livre, Irène Frain, vous allez nous emmener dans une aventure incroyable, avec une femme qui l'est tout autant. Elle s'appelle Pauline. Elle est née en Lorraine. Aujourd'hui, on ne la connaît pas très bien en France même si en Russie elle a laissé des traces. C'est un personnage authentique que vous avez découvert. Vous allez nous expliquer comment. Voilà une femme absolument incroyable. Si je résume, est elle donc née en Lorraine, elle va partir en Russie où elle va être modiste et puis l'amour va...Un crime sans importance d'Irène Frain - Livre - Suite