Philippe Chauveau : Denis Tillinac comment est né ce dictionnaire amoureux de la France ?
Denis Tillinac : Il m’a été proposé par Jean Claude Simon qui a créé et dirige la collection : « les dictionnaires amoureux ». Depuis longtemps je connaissais cette collection et je l’appréciais. En toute modestie, je pensais que s’il était question de la France, il fallait que l’on me le demande à moi. J’ai donc été heureux de l’écrire. Je l’ai fait à cœur ouvert avec le plus grand bonheur.
La France aurait pu être peinte par un impressionniste avec toute cette diversité, tout ce chatoiement de couleurs. J’aime beaucoup les provinces, cette damasserie de pays au sens où Brodelle l’entendait, si variée d’un kilomètre à l’autre. J’aime Paris, la beauté de tous ses monuments, tout ce qui passe le long de la Seine, tous ses fantômes d’écrivains, de philosophes et de poètes qui rodent. Les toits de Paris chanté par Piaf, et puis ce que j’aime ce sont ces ressacs entre les deux que reflète mon goût pour les routes nationales ou départementales. Et les trains convergent en étoile vers Paris puis après on repart. Tout parisien étant un provincial qui s’ignore ou qui ne s’ignore pas.
Philippe Chauveau : Dans votre dictionnaire, il y a une entrée nostalgie. Alors, êtes-vous vous-même nostalgique ou est ce la France qui a une certaine nostalgie de son image passée ?
Denis Tillinac : C’est un peu les deux. L’écrivain et sa nostalgie, c’est presque son matériau de base. La nostalgie, pas la mélancolie du slave qui dit que l’histoire me veut du mal depuis toujours et ça continuera pas la « saudade » du portugais qui dit la vie est pas marrante. La vie elle l’a jamais été elle ne le sera jamais. Nous, nous sommes assez doué pour le bonheur. On ne veut pas toujours le reconnaître. On est captif d’une mythologie de la grandeur, en aspiration à la grandeur. C’est la seule chose qui nous hante avec l’amour. Amour et grandeur.
Philippe Chauveau : Comme le veut la collection et indique le titre, il s’agit d’un dictionnaire amoureux : il y a donc quelque part une déclaration d’amour a la France ?
Denis Tillinac : Oui c’est un tel privilège d’être né français et de vivre en France dans un pays en paix, prospère et libre que l’on doit quelque chose à la France. Je crois qu’on lui doit au moins, comme nous sommes plus favorisés que les autres, d’être plus heureux que les autres. On lui doit au moins ça…c’est pour ça que je n’aime pas les grincheux. Je crois qu’ils ne savent pas ce qu’ils perdraient s’ils étaient ailleurs. J’ai écris ce livre aussi pour donner confiance et conscience d’un héritage absolument fabuleux et pour ne pas avoir peur de l’avenir. On dit toujours que l’identité française est menacée par la construction Européenne, par la mondialisation de l’économie, par la normalisation des cultures. Tout cela est vrai, mais il reste que l’identité française ne résiste pas si mal et probablement bien mieux que celle de nos voisins.
Philippe Chauveau : Denis Tillinac merci beaucoup. Je rappelle le titre de votre dernier ouvrage : le dictionnaire amoureux de la France aux éditions Plon. |