Maud Tabachnik merci de nous recevoir pour votre nouveau roman « Ciel de cendres ».
Comment êtes-vous « entrée » en littérature ?
C’est pas comme quand on rentre dans les ordres, ça a été moins douloureux, ça a été même un plaisir. J’avais un cabinet d’ostéopathie que j’ai mis en gérance, j’ai acheté une propriété en Touraine et j’ai commencé à écrire.
Quels sont les auteurs qui vous ont inspirée ?
Les auteurs étrangers, les américains, les anglo-saxons, essentiellement eux. Pour moi c’est le top du romancier, ils ont un souffle, ils ne jouent pas « petit bras », ils parlent du monde, pour moi c’est vraiment le top.
Vos romans ont un côté très sombre, très violent, c’est un univers qui vous fascine, vous ne sauriez écrire que dans cet univers-là ?
Je montre davantage le côté sombre des évènements que le côté gai, c’est plutôt les trains qui n’arrivent pas à l’heure mon univers.
Alors justement, lorsque vous entamez l’écriture d’un nouveau livre, d’un nouveau roman, quels sont les ingrédients, quelle est la recette pour écrire un bon livre ?
Il faut être authentique, il ne faut pas se censurer, il ne faut pas avoir peur de la réaction des lecteurs, des éditeurs. Je ne me suis jamais censurée, j’écris comme je parle, c’est comme ça, ça sort comme ça, je crois que c’est une recette.
Lorsqu’on découvre vos romans, on se dit que souvent, ça ferait de très bons films, et vous aimez le cinéma. Est-ce que vous aimeriez que l’un de vos romans soit adapté ?
Ça doit être une vraie angoisse de savoir à quelle sauce vous allez être mangé par le metteur en scène. On a fait un film pour la télé d’une de mes nouvelles que l’on m’a demandée d’écrire…Quand j’ai vu le résultat, je me suis dit, « il a lu le bouquin le metteur en scène, ou il a lu autre chose ? », et ça c’est dur. C’est rare que ça reflète l’esprit de ce qu’a voulu dire l’écrivain, l’auteur.
On a tendance à dire que le polar, que le thriller, le thriller politique, est un univers essentiellement masculin, alors d’accord, ou pas d’accord ?
Pas d’accord, parce que les femmes vivent aussi dans cet univers de violence, et cet univers noir, et elles ont des réactions, maintenant qu’on les laisse être davantage elles-mêmes, elles écrivent le monde tel qu’il est et c’est souvent largement aussi tordu que les hommes.
Lorsque vous terminez un roman, est-ce que vous avez déjà l’idée du prochain ?
Y’a une plage de vide, vraiment de vide, comme si vous aviez tout laissé de vous-même.
Tout à coup, ça se remet tout doucement…là, par exemple j’en avais commencé un autre sur la Russie également, j’en étais déjà à 120 pages, puis je me suis dit non, je ne vais pas y arriver, donc j’ai arrêté, j’ai laissé reposer la pâte et j’en ai repris un autre. C’est un peu comme un sportif, si on ne s’entraîne pas, on n’est pas bien. Moi, je ne suis pas bien si je ne m’entraîne pas.
Maud Tabachnik merci. Vos lecteurs vont pouvoir se régaler avec votre nouveau roman « Ciel de cendres » c’est chez Albin Michel
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Maud Tabachnik, « Ciel de cendres » chez Albin Michel, c’est votre nouveau roman. Comment est née cette histoire ?
En 2006, il y a eu la commémoration à Paris du 80ème anniversaire de Simon Petlioura, en héros nationaliste ukrainien, ça m’a énervée, et je me suis dit, il faut que j’indique ce qu’est ce Simon Petlioura, ce qu’il a fait, les dizaines de milliers de gens qu’il a tués, c’était un héros nationaliste ukrainien mais c’était aussi un assassin. C’est parti de là.
Et puis les personnages, comme d’habitude, se sont imposés à moi. Je ne sais jamais ce que je vais écrire, j’ai un sujet, je veux parler de quelque chose, et à ce moment-là les personnages arrivent.
Nous sommes donc en Ukraine, au milieu des années 80, avec trois personnages principaux : Vladimir, Charles et Yvan, vous pouvez nous présenter brièvement ces trois personnages très différents ?
Vladimir est le fils d’un commissaire politique, donc d’un tueur politique, qui dit commissaire politique à cette époque, c’est un tueur. Au départ, c’est pas un garçon mauvais, il évolue tellement dans un univers criminogène que le crime lui apparaît comme quelque chose de normal. Le deuxième c’est Charles, un français, petit-fils d’ukrainiens déportés, ils sont venus se réfugier en France pour échapper aux pogroms d’Ukraine, ils se sont faits prendre pendant la guerre ; ça pourrait une partie de mon histoire. Il y a le troisième, Yvan, qui est mon petit préféré il faut bien le dire, qui est un homme d’une grande naïveté, qui est bon, intrinsèquement bon ; moi qui ne crois pas beaucoup à la bonté, là c’est vrai, c’est un homme qui est bon, qui est naïf, qui est fort, et qui bien sûr, comme tous ces gens-là, s’en prend plein la tête. Je suis beaucoup plus proche du destin de Charles, c’est davantage mon histoire, à beaucoup de points de vue, mais Yvan, je l’aime d’amour, je l’aime comme il est, en plus c’est la victime désignée, c’est le bouc émissaire, on l’accuse, il ne peut pas se défendre, il n’a pas ce qu’il faut pour se défendre et moi le bouc émissaire, j’en connais un rayon !
Vos trois personnages principaux, Vladimir, Charles et Yvan ne se connaissent pas, mais il convergent tous vers le même point, cette ville d’Ukraine nommée Tchernobyl, que représente pour vous Tchernobyl ?
Tchernobyl, c’est un des derniers drames, une des dernières grandes catastrophes du 20ème siècle. Toujours maintenant, il y a toute une partie de cette région qui est mortelle. Et faire ça à notre terre, c’était violent, en plus il y a eu le mensonge d’état, il y a eu le sacrifice des gars qu’on a envoyés pour éteindre l’incendie, c’est un crime d’état.
Que ce soit pour le passé de vos personnages principaux, que ce soit pour dépeindre l’union Soviétique de la Perestroïka, ou les évènements de Tchernobyl, vous avez beaucoup travaillé, beaucoup de recherches sans doute ?
Autant je suis romancière dans l’âme, je laisse partir l’imagination, autant dès qu’il y a un cadre historique, pour moi, il doit être verrouillé. Je ne veux pas faire d’erreurs là-dessus, la fiction c’est une chose, autour, il faut que ce soit sérieux ; quand je donne des chiffres, des dates, des faits, ils sont vérifiés, revérifiés.
« Ciel de cendres » chez Albin Michel.
Maud Tabachnik, merci de nous avoir reçus pour Web Tv Culture. |